Limitation à 80 km/h : "Je suis offensé que certains pensent qu'on agit pour l'argent" selon E. Barbe

Publié le 12/04/2018 - 16:00
Mis à jour le 13/04/2018 - 10:29

Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière, est intervenu ce jeudi 12 avril 2018 à Besançon en compagnie du préfet du Doubs Raphaël Bartolt et des procureurs de Besançon et Montbéliard. Il y a expliqué aux acteurs locaux de la sécurité routière (éducation nationale, gendarmerie, police, pompiers, associations d’automobilistes, de routiers, de motards…) les mesures prises par le gouvernement sur la sécurité routière et notamment la limitation à 80 km/h. Et aussi de convaincre ce beau monde de l’utilité et de la bonne foi de ces mesures…

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Dans une salle de la DRAC de Besançon, Emmanuel Barbe a commencé à rappeler ce qui motive ces mesures : "Depuis trois ans que j'ai été nommé à mon poste, plus de dix-mille personnes sont mortes sur la route. Et pour chacun de ces morts, sept personnes ont été gravement blessées, dont une majorité de jeunes. Ces personnes vivront toute leur vie avec un fort handicap.On doit faire mieux" a-t-il avancé.

D'où l'instauration des 18 mesures décidées au début de l'année par le Comité interministériel de la sécurité routière. Et c'est la numéro 5, qui réduira la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur les voies à double sens hors-agglomération au 1er juillet 2018, qui aura fait couler le plus d'encre.

"Sauver 300 à 400 vies par an"

Une mesure certes "impopulaire" a précisé le délégué interministériel, mais "nécessaire". Selon lui, "baisser la vitesse a pour conséquence directe de baisser le nombre d'accidents. On estime que pour 1% de vitesse en moins, le nombre d'accidents est réduit de 4,6%."

Cette équation se serait vérifiée avec l'installation des radars automatiques : "sur les routes hors-agglomération, la vitesse moyenne est passée de 92 km/h en 2002 à 85 km/h aujourd'hui. En conséquence, la mortalité sur les routes a baissée de 37%" a-t-il expliqué.

Moins de temps pour s'arrêter égale moins d'accidents

L'explication de cette baisse d'accident serait simple pour Emmanuel Barbe : "on met moins de temps pour s'arrêter en cas de problème parce qu'on va moins vite. Et logiquement, le risque d'accident (dû à la vitesse, à l'alcool, aux stupéfiants…) et sa gravité sont réduits".

Un autre facteur viendrait conforter ce phénomène. "Il y a aussi moins d'effets de peloton - lorsqu'un camion a de nombreuses voitures derrière lui. Bien souvent, ces voitures tentent de le doubler ou sont trop proches les unes des autres, ce qui cause des accidents. Ici, la différence de vitesse entre les voitures et les camions se réduit, ce qui rend le trafic plus fluide et diminue en même temps le risque d'accident."

Par ces effets, le gouvernement entend sauver "300 à 400 vies par an, grâce à une diminution de 10 km/h."

"Je suis offensé que certains pensent qu'on agit pour l'argent"

Face à ces arguments, des voix se sont élevées. Comme celle de la Fédération Française des Motards en Colère du Doubs, qui avait sorti un slogan "sécurité rentière" quelques temps auparavant. Ce qui n'aura pas plus au délégué à la sécurité routière. "Je suis offensé du fait que certains pensent qu'on agit pour gagner de l'argent" a-t-il riposté. "Je suis témoin quotidiennement des ravages des accidents auprès de gens handicapés à vie après une collision et je le dis droit dans les yeux : cette mesure n'est là que pour réduire le nombre de tués sur les routes" s'est-il défendu.

"Dans les faits, on ne perd qu'une ou deux minutes"

D'autres voix se sont fait entendre. Patrick Genre, maire de Pontarlier et président de l'association des maires du Doubs, a mis en lumière "les gens qui font beaucoup de trajets" et pour qui ces 10 km/h représenteraient "une perte de temps conséquente."

Ce à quoi Emmanuel Barbe a avancé une étude qui aurait "calculé la perte moyenne de temps de temps en passant de 90 à 80 km/h". Cette dernière s'élèverait "dans les faits, à une ou deux minutes par trajet". Une réponse qui pourrait paraître "contre-intuitive" selon le délégué interministériel, mais qui s'expliquerait par le fait que "même si une zone est limitée à 90 km/h, on ne roule que rarement à cette vitesse."

Un nouveau débat dans deux ans

En cause : "les obstacles, virages, véhicules, etc. rencontrés sur la route". Mais aussi "les villages, dont beaucoup ont instauré une limitation à 50 km/h." La perte de temps serait donc "minime ; mais en échange, elle sauverait des vies" a assuré Emmanuel Barbe.

"Au début, les gens râleront parce qu'il y a un ressenti négatif, qui ne correspond pourtant pas à la réalité ; mais au bout de six mois – un an, ils se sentiront bien de nouveau" a-t-il ajouté.

Pour rappel, cette mesure devra être de nouveau en débat dans deux ans, après avoir constaté ses effets ; "mais de toutes façons, ça va marcher" a conclu en souriant Emmanuel Barbe.

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