Au Procès Péchier, des avis psy divergents sur le profil de l'accusé

Publié le 05/12/2025 - 08:23
Mis à jour le 05/12/2025 - 08:23

L'anesthésiste Frédéric Péchier, jugé depuis trois mois à Besançon pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, a-t-il le profil habituel d'un tueur en série? "Oui", a estimé une "profileuse" de la police devant la cour d'assises du Doubs, "non", a répondu à l'inverse un expert psychiatre jeudi 4 décembre 2025.

Frédéric Péchier © Alexane Alfaro
Frédéric Péchier © Alexane Alfaro

Chez les tueurs en série, a expliqué à la cour le psychiatre Daniel Zagury, "on trouve quasiment toujours (...) des traumatismes extrêmement lourds" tels que "de graves carences, des sévices, des incestes, des tortures", "mais je n'ai jamais vu un tueur en série ayant grandi dans une maison avec des câlins, et un papa et une maman aimants". "Je ne dis pas que ce n'est pas possible, mais je ne l'ai jamais vu", a nuancé l'expert qui "s'interdit de pencher pour la culpabilité ou l'innocence" de l'accusé.

Il a battu en brèche l'idée, avancée par un enquêteur, que Frédéric Péchier ait pu passer à l'acte du fait de graves failles affectives et notamment d'un manque de reconnaissance de la part de son père. "Le conflit avec le père, ça conduit sur le divan du psychanalyste", mais pas à perpétrer "l'un des pires crimes commis en France" qui implique "une haine et une agressivité majeures qui ne naissent que dans ce que j'ai énuméré", a-t-il estimé. "Capable d'empathie", l'accusé ne souffre ni de "maladie mentale", ni d'un "traumatisme désorganisateur", malgré des "difficultés à parler de son intimité", selon lui.

DR Jekyyl et M.Hide

"S'il avait commis les faits dont il est accusé, ça ne pourrait être qu'à travers un clivage. Le clivage, c'est Dr Jekyll et M. Hide : un sujet très lisse, 'aconflictuel' et sans affect, qui commet des faits abominables", a-t-il poursuivi.

Un avis complètement opposé à celui exposé un peu plus tôt par une experte en psychocriminologie, "profileuse" au sein de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). Celui ou celle qui a commis les empoisonnements dans deux cliniques de Besançon entre 2008 et 2017 est un personnage "organisé, méticuleux, réfléchi, prudent" qui "a besoin de contrôle", "supporte péniblement l'échec" et "a une haute estime de lui-même", a énuméré cette spécialiste en analyse comportementale, la psychologue Peggy Alliman.

L'auteur des empoisonnements présente "des traits de personnalité narcissique, obsessionnelle et orientée vers la manipulation et le contrôle", et connaît très bien les produits anesthésiques et leur usage, a-t-elle souligné. Autant de traits qui correspondent, selon elle, à Frédéric Péchier, qu'elle a décrit comme "pervers, narcissique et manipulateur". 

L'accusé, qui comparaît libre, encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu d'ici au 19 décembre.

(AFP)

procès de Frédéric Péchier

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