Un Français sur deux est aujourd’hui en surpoids ou en situation d’obésité. Un décès prématuré sur cinq est lié à l’alimentation. Près d’un sur dix à la sédentarité. Dans ce contexte, le nouveau Programme national nutrition santé (PNNS 5) marque une évolution vers une approche plus globale et durable. Mais il laisse de côté des éléments clés comme les rythmes biologiques, le sommeil et le rôle des professionnels de terrain.
Ce qui change vraiment
Le PNNS 5 marque une évolution attendue des politiques de santé publique. Il ne se limite plus à une approche centrée sur les nutriments, mais s’inscrit dans une vision plus globale :
- promotion d’une alimentation plus végétale
- prise en compte des enjeux environnementaux
- volonté de régulation renforcée
- attention accrue aux inégalités sociales
L’alimentation est désormais pensée dans un système plus large, intégrant santé et durabilité. Par ailleurs, le programme amorce — encore timidement — des actions sur l’environnement alimentaire :
- réflexion sur la suppression des produits sucrés en caisse
- volonté de réduire la teneur en sucre des produits destinés aux enfants
- encadrement renforcé de la restauration collective
Des mesures intéressantes, qui reconnaissent enfin l’impact de l’environnement sur les comportements. Mais là encore, ces mesures restent prudentes au regard des enjeux.
Mais une vision encore incomplète
Malgré cette modernisation, un élément essentiel reste absent : le rythme de vie. Aujourd’hui, la santé ne dépend pas uniquement de ce que l’on mange, mais aussi de quand on mange et comment on vit. Et sur ce point, le PNNS 5 reste silencieux.
La chronobiologie : un angle mort
Aucune recommandation du PNNS 5 sur :
- les horaires des repas
- le jeûne nocturne
- l’alignement avec les rythmes biologiques
Pourtant, ces éléments sont désormais bien documentés. L'ANSES a récemment mis en avant l’importance du moment des prises alimentaires et des rythmes circadiens dans la régulation métabolique. La science progresse, mais les recommandations publiques n’intègrent pas encore pleinement ces données.
Le sommeil : un autre grand oublié
Son rôle dans la régulation de l’appétit, le métabolisme et les comportements alimentaires est aujourd’hui largement établi. Ne pas l’intégrer dans une politique de prévention nutritionnelle interroge.
Et sur le terrain ?
Enfin, un dernier point mérite d’être souligné : Les diététicien·ne·s nutritionnistes sont peu, voire pas, mentionnés. Pourtant, ce sont eux et elles qui :
- accompagnent les patients au quotidien
- traduisent les recommandations en actions concrètes
- adaptent les conseils aux réalités individuelles
Sans ces professionnels, les messages restent théoriques… et risquent d’être relayés par des acteurs non formés ou non professionnels de santé.
Des avancées… encore timides
Oui, le PNNS 5 évolue. Mais il reste en retrait sur un point fondamental : la prise en compte du réel.
Le réel, c’est :
- des rythmes de vie souvent désynchronisés
- des contraintes quotidiennes fortes
- et la nécessité d’un accompagnement humain
Une politique de santé ne peut être efficace sans intégrer ces dimensions.
En clair, la prévention de demain ne pourra plus faire l’impasse sur le temps… ni sur ceux qui accompagnent.
Les avancées sont là, mais encore trop timides face à l’urgence d’actions concrètes.
Valentine Caput - Diététicienne nutritionniste à Besançon


