La section Besançon-Franche-Comté de la Licra exprime son indignation face aux attaques dont Ludovic Fagaut et sa famille auraient été victimes sur les réseaux sociaux. L’association évoque notamment des photomontages et des propos assimilant le maire de Besançon au nazisme, dans un contexte de tensions autour du débat politique local.
Dans son communiqué, elle estime que ”la liberté d'expression et le droit de critiquer l'action d'un élu sont des principes fondamentaux de notre démocratie”. Elle souligne toutefois que ces libertés ne justifient pas les attaques personnelles : ”Ils ne sauraient toutefois justifier l'injure, la stigmatisation personnelle ou le recours à des comparaisons historiques outrancières.”
La Licra affirme condamner les injures et les détournements de la mémoire historique, indépendamment des sensibilités politiques. Elle rappelle que la confrontation politique, même vive, doit rester respectueuse des personnes et des faits historiques.
”Nazi” : un terme dont la portée historique ne peut être banalisée
Au-delà du cas de Ludovic Fagaut, l’association entend alerter sur l’usage du mot ”nazi” dans les échanges politiques et sur les réseaux sociaux. ”Car traiter son adversaire de ”nazi” n'est pas une injure comme une autre”, insiste-t-elle.
La Licra rappelle que le nazisme constitue une idéologie totalitaire, raciste et antisémite, responsable de crimes de masse et de l’extermination notamment de six millions de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. ”Le nazisme n'est ni une opinion politique parmi d'autres, ni un simple synonyme d'autoritarisme”, souligne le communiqué.
L’association estime que l’emploi de ce terme pour disqualifier un adversaire politique tend à en affaiblir la signification historique. Elle cite notamment la présentation régulière du président ukrainien et de son pays comme ”nazis” dans la propagande russe, ainsi que les comparaisons entre Israël et le régime hitlérien dans certains discours politiques et sur les réseaux sociaux.
Sans assimiler ces situations dans leur contexte, la Licra y voit un risque commun de banalisation. ”À force d'être employé pour disqualifier un adversaire, le mot ”nazi” perd progressivement sa signification historique et la gravité qui devrait toujours lui être attachée”, écrit-elle.
Un risque pour la mémoire collective
Pour l’association, cette évolution dépasse la seule question du vocabulaire employé dans les affrontements politiques. Elle peut, selon elle, brouiller la compréhension des crimes nazis, relativiser leur singularité et affaiblir la vigilance face à l’antisémitisme et aux idéologies de haine. La Licra résume cette inquiétude par une interrogation : ”À force de voir des nazis partout, ne risque-t-on pas de ne plus savoir reconnaître le nazisme là où il se manifeste réellement ?”
L’association défend ainsi une distinction entre la critique politique, qui relève du débat démocratique, et l’utilisation d’insultes ou de comparaisons historiques qu’elle juge disproportionnées. Elle rappelle également que les propos de cette nature sont susceptibles, selon les circonstances, de recevoir une qualification pénale.
La Licra se réserve la possibilité d'une action judiciaire
Dans son communiqué, la section Besançon-Franche-Comté indique se réserver la possibilité d’engager une démarche judiciaire. Elle précise qu’elle pourrait se constituer partie civile, sans annoncer à ce stade qu’une telle procédure a été engagée. L’association conclut en reliant la défense de la mémoire de la Shoah à la responsabilité dans le débat public. ”Défendre la mémoire de la Shoah, de ses victimes et de leurs descendants, c'est aussi refuser que les mots qui désignent ses responsables deviennent des insultes banales”, affirme-t-elle, et appelle enfin à préserver le cadre républicain des échanges politiques, estimant que la société ne doit pas être ”gangrenée par la violence des mots et des actes, qui est la marque première du fascisme”.


