Démantèlement des centrales nucléaires : Barbara Romagnan pointe d’importantes difficultés techniques et financières

Publié le 03/02/2017 - 16:55
Mis à jour le 04/02/2017 - 17:13

Barbara Romagnan a présenté ce mercredi 1er février 2017 son rapport sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires. Elle y dénonce l’optimisme d’EDF sur tous les aspects du démantèlement, ne prenant en compte que « les hypothèses les plus favorables« . Selon la députée du Doubs, il est à craindre une contribution financière beaucoup plus forte de l’État, et donc des contribuables.

Après 7 mois de travaux, l’audition de 70 personnes et plusieurs déplacements en France et aux Ètats-Unis, la mission d’information présidée par Julien Aubert, député Les Républicains du Vaucluse, a rendu ses conclusions. Barbara Romagnan, rapporteure de la mission, a présenté le rapport sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires ce mercredi 1er février à l'Assemblée nationale.

Un démantèlement inéluctable

Une importante partie du parc nucléaire français arrivera bientôt à la fin de sa durée d’exploitation (40 ans). Que l’on souhaite ou non poursuivre la production nucléaire, le démantèlement de ces installations devra se faire, "parce qu’il ne sera pas possible d’allonger indéfiniment la vie des centrales dont certaines connaissent déjà des difficultés", indique Barbara Romagnan.

Une faisabilité technique difficilement maitrisée

Pour la députée du Doubs, "la faisabilité technique du démantèlement n’est pas entièrement maîtrisée". Elle indique qu’EDF a "décidé unilatéralement du report à 2100 de la fin du démantèlement des réacteurs graphite-gaz (UNGG), pourtant arrêtés depuis plus de 20 ans, en raison de difficultés techniques qui ne sont pour l’instant pas surmontées." Elle cite d’autres installations, comme la centrale de Brennelis ou certains réacteurs comme Superphénix, dont les durées et coûts de démantèlement ont été sous-estimés. "La gestion des déchets radioactifs issus du démantèlement n’est pas réglée non plus, continue-t-elle, tant les volumes attendus sont considérables et les solutions techniques encore en cours de recherche, comme en témoigne le projet d’enfouissement Cigéo à Bure (Marne)."

Des coûts de démantèlement largement sous-évalués

Barbara Romagnan alerte sur le coût du démantèlement "qui risque d’être supérieur aux prévisions actuelles". Selon son rapport, les exploitants européens provisionnent de 900 millions à 1,3 milliard d’euros pour le démantèlement d’un réacteur, alors qu’EDF ne provisionne que 350 millions d’euros. Elle rappelle qu’EDF pourra obtenir des économies d’échelle du fait de l’importance et de la standardisation de son parc, économies qu’EDF ne parvient toutefois pas à chiffrer précisément. Elle ajoute qu’"EDF ne prend pas en compte plusieurs éléments comme la gestion du combustible usagé, le coût social éventuel et la remise en état des terrains, ainsi que les taxes et assurances." Pour la députée, EDF prend des hypothèses qui lui sont toujours favorables pour évaluer les coûts du démantèlement.

Quelles conclusions et préconisations ?

Barbara Romagnan préconise de rediscuter "en profondeur" la stratégie de démantèlement, sur le plan financier et technique. "Les enjeux sont colossaux par les coûts induits et eu égard aux effets que pourrait produire un démantèlement mal conduit ou inachevé. L’optimisme dont fait preuve EDF dans l’ensemble des aspects du démantèlement en prenant en compte systématiquement les hypothèses les plus favorables m’apparait dangereux pour l’avenir et fait craindre dans les années prochaines une contribution financière plus forte de l’État et donc, des contribuables."

Dans son rapport, la mission préconise de revoir les règles de prévisions des coûts du démantèlement, d’établir un agenda prévisionnel des réacteurs à démanteler, et d’accélérer le démantèlement des réacteurs UNGG. Barbara Romagnan ajoute "qu’il est indispensable de faire de la question nucléaire, de son avenir et du démantèlement du parc existant, un enjeu de débat citoyen et pas seulement un sujet technique laissé aux mains des seuls experts."

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