Loups, lynx et ours : dans le Jura, des bénévoles veillent au retour des grands prédateurs...

Publié le 04/08/2025 - 18:00
Mis à jour le 06/08/2025 - 14:23

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 2025, un loup a été abattu dans la Nièvre suite à une attaque de troupeau. Ces incidents se multiplient en été, lorsque les troupeaux sont en estive et que les éleveurs ne peuvent les surveiller en continu. Nous avons échangé avec Laure, écologue et accompagnatrice en montagne, qui encadre les missions Férus dans le Jura, une association engagée dans la préservation des grands prédateurs : l’ours, le lynx et bien sûr, le loup.

L'association Férus, du latin "ce qui est sauvage", fondée en 2003, vise à favoriser le retour du loup et à maintenir les populations d’ours et de lynx. Par le biais de campagnes d’information, l'organisme souhaite promouvoir l’idée que les écosystèmes doivent fonctionner de manière naturelle, ce qui nécessite d’"accepter la cohabitation avec le monde sauvage, dont les grands prédateurs".

Des loups dans le Jura

Le massif du Jura, qui s’étend en partie en Suisse et dans le Doubs, abrite aujourd’hui "4 à 5 meutes, des loups isolés, et des lynx". Selon Laure, la population totale de loups en France varie entre "800 et 1300 individus", tandis que le cheptel français compte "11 millions" d’animaux d’élevage. Chaque année, on recense "8000 à 1000 attaques de loups" sur les troupeaux, indiquant que le loup se nourrit "essentiellement de proies sauvages".

Laure souligne que, contrairement à certaines idées reçues, les populations de loups n’augmentent pas de manière exponentielle : "au bout d’un moment, on observe une stabilisation de l’espèce, voire une certaine diminution du nombre d’individus, et de ce fait aussi du nombre d’attaques". Elle explique également l’importance du loup dans les écosystèmes : " le loup est une espèce ‘clé de voûte’ des écosystèmes, car en tant que grand prédateur, il ne va jamais exterminer les populations de proies, mais au contraire s’adapter". En tant qu’encadrante de Férus au Jura, elle gère notamment deux missions principales.

Pastoraloup

Lancée en 2023, la mission Pastoraloup accompagne les éleveurs qui le souhaitent en mobilisant des groupes de bénévoles pour surveiller les troupeaux la nuit. "En équipe de deux, les bénévoles viennent sur la zone en début de soirée, et assurent une ronde régulière, de façon à effaroucher les potentiels prédateurs". Les équipes sont équipées de matériel adapté, tel que des caméras thermiques, des fox lights, des torches, des sifflets et même des talkie-walkie pour les plus grandes équipes.

Laure précise que la présence humaine dissuade les attaques de loups : "à ma connaissance, lors de gardes de nuit de Férus, il n’y a pas d’attaque". Cette année, l’association compte environ 140 bénévoles dans la branche du Jura, dont la moitié proviennent de la région. Férus intervient dans le cadre de Pastoraloup auprès de six éleveurs de la région, dont deux ont sollicité l’aide de l’association après une attaque. L’objectif de Pastoraloup est clair : "accompagner nos éleveurs et assurer la survie de l’espèce lupine".

L’été est la saison où les troupeaux montent en estive, c’est-à-dire paissent sur les pâturages de montagne, et sont plus fragile aux déprédations. Cette période s’étend, selon les altitudes, de début avril à mi-octobre, et "les risques d’attaques de prédateurs augmentent dans la saison", les louveteaux nés au printemps étant prêts à chasser à la fin de l'été.

Parole de Patou

Cette opération complète la mission Pastoraloup et consiste à mener des campagnes d’information auprès des usagers de la montagne durant l’été : randonneurs, traileurs, vététistes, entre autres. L’objectif est de leur expliquer que les troupeaux en estive sont souvent gardés par des chiens de protection, et qu’ils pourraient croiser leur chemin.

La présence de ces chiens est essentielle pour les éleveurs, pour qui "la présence des prédateurs est une réelle contrainte et un vrai traumatisme". Laure ajoute qu’il est crucial de comprendre leur comportement dissuasif et comment se comporter en conséquence : "il faut que nous, usagers de la montagne, on s’adapte à leur travail". Cette campagne de sensibilisation est d’autant plus importante en été, lorsque l’espace est partagé entre de nombreux individus.

Pour Laure, il y a trois choses à retenir en ce qui concerne les chiens de troupeau : "ils sont au travail et on entre chez eux, on s'arrête immédiatement si on en croise, et on ne part jamais dans un périmètre de 1km des troupeaux gardés avec son chien de compagnie". 

Comment devenir bénévole ?

Laure précise que pour participer à ces gardes, il est nécessaire d’adhérer à Férus et de s’inscrire à des formations de deux jours dans le Jura. "Durant ces formations, on aborde le massif du Jura, la configuration particulière des estives ici, les moyens de protection utilisés, les techniques de bivouac, et on apprend à apprivoiser sa peur de la nuit aussi".

Elle décrit les gardes comme des moments privilégiés entre l’homme et la nature : "on retrouve sa place dans la nature, on prend conscience que l’on est qu’un tout petit maillon de la chaîne, une espèce parmi tant d’autres…". Elle conclut en soulignant que "ces formations sont indispensables pour devenir polyvalent et assurer ces missions primordiales pour garantir la coexistence entre les activités humaines et les grands prédateurs".

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