Salah Hamouri était invité à l’initiative de l’Association France Palestine Solidarité, dans le cadre du "Besac Antifa Fest", à animer une conférence-débat ce jeudi à Planoise. Sa venue faisait parler depuis plusieurs jours. Pour l’AFPS, Salah Hamouri est "une figure centrale de la lutte pour la libération de la Palestine" et rappelle qu’il "a passé plus de dix années dans les geôles israéliennes, et ce, sans inculpation, ni procès". L’AFP précise que "son livre rend hommage aux détenu.es palestien.nes et nous invite à continuer à repenser la solidarité avec les prisonnier.ières palestien.nes, le peuple palestinien et sa lutte pour sa libération".
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, elle, souligne que "M. Hamouri a fait et fait toujours l'objet d'accusations graves liées au terrorisme" : "Les accusations qui peuvent être portées contre M. Hamouri, bien que non suivies de poursuites ou de condamnation en France, doivent nécessairement appeler à une forme de vigilance quant à ses prises de parole publique, a fortiori dans un contexte d'instrumentalisation et d'importation en France du conflit israélo-palestinien", écrit l’association.
Un arrêté pris par le préfet
"Considérant le contexte géopolitique actuel et afin d’éviter la survenue de troubles à l’ordre public, M. Rémi Bastille, préfet du Doubs, par arrêté préfectoral du 02 juin 2026, a prononcé l’interdiction de la conférence-débat de M. Salah Hamouri", indique la préfecture.
Le préfet du Doubs réaffirme sa détermination à "garantir la sécurité et la tranquillité publique sur l’ensemble du département".
Une "atteinte illégitime à la liberté d'expression" pour le PCF Besançon
Dans la foulée, le parti communiste français de Besançon a vivement réagi par voie de communiqué de presse à cette "décision absurde" qui selon lui, "porte une atteinte illégitime à la liberté d’expression". Le PCF point du doigt "une décision injustifiée" qui "repose sur des mensonges repris sciemment du gouvernement israélien d’extrême droite qui qualifie faussement Salah Hamouri de « terroriste »". Une qualification qui découle "de sa condamnation en 2008 par un tribunal militaire israélien pour sa participation présumée à un projet d’attentat contre le rabbin Ovadia Yosef ". Mais les communistes bisontins rappellent que "Hamouri a toujours clamé son innocence politique, expliquant avoir accepté le compromis uniquement pour ne pas subir une incarcération doublée " et que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la LDH et Human Rights Watch le qualifient officiellement de "défenseur des droits humains".
Le PCF évoque également une position de la France qui "démontre la mauvaise foi de ses accusateurs. La diplomatie française a toujours défendu Salah Hamouri en tant que citoyen français victime de violations du droit international", notamment "lors de son expulsion de Jérusalem en décembre 2022 pour défaut d’allégeance à l’État d’Israël". Or pour le PCF, "si le gouvernement français avait détecté le moindre discours ou acte à caractère antisémite, la protection consulaire et le soutien politique constant n’auraient pas pu être maintenus".
Dans son communiqué, il insiste également sur le fait que "certaines autorités reprennent mot pour mot le récit du gouvernement israélien d’extrême droite, qui cherche à museler toutes les voix dissidentes qui défendent les droits des Palestiniens". Pour le PCF, "Salah Hamouri n’est pas un terroriste : c’est un avocat franco-palestinien, un défenseur des droits humains persécuté parce qu’il défend la justice". Il exige ainsi :
- Le retrait immédiat de l’arrêté préfectoral interdisant Salah Hamouri
- La tenue de son intervention à Besançon dans les plus brefs délais
- La cessation de la propagation de mensonges sur son compte
- Le respect de la liberté d’expression et du débat démocratique
Le PCF appelle enfin "toutes les associations, collectifs, syndicalistes, élu(e)s et citoyen(ne)s à se mobiliser contre cette censure et à soutenir le droit à l’expression de Salah Hamouri".
La Ville de Besançon salue "avec gravité et détermination" la décision du préfet
Le maire de Besançon, Ludovic Fagaut et l’ensemble de la majorité municipale ont également réagi par voie de communiqué. Ils saluent pour leur part une décision "indispensable au maintien de l'ordre républicain", qui "rappelle que la liberté d'expression, socle de notre démocratie, ne saurait servir de paravent à la haine, à la discrimination ou à la violence".
La majorité municipale insiste également sur le fait que "la mise à disposition de cette salle ne relève pas d'un choix de la majorité actuelle" mais est issue d’une demande "validée sous la précédente mandature". Elle ajoute qu’une telle demande "aurait aujourd'hui été refusée sans hésitation" par la mandature actuelle. La Ville de Besançon rappelle également que "la liberté d'expression est un droit sacré, mais elle s'arrête là où commencent l'incitation à la haine et la négation de la dignité humaine".
