L'air chaud du ciel bisontin a porté les premières cigognes ayant entamé leur migration vers le sud...
"C'est tout à fait normal", nous confirme Samuel Maas. Elles sont de plus en plus à établir leur domicile estival en Franche-Comté. Si à la fin des années 1970 on comptait seulement cinq couples en Alsace, c'est désormais environ 200 couples qui s'arrêtent dans la région chaque année.
Ce sont des cigognes blanches qui sont observées lors de ces larges rassemblements. Espèce très grégaire, elles volent et nichent en colonie. Il n'est pas rare que les mêmes couples investissent leur nid d'année en année. Il est donc très fréquent de voir ces cigognes s'installer de façon récurrente dans les lieux qu'elles ont appréciés, comme sur le toit de l'église de Chapelle-sous-Rougemont, dans le Territoire de Belfort, et celui de la gendarmerie de cette même commune.
Les cigognes noires, quant à elles, "sont tout l'inverse", précise le spécialiste de la LPO. Solitaires, les couples recherchent la discrétion et nichent plutôt à l'abri des regards dans les forêts.
Le grand départ : où vont-elles ?
Avant de partir pour de bon, les parents effectuent des vols "pédagogiques" pour montrer aux jeunes, nés au printemps, comment se nourrir et voler correctement, en renforçant leurs muscles encore peu utilisés. Les oiseaux parcourent entre 150 et 250 kilomètres par jour pour rejoindre le sud du Sahara en deux à trois semaines. Elles emprunteront le couloir ouest, par Gibraltar, ou celui de l'est, en reliant le delta du Nil par le Bosphore. Ainsi, ces oiseaux évitent la Méditerranée, au-dessus de laquelle les courants d'air chaud ascendants, dont elles se servent pour voler sans trop battre des ailes, sont quasiment absents.
Il y a dix ans, les premières cigognes se sont arrêtées en Camargue et en Espagne lors de leur migration vers le sud. Si seulement quelques centaines s'établissent en Camargue, il est devenu classique d'en voir passer tout l'hiver au nord de la péninsule ibérique. Plus généralement, elles restent plus facilement dans le pourtour méditerranéen au lieu de descendre, comme habituellement, au sud du Sahara.
Les aider en se tenant à bonne distance
L'ornithologue de la LPO recommande de ne pas s'approcher des groupes posés dans les champs. Elles garderont une distance de sécurité et s'envoleront immédiatement si des personnes s'approchent trop pour les prendre en photo. Ce sont des oiseaux qui préfèrent planer en se laissant porter par les courants d'air : s'arracher du sol leur demande donc une grande dépense énergétique au vu de leur taille.
Les conditions climatiques actuelles, marquées par une sécheresse doublée de fortes chaleurs, leur rendent la vie plus difficile, surtout pour s'abreuver. Samuel Maas recommande donc de leur éviter au maximum tout envol inutile.
Néanmoins, tout signalement de groupe observé au repos sera très apprécié par la LPO. Cela permettra aux agents de se rendre sur place rapidement et d'essayer d'identifier, grâce à des longues-vues, les individus bagués, afin d'établir des statistiques pour continuer à mieux comprendre leur comportement.


