Rémi Bastille, préfet du Doubs, a souligné en préambule que la sécurité demeure ”une préoccupation pour nos concitoyens”. Au total, plus de 26.600 faits ont été enregistrés en 2025 dans le département, soit une hausse de 4,4 % sur un an. Le taux d’élucidation progresse toutefois pour atteindre 46,3 %.
Atteintes aux personnes : la forte progression des violences intrafamiliales
Les violences physiques au sein du cadre familial poursuivent leur hausse dans le Doubs, avec +16 % de victimes en 2025 et une progression moyenne de 10 % par an depuis plusieurs années. ”Un fléau extrêmement présent qui augmente chaque année”, a précisé le préfet.
Les autorités soulignent néanmoins que cette évolution peut aussi traduire une meilleure libération de la parole. ”Est-ce une dégradation de la situation ? Est-ce une libération de la parole ?”, a interrogé Rémi Bastille, évoquant le succès des dispositifs de plainte et de signalement en ligne, qui permettent aux victimes de ne pas se rendre immédiatement en commissariat.
La gendarmerie a renforcé ses moyens, comme l’a précisé la colonel Élodie Montet, avec la création d’une brigade spécialisée et un suivi systématique des victimes : ”on rappelle les personnes à 9 jours, 15 jours, 30 jours et si ça répond pas, on envoie la patrouille.”
Narcotrafic : pression accrue et arsenal juridique élargi
La lutte contre les stupéfiants constitue l’un des axes majeurs de l’action de l’État. En 2025, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants a fortement augmenté dans le Doubs. Pour le préfet, cette hausse traduit avant tout l’intensification des contrôles : ”on veut d’abord croire que c’est l’action des services qui a permis cela.”
Il évoque un ”harcèlement quotidien sur les trafiquants et consommateurs de stupéfiants”, avec une utilisation accrue des amendes forfaitaires délictuelles.
La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du narcotrafic a renforcé les outils disponibles. Dans le Doubs, 12 interdictions administratives de paraître dans le territoire ont été prononcées, une fermeture administrative décidée et plusieurs procédures de résiliation de baux engagées contre des occupants impliqués dans des trafics.
Le procureur de Besançon, Cédric Logelin, a rappelé la détermination judiciaire : ”le trafic c’est aussi des violences et des personnes prêtes à tuer, blesser pour assurer leurs revenus.” Il a également mis en garde les usagers : ”il faut rappeler aux consommateurs que derrière le joint du samedi soir, il y a des gens blessés et tués. C’est la réalité du trafic de stupéfiants.”
Pour autant, le préfet a reconnu les limites de la lutte : ”non on ne gagnera pas, pas l’éradication du trafic de stupéfiants”, tout en soulignant que l’action engagée a permis de ”changer le visage de certains quartiers”.
Atteintes aux biens : une baisse globale confirmée
Les atteintes aux biens sont orientées à la baisse en 2025. Cambriolages, vols de véhicules et vols avec arme reculent, confirmant une tendance favorable déjà observée l’an passé.
Laurent Perraut, directeur interdépartemental de la police nationale du Doubs, a évoqué une diminution des faits de voie publique : ”indicateur en baisse pour la deuxième année consécutive dans la zone police du Doubs.”
Escroqueries : une menace en forte expansion
À l’inverse, les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement progressent fortement, avec plus de 3.300 victimes recensées en 2025. Les autorités évoquent une délinquance de plus en plus numérique.
Laurent Perraut parle d’”une tendance lourde” qui passe par ”le téléphone, les réseaux sociaux, de faux coursiers, internet”, appelant à une vigilance accrue des citoyens.
Protoxyde d’azote : un phénomène préoccupant
L’usage détourné du protoxyde d’azote prend de l’ampleur dans le département, comme partout en France. Pour rappel, le préfet avait pris un arrêté réglementant sa détention et sa consommation sur le territoire afin de "faciliter" le travail des forces de l'ordre.
Rémi Bastille évoque ”un fléau grandissant”, tandis que la colonel Montet souligne que ce produit est de plus en plus cité lors des contrôles routiers. ”Ce nouveau fléau nous mobilise beaucoup.”
Sécurité routière : une année noire
Le volet routier constitue le point le plus sombre du bilan 2025. Le Doubs a enregistré 479 accidents (+33 %), 604 blessés et 29 morts.
La colonel Montet parle de ”résultats très mauvais”. Malgré une répression accrue, ”il n’y a jamais eu autant de contrôles, jamais eu autant de radars et pourtant”, a regretté le préfet.
Les comportements à risque persistent. ”On a des comportements très déviants”, souligne la gendarmerie, citant la vitesse excessive, l’alcool, les stupéfiants et l’usage du téléphone.
Les refus d’obtempérer augmentent également fortement. Laurent Perraut insiste : ”les auteurs : nous les traquerons, on les recherchera.” Il rappelle qu’”il n’y a pas d’impunité”.
Atteintes aux élus et sécurité du quotidien
Les atteintes aux élus restent un point de vigilance à l’approche des échéances électorales. Le procureur de Besançon a assuré que ces faits étaient traités ”avec sévérité et rapidité”, estimant ”inacceptable de s’en prendre à un élu”.
Les autorités appellent par ailleurs la population à signaler les faits via la plateforme Ma Sécurité. La colonel Montet martèle : ”vous ne nous dérangez jamais !”
150 OQTF prononcées dans le Doubs en 2025
La lutte contre l’immigration irrégulière et l’exploitation d’étrangers sans titre s’est intensifiée dans le Doubs en 2025, a précisé le préfet, avec une hausse de 10,4 % des infractions relevées à la législation sur les personnes étrangères.
Au-delà des contrôles quotidiens, plusieurs opérations ciblées ont été menées sur les grands axes routiers et ferroviaires du département, notamment dans les gares SNCF, gares routières et sur certaines lignes d’autocars longue distance. Au total, 525 personnes en situation irrégulière ont été interpellées puis ont fait l’objet d’un examen de leur situation administrative ; 150 obligations de quitter le territoire français (OQTF) ont été prononcées.
Les mesures d’éloignement effectivement exécutées s’élèvent à 315 sur l’année, dont 115 OQTF, 13 interdictions du territoire français, une expulsion et 146 réadmissions dans le cadre des dispositifs Schengen ou Dublin. Ce volume est toutefois en recul de 9 %, les autorités évoquant notamment les difficultés à obtenir certains laissez-passer consulaires. Par ailleurs, 33 personnes ont été placées en centre de rétention administrative, soit dix de plus qu’en 2024, et 238 assignations à résidence ont été décidées.
Une mobilisation appelée à se poursuivre
Malgré des résultats contrastés, l’ensemble des intervenants ont insisté sur la continuité de l’engagement des services.
Pour le préfet, la stratégie reste claire : utiliser ”un maximum d’armes administratives possibles pour répondre à ce fléau” du narcotrafic, tout en maintenant la pression sur l’ensemble des formes de délinquance qui touchent le territoire.


