L'Établissement public d'aménagement et de gestion de l'eau (EPAGE) Haut-Doubs Haute-Loue s'occupe, à travers de multiples actions, de rendre l'eau du Doubs plus propre et plus saine. C'est un combat de "moyen et long terme", nous explique Cyril Thevenet, joint par téléphone.
Le directeur de l'établissement ajoute que : "Même si nous avons des retours très positifs (…), s'il ne pleut pas, nous nous battons contre des moulins à vent". Ces efforts visent, de façon générale, à améliorer la qualité de l'eau qui s'écoule dans le département. Une des missions particulières sur laquelle se concentre l'EPAGE est d'améliorer la rétention naturelle de l'eau. Phénomène crucial lorsqu'il ne survient aucune précipitation, à l'image de ces dernières semaines.
L'année 2026 s'annonce record, dépassant les années 2018 et 2022, qui avaient elles-mêmes battu des sommets en termes de sécheresse. Si le vrai bilan ne pourra être fait qu'en septembre ou en octobre, Cyril Thevenet voit l'accélération des phénomènes climatiques extrêmes se concentrer sur les 5 à 10 dernières années. Ces exceptions sont en train de devenir la norme.
"Les prévisions à 2050 annoncent une baisse allant jusqu'à -45 % du débit du Doubs et de -10 à -20 % pour la Loue", prévient le directeur de l'Établissement public d'aménagement et de gestion de l'eau. Comment y faire face ?
Tous les moyens de ralentir l'écoulement des rivières et l'infiltration de l'eau dans les sols, afin de garder des zones humides et des rivières à flot, sont mis en œuvre, et ce depuis 30 ans. L'EPAGE travaille, entre autres, sur des chantiers visant à faire retrouver leur lit naturel aux différentes rivières et ruisseaux qui émaillent le territoire. Des rivières comme la Reverotte ou le Dessoubre ont vu leur tracé très fortement modifié : souvent, les méandres que faisaient naturellement ces cours d'eau ont été supprimés au profit de canaux en béton. Ainsi, l'eau s'écoule plus rapidement et, en hiver, lors des fortes pluies, déborde plus vite et disparaît dans les fossés au lieu d'irriguer des zones humides.
Pour rappel, le Doubs est une région karstique : les sols sont très vite traversés par l'eau de pluie, qui rejoint ensuite les rivières souterraines resurgissant à divers endroits du territoire. Chaque cours d'eau est précieux, autant pour l'eau potable qu'il va générer que pour l'écosystème qu'il traverse et nourrit. Ralentir l'infiltration a pour but de filtrer l'eau et de la rendre plus propre, mais aussi de permettre qu'elle irrigue les sols en restant plus longtemps à la surface de la terre.
La sécheresse a aussi un impact direct sur le monde agricole, et ce à plusieurs niveaux
Jean-Baptiste est un agriculteur installé sur les plateaux des portes du Haut-Doubs, un territoire bénéficiant de l'appellation d'origine protégée. Cette spécificité est à prendre en compte dans ce témoignage. L'appellation donne donc un contexte d'exploitation très spécifique. En nous faisant visiter sa ferme, cet exploitant nous précise qu'il ne peut pas être pris comme un exemple général, même s'il partage des problématiques communes avec d'autres exploitations laitières ne bénéficiant pas du label AOP.
Nourrir ses bêtes comme en hiver pendant l'été
Le manque de précipitations impacte son activité de différentes façons. D'abord, s'il ne pleut pas, l'herbe ne pousse pas dans les prairies et les vaches doivent être nourries autrement. En ce moment, il "donne la même ration de foin qu'en hiver, soit deux bottes par jour et une botte de regain" pour son troupeau de 60 vaches, dit-il, en rabattant le foin que les vaches ont poussé en le mangeant, hors de portée de leur museau. À cela s'ajoute une botte de foin pour les génisses. Ce rythme épuise ses stocks. Le foin qu'il devra acheter pour l'hiver sera de moins bonne qualité que celui récolté sur ses parcelles, car plus vieux. Il est "à ce rythme depuis la première semaine de juillet et probablement jusqu'à fin août", nous raconte-t-il. Et ce, même si les conditions hygrométriques devenaient soudainement optimales, il faudrait attendre quelques semaines pour que l'herbe pousse et que les prairies verdissent.
Comme la majorité des agriculteurs est dans son cas, cela provoque inévitablement une hausse des prix du foin, due à la rareté du produit couplée à la forte demande. S'il dit "avoir eu un printemps exceptionnel", lui ayant permis de bonnes récoltes, il ne pourra pas faire de regain d'ici la fin de l'été. Des pluies abondantes suivies d'un beau soleil ne lui permettraient pas de combler ce qui a été consommé pendant la sécheresse.

Baisse significative des rendements, donc baisse du revenu
La canicule impacte également la productivité des bêtes. En moyenne, lors de fortes chaleurs, Jean-Baptiste observe 3 à 5 litres de lait en moins par vache et par jour. Lors de la première canicule, en juin, il a remarqué une baisse de rendement allant jusqu'à 8 litres de lait par vache et par jour. C'est autant de lait qui ne sera ni commercialisé ni payé à l'agriculteur, alors que ses frais augmentent. La santé des animaux est aussi fortement impactée. Deux de ses vaches ont avorté, selon lui, à cause des températures très élevées. Il lui est aussi plus difficile de lire leur comportement, notamment de savoir si elles sont en chaleur.
Jean-Baptiste est conscient que, grâce à la spécificité AOP, le prix du lait est suffisamment élevé pour lui permettre, pour l'instant, d'amortir ces surplus de dépenses, contrairement à d'autres exploitants ne bénéficiant pas de l'appellation AOP.

Résilience et adaptabilité face à l'inconnu
Ce jeune agriculteur, installé depuis 10 an, redoute l'irrégularité des années. Il a le sentiment que l'exception est en train de devenir la norme et que les années dites "normales" ne sont plus qu'un détail parmi des événements extrêmes, bons comme mauvais. Selon lui, l'année 2024 a été exceptionnelle.
Pour affronter cet avenir incertain, il voudrait que l'Europe et les pouvoirs publics, même s'il trouve que les "règles sont justes", prennent davantage en compte les spécificités locales afin d'aider au mieux les agriculteurs à se préparer aux transformations futures nécessaires.
Pour sa part, il pense que ne pas trop agrandir son cheptel est une bonne solution, même si l'agriculture de marché pousse à produire plus de volume. Il veut aussi réaliser des travaux, grâce aux aides de l'Union européenne, sur son bâtiment afin d'augmenter son isolation et de pouvoir récupérer l'eau de pluie hivernale qui ruisselle sur cette surface. Objectif : utiliser l'eau du réseau potable uniquement pour abreuver les vaches, et rationaliser les dépenses de cette précieuse ressource pour le reste du fonctionnement de la ferme.
"Il va falloir s'adapter", concède-t-il, et faire des efforts pour gérer au plus près l'usage de l'eau et, plus globalement, la façon de travailler, en étant toujours plus précis sur l'utilisation de chaque ressource.


