Le loup, moins bien préservé en Europe après le déclassement de son statut d'espèce très protégée

Publié le 03/12/2024 - 14:00
Mis à jour le 03/12/2024 - 12:19

Sous pression des éleveurs, les pays européens se sont mis d’accord mardi 3 décembre 2024 à Strasbourg pour abaisser la protection du loup, une décision qui devrait faire hurler les défenseurs de l’environnement.

Photo d'illustration © Libre de droit/Pixabay
Photo d'illustration © Libre de droit/Pixabay

La Convention de Berne, qui assure la protection de la faune, a approuvé un déclassement du statut de protection du loup, qui va passer d’espèce "strictement protégée" à "protégée".

"On ne pourra pas se mettre à chasser le loup sans aucun cadre, mais un déclassement permettrait de généraliser la possibilité de tirer et de tuer des loups, selon des règles qui devront être déterminées nationalement", expliquait avant la décision le directeur des programmes de WWF-France, Yann Laurans.

Les 49 Etats membres de la convention, réunis à Strasbourg, ont approuvé une proposition déposée en septembre par l’Union européenne, qui cherche à mieux protéger le bétail dans un contexte d’augmentation de la population des loups.

"La modification entrera en vigueur dans trois mois, sauf si au moins un tiers des parties à la Convention de Berne (17) s’y oppose", a précisé dans un communiqué le Conseil de l’Europe, qui héberge la convention. "Si moins d’un tiers des parties s’y oppose, la décision entrera en vigueur uniquement pour les parties qui n’ont pas formulé d’objections", a-t-il ajouté.

Plus de 20.000 individus

Des loups peuvent déjà être tués dans des conditions très précises pour protéger des troupeaux, une disposition mise en oeuvre en France via des dérogations.

Dans sa proposition, l’UE, qui assure se fonder sur "une analyse approfondie du statut" du carnivore sur son territoire, fait état d’une population grandissante, atteignant les 20.300 individus en 2023, pour la plupart dans les Balkans, les pays nordiques, en Italie et en Espagne.

Une expansion qui serait à l’origine de difficultés de "coexistence avec les activités humaines, notamment en raison des dommages causés au bétail, qui ont atteint des niveaux importants", selon Bruxelles.

De nombreux agriculteurs français dénoncent des attaques sur leurs bêtes ainsi qu’une inaction de l’Etat concernant l’autorisation de tirs de défense.

"Le risque de rétrograder ce statut est de fragiliser voire provoquer le déclin de cette espèce en Europe", alertait M. Laurans, avant de rappeler que le loup avait entièrement disparu de l’Hexagone il y a un siècle.

De plus, déstabiliser"l’organisation sociale très précise" qu’est une meute par des tirs sporadiques risque de créer"des comportements plus désordonnés" de celle-ci envers les troupeaux, selon lui.

"Aucune conséquence positive"

Un déclassement du loup n’aura "aucune conséquence positive sur le bétail des éleveurs en France et en Europe", assurait le cofondateur de l’Observatoire du loup, Jean-Luc Valérie.

"Il n’y a qu’une solution viable : laisser les élus gérer la situation à l’échelle régionale voire locale, et que ces derniers implantent sur leur territoire des personnes formées sur le sujet, qui puissent renseigner les éleveurs inquiets au sujet de potentielles attaques", affirmait-il.

Dans une lettre adressée fin novembre au secrétaire de la Convention, Mikaël Poutiers, plusieurs ONG pointaient une proposition "largement considérée comme illégale, manquant de justification scientifique et violant les principes de participation démocratique".

"En affaiblissant l’espèce qui est le sommet du système écologique européen, on risque de fragiliser l’ensemble de la santé, déjà assez peu robuste, de l’écosystème", appuie Yann Laurans.

L’estimation du nombre de loups en France en 2023 s’est établie à 1.003 individus, en baisse de 9% sur un an. Environ 20% de la population est abattue chaque année.

Lors d’une visite au Sommet de l’élevage début octobre, le Premier ministre français Michel Barnier avait estimé que la nouvelle évaluation officielle du nombre de loups en France, attendue d’ici fin 2024, pourrait représenter un potentiel "moment clé" pour augmenter les abattages.

La Convention de Berne est composée des 46 Etats membres du Conseil de l’Europe, exception faite de Saint-Marin, ainsi que de quatre Etats africains: le Burkina Faso, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie. L’Union européenne en fait également partie.

(Source AFP)

Nature

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