Dans une lettre ouverte adressée au maire de Besançon, les deux élus communistes, Hasni Alem et Aline Chassagne, reviennent sur une séquence du dernier conseil municipal. Les signataires reprochent au premier édile d’avoir révélé ”le quartier de résidence d’une élue de la République”.
Une information qui, selon eux, prend une dimension particulière au regard des menaces dont cette élue a été victime. ”Il l’est davantage lorsqu’il concerne une élue ayant reçu des menaces au cours des derniers mois, des menaces graves à l’encontre de son intégrité physique”, écrivent-ils.
Pour les communistes, les divergences politiques ne sauraient justifier l’exposition de personnes déjà confrontées à des menaces. Ils rappellent ainsi que ”la sécurité des personnes ne saurait être un instrument du débat public”.
”Ces principes n’ont de valeur que s’ils s’appliquent partout et à tous”
Au-delà de cet épisode, la lettre ouverte élargit le débat aux violences et intimidations visant des élues. Les signataires évoquent des situations ”où des élues ont été victimes d’insultes et de menaces” et appellent à une cohérence entre les principes défendus publiquement et leur application dans les faits. ”Ces principes n’ont de valeur que s’ils s’appliquent partout et à tous”, écrivent-ils, en référence notamment à la protection des femmes contre les intimidations, le harcèlement et les violences.
Le groupe estime également que la question de la vie privée doit être prise en compte lorsqu’une information concernant une élue est rendue publique. Une vigilance d’autant plus importante, selon les signataires, dans un contexte qu’ils décrivent comme marqué par une multiplication des menaces, insultes et violences visant les élus.
Un appel à apaiser le débat
Dans leur courrier, les élus communistes appellent enfin les responsables publics à contribuer à un climat politique moins tendu. ”Les désaccords politiques demeurent dans le cadre des idées et non des personnes”, écrivent-ils, et demandent au maire de ”reconnaître la gravité de cette situation” et de réaffirmer publiquement son attachement à la protection des femmes et au respect de la vie privée.
La lettre ouverte intégrale du 22 septembre 2026 :
"Monsieur le Maire,
Lors de la séance publique du conseil municipal du jeudi 17 septembre 2026, vous avez choisi de révéler le quartier de résidence d’une élue de la République. Ce fait est déjà ina- dapté en temps normal. Il l’est davantage lorsqu’il concerne une élue ayant reçu des menaces au cours des derniers mois, des menaces graves à l’encontre de son intégrité physique. Au-delà des divergences politiques, qui sont légitimes dans une démocratie, chacun devrait s’accorder sur un principe fondamental: la sécurité des personnes ne saurait être un instrument du débat public. Nul mandat, nulle fonction ne saurait justifier que l’on expose davantage une femme élue aux risques déjà encourus. Votre responsabilité, en tant que premier édile, implique de mesurer la portée de chaque parole prononcée en public.
Cette situation, et d’autres, où des élues ont été victimes d’insultes et de menaces, nous invite à réfléchir plus large- ment à la cohérence de nos engagements collectifs. Nous affirmons avec raison la nécessité de protéger les femmes contre toutes les formes d’intimidation, de harcèlement et de violence. Ces combats sont justes et indispensables. Mais ces principes n’ont de valeur que s’ils s’appliquent partout et à tous.
On ne peut défendre la protection des femmes et l’égalité femme-homme tout en banalisant l’exposition de plusieurs élues à des intimidations, des insultes ou encore des me- naces. On ne peut promouvoir le respect de la vie privée et de la sécurité des personnes sans s’interroger sur les consé- quences que peuvent avoir certaines révélations publiques.
Dans une période où les menaces, les insultes et les violences visant les élus se multiplient, chacun devrait contri- buer à apaiser le débat démocratique et à garantir que les désaccords politiques demeurent dans le cadre des idées et non des personnes. Nous attendons des responsables publics qu’ils incarnent les valeurs qu’ils défendent. La protection des femmes et le respect de la vie privée ne sont pas des principes à géométrie variable. C’est pourquoi nous vous invitons à reconnaître la gravité de cette situation et à réaffirmer pu- bliquement votre attachement à ces principes essentiels qui fondent notre pacte républicain.
Veuillez croire, Monsieur le Maire, en l’expression de notre vigilance citoyenne et de notre attachement aux valeurs de respect, de sécurité et de responsabilité publique.
Le groupe des élu·e·s communistes"


