Dermatose nodulaire : les 83 vaches du cheptel de Pouilley-Français abattues. La préfecture du Doubs explique.

Publié le 02/12/2025 - 18:06
Mis à jour le 03/12/2025 - 13:59

La secrétaire générale de la préfecture du Doubs, Nathalie Valleix, entourée de la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations ainsi que de la Direction départementale des territoires, a réuni la presse mardi 2 octobre 2025 à 17 h. Cette prise de parole intervenait après une journée de mobilisation d’agriculteurs au Gaec de Pouilley-Français, où 83 vaches ont été abattues en raison d’un cas confirmé de dermatose nodulaire contagieuse.

L’opération de dépeuplement, entamée dès l’après-midi, se poursuivait encore au moment de la conférence.

Un cas confirmé et un risque de contagion élevé

Le cas avait été suspecté le jeudi 27 novembre, puis confirmé le lendemain. Face à ce constat, Nathalie Valleix a rappelé que le risque de propagation était jugé ”très très fort”. Le préfet a donc pris un arrêté déclarant l’infection, impliquant ”l’abattage total” du troupeau. La secrétaire générale précise : ”puisque quand un cas de Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est confirmé, l’urgence est avéré car risque de contagion est très élevé. Dans ce cas-là il faut réduire au maximum les mouvements de bovins, vacciner et dépeupler totalement le cheptel.”

La situation était d’autant plus particulière que l’animal contaminé était vacciné depuis 36 jours. Le dépeuplement a donc été effectué avec les services vétérinaires de l’État et un vétérinaire privé afin de stopper la propagation du virus.

L’indemnisation de l’éleveur en priorité

Après l'abattage du cheptel, la seconde urgence est économique. ”L’État prévoit des avances de trésorerie et indemnisation pour parer le sujet économique”, indique Nathalie Valleix.

Les experts mandatés par l’éleveur ont évalué les montants. Le gouvernement avance 2.100 € par vache et 1.100 € pour les bovins de moins de deux ans.

”Nous vivons cette douleur avec eux”

La secrétaire générale a tenu à souligner le soutien de l’État à l’éleveur et sa famille : ”Je voulais insister sur l’empathie réelle et effective que nous avons pour la famille de l’éleveur qui vit depuis vendredi dernier une véritable souffrance et la douleur est palpable. Nous sommes allés lui rendre visite hier matin pour évoquer la situation et nous avons partagé cette douleur, et nous la vivons avec eux et avec les fonctionnaires de l’État qui travaille sur cette opération de dépeuplement.”

Une opération perturbée par des tensions

Le déroulement du dépeuplement s’est heurté à des perturbations. ”Le travail n’a pas pu se faire dans la sérénité”, regrette Nathalie Valleix.
À la suite d’un appel à mobilisation de l’éleveur, 500 manifestants étaient sur place. Un dispositif de 175 gendarmes a été déployé lesquels ont interpellé deux personnes et utilisé trois grenades lacrymogène ainsi que fait l'usage de LBD. "Un gendarme a été blessé lors de l'opération avec des jets de pierre dans sa direction", a ajouté la secrétaire générale. 

”Il a été difficile de travailler pour mener cette opération nécessaire, l’urgence première étant de réduire au maximum la propagation de ce virus”, souligne-t-elle.

Un éleveur aurait lui aussi été blessé, recevant un tir de LBD dans l'épaule.

Les raisons sanitaires de l’abattage total

Bruno Vincent, directeur départemental de la DDETSPP du Doubs, rappelle que l'”on est dans une situation qui était peu probable mais possible”. Les animaux avaient été vaccinés le 22 octobre, soit 36 jours avant les symptômes. L’immunité est normalement effective au bout de 21 jours : ”Tant que l’on a pas atteint l’immunité et que l’animal se fait piquer par un stomoxe ou un taon, il peut développer la maladie car le vaccin ne peut pas combattre la maladie.”

Le responsable précise que l’incubation peut durer de 7 à 10 jours, mais ”peut tirer jusque’à 28 voire 35 jours”.

Pourquoi abattre tout le troupeau ?

L’animal malade présentait ”une charge viral extrêmement forte”, explique Bruno Vincent. La dermatose nodulaire est ”extrêmement contagieuse”, et plusieurs animaux peuvent incuber la maladie sans signes visibles. Certains peuvent même devenir porteurs sains, transmettant le virus via les insectes piqueurs. La ”stratégie globale” est donc l’éradication.

Certains éleveurs pourraient être tentés de dissimuler un cas. Nathalie Valleix avertit : ”Si ça se produit et que la propagation continue et flambe, il y aura une enquête épidémiologique et il y aura des sanctions. On est dans une police sanitaire, il y a des comportements extrêmement responsables à développer.”

Pourquoi l’urgence d’un abattage immédiat ?

”Le hangar n’est pas hermétique”, affirme Nathalie Valleix. Bruno Vincent précise : ”Ce n’est pas du tout si simple le confinement. Une étable comme ça c’est pas du tout un lieu confiné. La mouche, le taon ou le stomoxe qui entrent et sortent de l’étable et qui peuvent se déplacer jusqu’à 5 km. Ce n’est pas sous cloche du tout.” L’entrée du vent y est également ”facile”.

Des manifestants sont par ailleurs entrés dans la zone contaminée : ”Ces personnes peuvent repartir avec du fumier sous les pieds qu’ils trainent et amènent partout.” La maladie n’est toutefois ”pas transmissible à l’homme”, rappelle le DDETSPP.

Trois cycles de désinfection sont nécessaires pour protéger les autres animaux de l’exploitation.

Un foyer qui remet les compteurs à zéro dans le Doubs

Le cheptel était ”entièrement vacciné” et le département affiche 90 % de couverture vaccinale. ”La mobilisation des éleveurs a été très importante”, souligne Bruno Vincent. Mais la découverte de ce foyer réinitialise les délais réglementaires : la zone autour du foyer repart pour 45 jours d’observation, et l’arrêté préfectoral élargit à nouveau la zone réglementée. De nouvelles vaccinations sont en cours.

Des tests sur les 83 vaches auraient-ils été possibles ?

Selon Bruno Vincent, c’est une ”question technique compliquée”. Un test positif permet d’identifier la souche sauvage, mais un négatif n’écarte pas la maladie : ”On peut avoir des cas où la bête est malade mais en fait on ne le voit pas. On peut avoir des faux négatifs.”
C’est pourquoi ”toute la stratégie ne peut donc pas reposer que sur des prélèvements, mais repose aussi sur d’autres règles dont la limitation des mouvements”.

  • Propos recueillis par Elodie Retrouvey.

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