Fralsen paie aujourd’hui les conséquences du passage d’un dirigeant qui, il faut bien le dire, a vidé l’entreprise de sa substance en seulement un an comme il l’a fait ailleurs. Résultat : un savoir-faire local d’exception est en train de disparaître sous nos yeux. Derrière ce naufrage, il y a surtout 70 salarié(e)s, dont certain(e)s ont consacré plus de trente ans de leur vie à cette maison. Trente ans d’expérience, de précision, d’engagement… menacés d’un trait de plume.
Le plus troublant reste l’atmosphère presque irréelle qui entoure la situation. Malgré l’angoisse, malgré l’incertitude, tout le monde continue à travailler d’arrache-pied. Les commandes arrivent, les clients maintiennent leur confiance, la production suit. L’entreprise tient debout, portée par le professionnalisme de ses équipes. Et dehors ? Rien. Pas de banderoles, pas de mobilisation, pas même un véritable élan de soutien.
La presse, locale comme nationale, a bien relayé l’information du redressement judiciaire. Mais du côté des responsables politiques locaux, régionaux, nationaux la réaction semble teintée de résignation. Comme si cette histoire n’était qu’un dossier de plus. Comme si la banalisation des défaillances d’entreprises en France justifiait l’inaction. “Ce n’est pas la seule… que peut-on y faire ?” Voilà le discours implicite qui semble dominer.
Ce fatalisme est dangereux. Il banalise la perte d’emplois qualifiés, l’érosion du tissu industriel et la disparition progressive de compétences rares. Fralsen n’est pas qu’une ligne dans un registre de procédures collectives : c’est une part du patrimoine industriel bisontin, une concentration de talents, une chaîne de savoir-faire difficilement remplaçable.
L’indifférence, aujourd’hui, pourrait coûter très cher demain à Fralsen, à ses salarié(e)s, et à tout un territoire qui regarde, en silence, l’un de ses joyaux vaciller.



