À Bellevaux, une fille de résidente dénonce des chambres collectives ”indignes” sur fond de tensions sociales

Publié le 07/06/2026 - 18:00
Mis à jour le 07/06/2026 - 21:13

Alors qu’un nouveau préavis de grève est annoncé le 8 juin 2026 au centre de gérontologie du site Bellevaux, à Besançon, une série de courriers adressés aux élus par Danièle Secrétant, fille d’une résidente du centre de long séjour, met en lumière ses critiques sur les conditions d’hébergement de certaines personnes âgées dépendantes. Dans ses textes adressés notamment au conseil départemental du Doubs, elle évoque des conditions qu’elle juge ”mauvaises, je pourrais même écrire, indignes”, écrit-elle.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

L’essentiel des reproches porte sur les chambres collectives du service Courbet, où sa mère de 97 ans a d’abord été hébergée après son admission à Bellevaux en mars 2025. Danièle Secrétant décrit ”une majorité de chambres collectives (deux personnes), chambres totalement indignes, qui contreviennent au respect des droits élémentaires des personnes”. Elle relate la réduction progressive de l’espace personnel vécu par sa mère : ”De 90 m² coquets (…) ma maman passe à… 0 m² d’intimité, de confidentialité, et 0 m² pour lui restituer un peu de son histoire, à part ses vêtements.”

Dans ses courriers, elle détaille une chambre ”tout en longueur”, une salle de bain partagée, des déplacements compliqués en fauteuil roulant, un simple rideau séparant deux lits ”si proches l’un de l’autre, que l’une peut entendre le souffle de l’autre”. Elle décrit également un quotidien marqué, selon elle, par l’impossibilité de recréer un cadre de vie personnel, faute d’espace disponible pour installer des meubles, des objets familiers ou des souvenirs.

Intimité, sécurité, hygiène : des droits jugés non respectés

Au-delà de la configuration des lieux, la fille de résidente estime que plusieurs droits fondamentaux ne sont pas garantis.

”Les droits à l’intimité ne sont pas respectés. Les droits à la confidentialité des échanges ne sont pas respectés. Les droits à une forme de tranquillité ne sont pas respectés”, écrit-elle. Elle évoque également des problèmes de sécurité liés à la désorientation de certains résidents : ”Il y a des intrusions de personnes désorientées dans des chambres qui ne sont pas les leurs.” Parmi les situations rapportées, elle cite une voisine de chambre ”très désorientée” qui ”veut régulièrement se coucher dans le lit de ma maman” et ”utilise la brosse à dents de cette dernière”.

Dans son second courrier, Danièle Secrétant ajoute une critique sur les conditions d’hygiène : ”les droits à une hygiène décente ne sont pas respectés. Chambres doubles ou chambres individuelles, une douche par… semaine !”

Elle mentionne aussi un témoignage qui lui aurait été rapporté concernant un résident ayant ”été le témoin (…) de l’agonie et de la mort de son voisin de chambre”, tout en précisant qu’il s’agit de faits rapportés par des personnes qu’elle dit juger fiables, et non par des membres du personnel.

Une souffrance décrite pour les résidents et les proches

Dans ses courriers, Danièle Secrétant décrit l’impact psychologique de cet hébergement sur sa mère. ”Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?”, rapporte-t-elle, attribuant cette question à sa mère. Elle décrit également son propre vécu de proche aidante : ”passer un des deux ponts qui mènent à Bellevaux, c’est marcher vers le bûcher sur lequel on réduit ma maman en cendres, à petit feu.”

Dans un autre courrier, elle écrit encore : ”Je préfère une capsule de cyanure ou tout autre moyen d’en finir vite, à ce genre d’hébergement.”

Après plusieurs mois de démarches, sa mère obtient finalement une chambre simple en juin 2025. Danièle Secrétant évoque alors une amélioration importante de sa situation : ”Jojo revit !”, écrit-elle, décrivant un espace redevenu aménageable, permettant davantage d’intimité, de visites familiales et la réinstallation d’éléments personnels.

”Le personnel n’est absolument pas mis en cause”

Si ses critiques envers l’organisation sont sévères, Danièle Secrétant distingue clairement la question des moyens humains de celle des soignants. ”Le personnel n’est absolument pas mis en cause. Bien au contraire. Tout le monde fait preuve de compétence, de gentillesse, de patience, de bienveillance”, assure-t-elle. Elle salue également le travail du cadre de santé et des équipes d’animation.

Cette position rejoint en partie les revendications syndicales portées ces derniers jours par FO Bellevaux et l’Unsa Santé & Sociaux. Les organisations dénoncent une dégradation des conditions de travail, des effectifs insuffisants, une fatigue croissante des agents et des difficultés à assurer ”un accompagnement humain et individualisé des résidents”.

Danièle Secrétant formule elle-même cette interrogation : ”Peut-être faudrait-il écouter le personnel, en nombre insuffisant ?”

"Devant l’absence de démentis de votre part, j’en conclus que vous êtes d’accord avec mes constats"

Dans un second courrier, intitulé Qui ne dit rien consent…, Danièle Secrétant reproche aux responsables publics du Département du Doubs leur absence de réponse. ”Donc, devant l’absence de démentis de votre part, j’en conclus que vous êtes d’accord avec mes constats”, écrit-elle.

Elle interpelle les décideurs sur ce qu’elle considère comme des enjeux de dignité, de droit et d’éthique, demandant ”de trouver les fonds et les moyens architecturaux pour rendre leur dignité à ces personnes âgées et dépendantes” et plaidant pour la transformation des chambres doubles en chambres individuelles.

Au-delà du cas personnel de sa mère, Danièle Secrétant inscrit sa démarche dans un débat plus large sur la prise en charge du grand âge. Elle fait notamment référence au livre de Victor Castanet consacré aux Ehpad et affirme que les situations qu’elle dénonce relèvent de ”graves problèmes humains, de droit, éthiques à défaut de moraux”.

Ses courriers interviennent dans un contexte social tendu à Bellevaux, où les syndicats réclament justement ”des mesures immédiates” pour améliorer les conditions d’accueil des résidents et les conditions de travail des personnels.

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