Procès Péchier : le "traumatisme" de ses collègues, "victimes indirectes" des empoisonnements

Publié le 09/12/2025 - 14:55
Mis à jour le 09/12/2025 - 14:55

Les médecins étaient "la cible", les patients "le moyen" : les avocats des collègues de Frédéric Péchier, jugé depuis trois mois à Besançon pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, ont évoqué mardi 9 décembre 2025 le "traumatisme" vécu par ces anesthésistes "rongés par la culpabilité".

Frédéric Péchier © Hélène Loget
Frédéric Péchier © Hélène Loget

Le Dr Péchier a empoisonné quatre patients des docteurs Martial Jeangirard et Loubna Assila pour les "discréditer" et les "faire plier", a plaidé mardi leur avocat Kevin Louvet devant la cour d'assises du Doubs. Martial Jeangirard s'était opposé au retour du praticien à la clinique Saint-Vincent, après son passage de six mois à la Polyclinique de Franche-Comté, et Loubna Assila était "devenue une menace" pour lui, "par sa compétence qu'il ne peut accepter, par ses suspicions quand elle perçoit +quelque chose de pas net dans cette clinique+ et par sa fougue de jeune anesthésiste talentueuse", souligne leur conseil.

Les praticiens ont été "rongés pendant des années par un sentiment de culpabilité et d'impuissance" face à la mort incompréhensible de leurs patients. "Ils n'y étaient pourtant pour rien" car "une seule personne est responsable de ces vies brisées, de ces vie arrachées, c'est Frédéric Péchier", a plaidé Me Louvet d'une voix forte et déterminée. Les médecins anesthésistes de cette affaire, dont le contrat moral est de réveiller leur patients pour une vie meilleure, sont des "victimes indirectes", a souligné lundi soir la bâtonnière Emmanuelle Huot, intervenant pour le Dr Jacques Pignard, dont deux patients ont également été victimes d'arrêts cardiaques à la Polyclinique.

"Ils ont tous à un moment donné soit pleuré, soit eu des trémolos dans la voix"

Ils "ont subi un préjudice", même si "sans commune mesure" avec celui des patients et de leur famille, et "ils ont tous à un moment donné au cours de leur audition soit pleuré, soit eu des trémolos dans la voix", a-t-elle dit. Ce n'est pas le cas de l'accusé, qui n'a pas montré de compassion envers les patients touchés. Or, pour Georges Lacoeuilhe, avocat d'Anne-Sophie Balon, l'anesthésiste qui a permis de révéler l'affaire, "l'indifférence" du Dr Péchier envers les victimes "est la marque de la culpabilité".

Frédéric Péchier, 53 ans, est jugé à Besançon pour 30 empoisonnements de patients âgés de 4 à 89 ans, dont 12 sont morts, commis entre 2008 et 2017 à la cliniques Saint-Vincent et à la Polyclinique. L'accusation lui reproche d'avoir dans la plupart des cas pollué des poches de perfusion pour provoquer l'arrêt cardiaque de patients pris en charge par d'autres médecins anesthésistes, et ainsi nuire à des collègues avec qui il était en conflit.

L'accusé, qui comparaît libre, clame son innocence et encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu d'ici au 19 décembre.

(AFP)

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