Le maire de Besançon réaffirme ainsi "avec force que les lieux publics bisontins resteront des espaces de débat apaisé, de culture et de citoyenneté. Ils ne seront jamais des caisses de résonance pour les discours qui divisent, humilient ou menacent la cohésion nationale". La Ville précise enfin qu’elle "veillera à l'application stricte de cette décision préfectorale".
Une décision d’interdiction "purement politique" pour La France insoumise Besançon
La France insoumise a également diffusé un communiqué de presse en réaction à la décision préfectorale qui "fait sans aucun doute suite aux accusations mensongères publiées le 25 mai 2026 par le service de renseignement intérieur d’Israël à son encontre". Pour LFI ces accusations contre celui qui "après avoir été emprisonné 10 années au total, sans charge, ni jugement" et aujourd’hui devenu avocat, "relèvent en réalité d’une attaque politique à l’encontre de l’une des voix de la défense des droits des Palestinien(e)s et reprises par les réseaux d’extrême droite". Les Insoumis dénoncent ainsi le choix de la préfecture de "relayer la propagande de l’Etat d’Israël" qui s’inscrit "donc dans cette vague d’acharnement et de censure". Une décision d’interdiction "purement politique" et "inacceptable" pour LFI Besançon.
Elle appelle ainsi "les autorités françaises à cesser cet acharnement et à permettre à Salah Hamouri de tenir sa conférence".
France Palestine Solidarité Besançon
Pour sa part, l’association France Palestine Solidarité de Besançon, à l’initiative de la venue de Salah Hamouri à Besançon avec "Le comité pour Clément", a qualifié cette "censure" d’acte "extrêmement grave". D’autant plus qu’elle "prive par la même les citoyen(ne)s d’un débat d’intérêt général majeur". Il s’agit là selon elle, d’une "première locale, en dépit d’une organisation cadrée et du combat notoire de nos deux organisations contre toutes les discriminations".
N’entendant pas céder à cette décision qu’elles jugent "scandaleuse", les associations entendent "engager les recours possibles dans les plus brefs délais" et appellent enfin "les habitant(e)s et militant(e)s à rejoindre massivement la manifestation antifasciste de ce samedi 6 juin – 14h00, promenade Granvelle".
On apprend enfin d’après le communiqué de LFI qu’un recours devant le juge administratif va être déposé.
Le NPA-A exige ”la levée immédiate de cette interdiction”
Le NPA-A bisontin condamne l’interdiction préfectorale de la conférence de Salah Hamouri, dénonçant une ”tentative de censure politique” destinée à ”faire taire l’une des principales voix de solidarité avec le peuple palestinien en France”. Le communiqué affirme que Salah Hamouri subit depuis des années ”l’acharnement de l’État israélien” puis, en France, ”un acharnement systématique de la part du ministère de l’intérieur”. Le comité apporte ”toute sa solidarité à Salah Hamouri” et exige ”la levée immédiate de cette interdiction”.
Les Ecologistes du Grand Besançon
"Nous considérons que c'est une grave atteinte à la liberté d'expression. Salah Hamouri a passé de nombreuses années dans les prisons israéliennes en « détention administrative », c'est-à-dire de manière arbitraire sous un statut hérité des pratiques coloniales du Royaume-Uni, sans aucune inculpation ni condamnation.
De manière tout aussi arbitraire son permis de résident permanent à Jérusalem-Est a été révoqué alors qu'il y est né. A travers cette décision du Préfet, l'Etat français continue de pratiquer le « deux poids, deux mesures ». En effet, l'an dernier, la préfecture avait organisé la protection de la venue de Raphaël Enthoven à Besançon alors que celui-ci avait affirmé « il n'y a aucun journaliste à Gaza », ce qui revenait à placer une cible dans le dos des journalistes palestiniens qui continuent, au péril de leur vie, de rendre compte du génocide à Gaza. De tels propos pouvaient pourtant être considérés comme une incitation à commettre des crimes de guerre. Par ailleurs, cette interdiction de la venue de Salah Hamouri intervient au moment où le président de la République a demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU en affirmant ; à juste titre, que « rien ne justifie l'escalade en cours au sud-Liban » et a jugé urgent que « les armes se taisent et pour de bon ». Dans un tel contexte, comment justifier par le prétexte des risques d'atteinte à l'ordre public, l'interdiction de la parole de quelqu'un qui se bat pour le respect du droit international et la justice pour les Palestiniens ? Par conséquent, le groupe les Écologistes du Grand Besançon demande au préfet de revenir sur cette interdiction totalement injustifiée et de laisser s'exprimer cette voix franco-palestinienne".


