Étude Insee - Malgré son ancrage industriel, la Bourgogne-Franche-Comté poursuit sa perte de vitesse

Publié le 27/02/2026 - 12:00
Mis à jour le 26/02/2026 - 14:36

L’Insee Bourgogne-Franche-Comté a publié le 24 février 2026 une étude consacrée à l’évolution de l’emploi industriel dans la Bourgogne-Franche-Comté. Intitulée "Pourquoi l’emploi industriel décroche-t-il dans la région ?" et signée par Hélène Ville, cette analyse met en lumière un recul marqué et durable, malgré le maintien d’un fort ancrage industriel.

Entre 2013 et 2022, la région a perdu 8 % de ses effectifs industriels, soit près de 14 000 emplois. Sur la même période, l’emploi industriel se stabilise dans le reste de la France de province.

En 2022, l’industrie représente encore 168 000 emplois, soit 17 % de l’emploi total régional, et génère 13 milliards d’euros, correspondant à 18 % de la valeur ajoutée régionale. L’activité industrielle est présente sur l’ensemble du territoire : 17 des 21 zones d’emploi affichent une part de l’industrie supérieure à la moyenne de la France de province (14 %). Cette part dépasse même 30 % dans les zones d’emploi de Saint-Claude et de Montbéliard.

L’industrie est particulièrement implantée dans les petites et moyennes villes, souvent structurées autour de spécialisations historiques : la métallurgie au Le Creusot, à Montceau-les-Mines ou à Gueugnon, l’automobile à Sochaux, la fabrication de jouets à Moirans-en-Montagne ou la lunetterie à Haut-de-Bienne.

Au-delà de son poids direct, l’industrie exerce un effet d’entraînement sur l’économie locale. Chaque emploi industriel génère des besoins dans la logistique et les services aux entreprises. Les salaires relativement élevés du secteur soutiennent également la consommation et l’activité des commerces et services de proximité.

Un décrochage amorcé au début des années 2000

La baisse de l’emploi industriel s’inscrit dans une tendance de long terme. Depuis 1990, la région a perdu près de 100 000 emplois industriels, soit 40 % des effectifs du secteur. Jusqu’au début des années 2000, l’évolution régionale suivait celle de la France de province. Un décrochage apparaît ensuite, accentué lors de la crise de 2008, qui a plus fortement touché la région.

Entre 2013 et 2022, ce décrochage se poursuit. Il concerne toutes les catégories de métiers, des ouvriers aux ingénieurs, ainsi que la majorité des activités industrielles. Même les microentreprises, dynamiques ailleurs en France, y créent moins d’emplois qu’au niveau national.

Une spécialisation sectorielle défavorable

Selon l’Insee, la région présente l’orientation sectorielle la plus défavorable parmi les régions françaises. Les secteurs les plus créateurs d’emplois entre 2013 et 2022, agroalimentaire, industrie chimique et pharmaceutique, textile, y sont moins implantés qu’ailleurs.

À l’inverse, les activités en recul au niveau national occupent une place importante dans la région. La métallurgie, première activité industrielle régionale, subit la concurrence internationale et la substitution de nouveaux matériaux à l’acier. L’industrie plastique, très présente dans le Jura, est également exposée. Surtout, la région est la plus tournée vers la fabrication automobile : ce secteur représente 12 % de l’emploi industriel, soit deux fois plus que dans la France de province, et a été affecté par la baisse des ventes et les délocalisations.

L’effet de cette spécialisation reste toutefois partiel. Dans la zone d’emploi de Montbéliard, elle explique presque entièrement le recul observé, en lien avec le poids de l’établissement Stellantis de Sochaux, l’un des plus grands sites industriels de France, où l’automobile concentre plus de 60 % des emplois industriels. Ailleurs, comme dans la zone d’emploi de Dole spécialisée dans la chimie, l’emploi recule malgré une orientation sectorielle plus favorable.

Des fragilités structurelles multiples

D’autres facteurs structurels contribuent au décrochage. L’industrie régionale dépend davantage de groupes étrangers, ce qui l’expose aux restructurations et aux délocalisations. Des établissements majeurs, tels que General Electric à Belfort, Aperam à Imphy et à Gueugnon, ou encore Industeel au Creusot, appartiennent à des groupes internationaux.

Le tissu productif est aussi plus ouvrier : les cadres représentent 12 % des effectifs industriels, contre 14 % en moyenne dans la France de province. L’activité est moins orientée vers la recherche et développement, en partie en raison de l’absence de très grandes métropoles à proximité. Certaines zones de la Nièvre ou de l’ouest de la Côte-d’Or se situent à plus de deux heures de route d’une grande agglomération, ce qui limite l’accès aux centres de recherche, aux infrastructures majeures et à un vaste bassin de main-d’œuvre.

L’héritage des pertes passées pèse également. Les importantes suppressions d’emplois du début des années 2000 ont fragilisé l’écosystème productif local, entraînant un recul des services de soutien et un départ de compétences spécialisées. Par ailleurs, les régions voisines du quart nord-est, elles-mêmes en difficulté industrielle, offrent peu d’opportunités de coopération ou de complémentarité.

Des dynamiques locales contrastées

Entre 2013 et 2022, seules deux zones d’emploi, Beaune et Besançon, enregistrent une progression de l’emploi industriel. Beaune bénéficie de la dynamique de la filière viticole et d’une position stratégique de carrefour logistique. Besançon s’appuie sur des savoir-faire spécifiques et des formations liées à la microtechnique.

Plus largement, les pertes sont atténuées sur l’axe Chalon-Vesoul et dans la frange ouest de la région, entre Sens et le Charolais. À Sens, le développement du port de Gron et les investissements logistiques soutiennent l’activité. Le Charolais profite de la Route Centre-Europe Atlantique, dont la mise à deux voies a accru le trafic et favorisé l’implantation d’établissements industriels. À Nevers, le technopôle autour du circuit de Magny-Cours constitue un levier potentiel.

À l’inverse, la bande frontalière entre Saint-Claude et Montbéliard et le centre de l’ancienne Bourgogne figurent parmi les territoires les plus touchés. Avec au moins 20 % de pertes d’emplois industriels entre 2013 et 2022, Montbéliard, Saint-Claude et Avallon comptent parmi les zones d’emploi de France de province les plus affectées. Ces territoires cumulent spécialisation marquée, concentration des emplois dans quelques établissements et déclin démographique. À Pontarlier, la proximité de la Suisse exerce en outre une concurrence sur le marché du travail.

Productivité en hausse et réindustrialisation encore limitée

La transformation de l’industrie s’est accompagnée d’une hausse de la productivité. Entre 2000 et 2022, la valeur ajoutée par emploi passe de 52 000 à 83 000 euros courants dans la région. Si la valeur ajoutée diminue, elle recule moins que les effectifs et connaît un rebond marqué depuis 2021, porté notamment par la hausse des prix et le dynamisme de la chimie.

L’étude souligne enfin que les politiques nationales de réindustrialisation, notamment à travers le dispositif Territoires d’industrie et le plan France 2030, commencent à produire des effets, en particulier autour de la filière hydrogène. Toutefois, depuis 2022, le décrochage avec la France de province se poursuit. Les créations d’usines restent rares et de faible ampleur, souvent liées à des restructurations de groupes existants plutôt qu’à l’implantation de nouveaux acteurs.

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