La Russie lance une "opération militaire" en Ukraine

Publié le 24/02/2022 - 07:59
Mis à jour le 24/02/2022 - 15:48

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé jeudi le début d’une « opération militaire » en Ukraine où de puissantes explosions et les sirènes d’alerte aérienne ont retenti dans plusieurs villes, Kiev affirmant qu’une « invasion de grande ampleur » était en cours.

Dans une allocution télévisée, Le président russe Vladimir Poutine a annoncé jeudi une opération militaire en Ukraine tout en avertissant les autres pays que toute tentative d’ingérence dans l’action russe entraînerait
Dans une allocution télévisée, Le président russe Vladimir Poutine a annoncé jeudi une opération militaire en Ukraine tout en avertissant les autres pays que toute tentative d’ingérence dans l’action russe entraînerait "des conséquences qu’ils n’ont jamais vues". © Capture

Dans une adresse à la nation, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a proclamé la loi martiale dans tout le pays. "Pas de panique", "nous allons vaincre", a-t-il affirmé.

Peu après la déclaration surprise à la télévision du maître du Kremlin, qui a dit vouloir défendre les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, une série d'explosions ont été entendues à Kiev.

Les sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans la capitale ainsi qu'à Lviv, la ville de l'ouest où les Etats-Unis et plusieurs autres pays ont déplacé leurs ambassades.

Dans le métro de Kiev, des dizaines d'habitants tentaient de se mettre à l'abri ou de prendre un train, valise à la main pour quitter la ville.

Des explosions ont également été entendues à Kramatorsk, ville dans l'est qui sert de quartier-général à l'armée ukrainienne, à Kharkiv, deuxième ville du pays, et à Odessa, sur la mer Noire.

La Russie a affirmé avoir détruit des bases aériennes et la défense anti-aérienne ukrainienne, tandis que Kiev a revendiqué avoir abattu cinq avions et un hélicoptère russes.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a dénoncé le début d'une "invasion de grande ampleur" par la Russie. Cette opération vise à "détruire l'État ukrainien, s'emparer de son territoire par la force et établir une occupation", a renchéri son ministère dans un communiqué.

L'Ukraine a également annoncé la fermeture de son espace aérien pour l'aviation civile et les vols ont été annulés depuis les aéroports des grandes villes du sud de la Russie, à proximité de l'Ukraine.

L'armée russe a toutefois assuré viser les sites militaires ukrainiens avec des "armes de haute précision", ce qu'a semblé reconnaître le président ukrainien en indiquant que la Russie avait effectué des frappes contre des infrastructures militaires et des garde-frontières ukrainiens.

L'ambassadeur de Russie à l'ONU, Vassily Nebenzia, est allé au-delà, affirmant que son pays ciblait "la junte au pouvoir à Kiev".

La décision du président russe, qui intervient après des mois de tensions et d'efforts diplomatiques pour éviter une guerre, a aussitôt déclenché une vague de condamnations internationales. "Président Poutine, au nom de l'humanité, ramenez vos troupes en Russie !", a lancé le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, visiblement éprouvé, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité.

Le président américain Joe Biden a dénoncé une "attaque injustifiée" qui provoquera "des souffrances et pertes de vies humaines". "Le monde exigera des comptes à la Russie", a-t-il promis. Il s'est également entretenu tôt jeudi avec le président ukrainien, lui promettant son soutien.

"Attaque téméraire"

Le chef de l'Otan Jens Stoltenberg a condamné une "attaque téméraire et non provoquée" par la Russie. Une réunion d'urgence des ambassadeurs de l'Otan a été décidée jeudi matin.

Le chancelier allemand olaf Scholz a dénoncé de son côté "une violation éclatante" du droit international, tandis que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s'est engagée à demander à Moscou de "rendre des comptes". Vladimir Poutine "a choisi la voie de l'effusion de sang et de la destruction en lançant cette attaque non provoquée", a affirmé le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Après s'être entretenu avec plusieurs dirigeants étrangers jeudi matin, M. Zelensky a appelé à "une coalition anti-Poutine" mondiale pour "contraindre la Russie à la paix".

"J'ai pris la décision d'une opération militaire spéciale", a annoncé à l'aube M. Poutine dans une déclaration à la télévision. "Nous nous efforcerons d'arriver à une démilitarisation et une dénazification de l'Ukraine", a dit le maître du Kremlin assis à un bureau en bois sombre.

"Nous n'avons pas dans nos plans une occupation des territoires ukrainiens, nous ne comptons imposer rien par la force à personne", a-t-il assuré, appelant les militaires ukrainiens "à déposer les armes".

Puis, il s'est adressé à ceux "qui tenteraient d'interférer avec nous (...) ils doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n'avez encore jamais connues".

Le pétrole s'envole

Quelques heures plus tôt, le Kremlin avait annoncé que les responsables des "républiques" séparatistes prorusses autoproclamées dans l'est de l'Ukraine avaient demandé l'"aide" de Moscou pour "repousser l'agression" ukrainienne.

Lundi, le président russe avait reconnu l'indépendance de ces "républiques" séparatistes de Donetsk et de Lougansk, puis obtenu le lendemain de la chambre haute du Parlement russe son feu vert à un déploiement de forces.

Peu après le discours de M. Poutine jeudi matin, le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars, pour la première fois en plus de sept ans, et la Bourse de Hong Kong chutait de plus de 3 %. Les Etats-Unis déposeront jeudi un projet de résolution sur la table du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la Russie pour sa "guerre" en Ukraine

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne doivent pour leur part se réunir en sommet jeudi soir. 

Beaucoup redoutent que la crise en Ukraine ne mène au plus grave conflit en Europe depuis 1945. Une intervention russe pourrait se traduire par "jusqu'à cinq millions de personnes supplémentaires déplacées", a averti l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield.

Washington et ses alliés occidentaux ont pris de premières sanctions en réaction à la reconnaissance des séparatistes soutenus par Moscou que Kiev combat depuis huit ans, un conflit qui a fait plus de 14.000 morts à ce jour.

(AFP)

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