La faim disparaît… mais pas les besoins du corps
Pendant des décennies, le discours adressé aux personnes en surpoids était souvent le même : manger moins mais mieux, limiter les excès, pratiquer une activité physique. Avec l'arrivée de ces médicaments, la situation s’inverse : puisqu’ils agissent notamment sur les mécanismes de régulation de l'appétit et de la satiété, ils peuvent réduire considérablement les quantités alimentaires consommées.
Résultat : certains patients mangent si peu qu'il devient nécessaire de les encourager à augmenter leurs apports. Quel paradoxe !
Des kilos perdus, mais aussi du muscle
Si ces traitements représentent une véritable avancée médicale pour certaines personnes souffrant d'obésité, une perte de poids rapide ne signifie pas nécessairement une amélioration globale de la santé.
Les kilos perdus ne correspondent pas uniquement à de la masse grasse. Une partie peut également provenir de la masse musculaire. Or, perdre du muscle, ce n'est pas seulement perdre de la force. C'est aussi risquer de devenir plus fragile, moins bien récupérer et, avec l'âge, perdre progressivement son autonomie.
Une aiguille de balance qui descend n'est donc pas, à elle seule, un indicateur de réussite.
Prenons l’exemple d’une personne qui a besoin de 1 300 kcal par jour pour faire fonctionner son organisme au repos sans même compter ses activités quotidiennes, mais n'en consomme que 700 sous traitement. Elle n'a pas faim, pourtant son corps manque cruellement d'énergie. Si la situation se prolonge, elle risque de perdre du muscle et d’entrer progressivement en dénutrition, même en étant encore en surpoids.
Et dans la tête, que se passe-t-il ?
C'est peut-être l'un des aspects les plus troublants. Comment vivre le fait de devoir manger davantage lorsqu'on a passé vingt ou trente ans à essayer de manger moins ? Comment accepter de manger sans avoir faim, lorsque, pendant des années, manger moins a été synonyme de réussite et de maîtrise de soi ? Comment écouter un corps qui ne réclame plus rien ?
Ce renversement peut déstabiliser certains patients et raviver la peur de reprendre du poids.
Une injection ne remplace pas un accompagnement nutritionnel
Face à une réduction importante des apports alimentaires, un simple complément multivitaminé ne suffit pas à prévenir une éventuelle dénutrition ou une perte musculaire excessive. L'équilibre alimentaire, des apports protéiques adaptés, l'activité physique et un suivi nutritionnel individualisé restent indispensables.
Ces médicaments peuvent constituer une aide précieuse, mais ils ne sont ni anodins ni miraculeux.
Des injections pour combien de temps ?
Autre interrogation majeure : ces traitements sont désormais envisagés au long cours, parfois pendant de nombreuses années.
Dans une étude* portant sur le sémaglutide, les participants ont repris, en moyenne, environ deux tiers du poids précédemment perdu au cours de l'année suivant l'arrêt du traitement. Faudra-t-il alors poursuivre ces injections pendant dix, vingt ans, voire toute une vie ? Avec quel recul sur les effets à très long terme ?
Car perdre du poids aujourd'hui est une chose. Préserver sa santé pour les décennies à venir en est une autre.
*Wilding J.P.H. et al. (2022). Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes, Obesity and Metabolism, 24(8), 1553–1564.
Valentine Caput — Diététicienne-Nutritionniste à Besançon


