Suppressions des intervenants en EPS et musique : deux syndicats adressent une lettre ouverte au maire de Belfort

Publié le 02/06/2026 - 11:34
Mis à jour le 02/06/2026 - 11:28

Dans un communiqué commun, les syndicats FSU-SNUipp 90 et CGT Educ de l’Académie de Besançon, interpellent le maire de Belfort suite aux propos qu’il a tenu dans la presse la semaine passée et ce week-end, au sujet de la suppression des interventions municipales en EPS et musique sur le temps scolaire.

 © zollerkmd / Pixabay
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Lettre ouverte signée par la FSU-SNUipp 90 et CGT Educ de l’Académie de Besançon

"L’annonce du retrait des ETAPS sur les séances d’EPS soulève un vif émoi dans toute la communauté éducative, à commencer par les personnels concerné·e·s, mais aussi les enseignant·e·s, les élèves et leurs parents. Vos propos pour justifier cette mesure, rapportés par la presse, ont ajouté de l’huile sur le feu. Ils reflètent en effet une vision inexacte de la réalité du travail de terrain entre les ETAPS et les enseignant·e·s dans les écoles belfortaines. Il est inexact d’affirmer que les ETAPS remplaçaient les enseignant·e·s, qui doivent « refaire ce qui est leur boulot » pendant les heures d’EPS. Depuis des années, ETAPS et enseignant·e·s construisent ensemble leur projet annuel EPS. C’est un travail conjoint, qui n’a rien à voir avec une délégation des missions des enseignant·e·s vers les ETAPS. Ils ne font pas « à la place » des enseignant·e·s, mais « avec ». Chacun est dans son rôle : les enseignant·e·s veillent au respect des textes, aident à gérer le groupe classe, supervisent des ateliers, réajustent les objectifs en fonction de leur connaissances des élèves, etc. Les ETAPS co-animent les séances, en apportant une expertise sportive dont les enseignant·e·s ne disposent pas, étant rarement diplomé·e·s d’un Brevet d’État, d’un BPJEPS ou en STAPS.

Il est donc évident que la suppression des ETAPS ne peut que dégrader considérablement la qualité des séances d’EPS. Les enseignant·e·s ne sont pas en capacité d’offrir une aussi grande variété d’activités sportives (gym-acrobatique, ultimate, course d’orientation, sport de raquettes, jeux d’opposition, expression corporelle…), avec des moyens spécifiques (installation d’ateliers évolutifs, matériel spécialisé). Le gain de temps à avoir des ateliers matériellement déjà installés est aussi un facteur important, puisqu’il augmente quantitativement et non seulement qualitativement les séances. Contrairement à ce que vous affirmez, les ETAPS ne se contentent pas de « faire courir autour d’un terrain » ou « faire jouer au foot ». Bien au contraire, ils permettent aux enfants de pratiquer une éducation physique et sportive diversifiée, dans les meilleures conditions, qui n’a pas pour objectif de former des athlètes de haut niveau, contrairement à la pratique compétitive en clubs.

Cette politique d’EPS est tout à l’honneur de la ville de Belfort, qui peut s’enorgueillir, à juste titre du slogan « Belfort, mordu de sport ». Mais cette réalité de la passion sportive sur notre territoire commence par l’éducation, dès l’enfance. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir pratiquer les activités sportives en club. Nos élèves ont l’occasion de découvrir une variété de pratiques, dans lesquelles ils pourront s’engager par la suite. De plus, les ETAPS, hors l’école, jouent un rôle important dans le tissu sportif et associatif du territoire.

C’est tout cela qui sera mis à bas, alors que peu de villes en France ont une politique aussi ambitieuse, qui fait la réputation de notre cité et porte ses fruits sur la longue durée. Certes 90% des athlètes ne viennent pas de Belfort, mais ce n’est pas l’ambition de l’EPS ! La qualité des séances d’EPS est aujourd’hui un enjeu de santé publique, à l’heure des écrans, de la sédentarité et de la malbouffe. Dans une ville qui se paupérise, ce que nous sommes bien placés pour voir dans nos classes, il est particulièrement dommageable que cet enjeu crucial disparaisse de la politique de la ville.

Comment la ville de Belfort peut-elle accueillir, en grande pompe, le tour de France, tout en sapant les conditions de son excellence sportive ? N’y a-t-il pas ici une contradiction terrible : célébrer le meilleur du sport tout en privant les enfants de la ville ?

Pour toutes ces raisons, nous demandons le retrait de cette décision et l'ouverture d’une véritable concertation avec les personnels, les enseignant·e·s et leurs représentant·e·s syndicaux. Nous vous invitons, bien volontiers, dans nos classes pour observer la réalité du travail conjoint entre ETAPS et enseignant·e·s et les bienfaits que ces séances prodiguent aux petits Belfortains. Et pour finir, nous apprenons aujourd’hui que vous allez procéder de la même manière avec les interventions en musique sur temps scolaire... Notre argumentaire serait le même, donc notre demande reste la même".

(Lettre ouverte FSU-SNUipp 90 et CGT Educ de l’Académie de Besançon)

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