Fin du CPF pour financer le permis : une mesure jugée "injuste" par 40 millions d’automobilistes

Publié le 22/02/2026 - 11:30
Mis à jour le 20/02/2026 - 09:54

Le Conseil constitutionnel a validé, jeudi 19 février 2026, l’essentiel de la loi de finances pour 2026. Parmi les mesures entérinées figure la restriction de l’usage du Compte personnel de formation (CPF) pour le financement du permis de conduire. L’association 40 millions d’automobilistes dénonce "une réforme injuste".

Désormais, les salariés ne pourront plus mobiliser leurs droits CPF pour financer leur permis. Une décision qui suscite de vives réactions, notamment de la part de l’association 40 millions d’automobilistes, qui dénonce "une réforme injuste du CPF pour le permis de conduire".

L’association estime que cette disposition va "pénalise[r] injustement ceux qui travaillent et cotisent" et considère qu’il ne s’agit pas d’"un simple ajustement budgétaire", mais d’"une régression sociale brutale et une remise en cause directe des droits acquis par des millions d’actifs".

"Un mépris total pour ceux qui travaillent et vivent en dehors des grandes métropoles"

Le permis de conduire constitue la première formation financée par le CPF. Au-delà de l’apprentissage de la conduite, il est présenté comme un levier d’accès à l’emploi et à l’autonomie, en particulier dans les territoires peu desservis par les transports collectifs.

Selon l’association, en restreignant ce financement, "le législateur fait le choix de frapper frontalement la France qui travaille mais qui, faute de transports collectifs suffisants, dépend de la voiture pour vivre". Elle cite notamment les ouvriers, aides à domicile, intérimaires et salariés des zones rurales et périurbaines, qui cotisent au dispositif mais se voient désormais privés de cette possibilité.

Pour Philippe Nozière, président de l’association, "cette mesure démontre un mépris total pour ceux qui travaillent et vivent en dehors des grandes métropoles. La mobilité n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale pour vivre et travailler".

L’organisation estime également que la décision "acte une confiscation pure et simple de droits pourtant acquis par le travail" et "sacrifie […] une génération de jeunes actifs et de salariés modestes" ayant planifié le financement de leur permis via le CPF. Elle considère que "le signal envoyé est d’une violence inédite : cotiser ne garantit plus l’accès à ses droits".

Une double peine financière et professionnelle

L’association critique la cohérence économique de la mesure, qu’elle juge "incompréhensible et profondément incohérente". Elle estime que refuser de financer la mobilité d’un salarié en activité, tout en la finançant une fois celui-ci au chômage, relève "d’une vision purement punitive du travail". Selon elle, "plutôt que de prévenir les ruptures professionnelles, la réforme organise leur aggravation".

Sur le plan financier, les actifs devront désormais assumer seuls le coût du permis de conduire, estimé entre 1 500 et 1 800 euros en moyenne. L’association y voit "une double peine financière", dans la mesure où les salariés cotisent au CPF sans pouvoir mobiliser leurs droits à cette fin.

Elle alerte également sur les conséquences en matière de sécurité routière. Selon les données citées, 23 % des jeunes déclarent être prêts à conduire sans permis. Pour l’organisation, "relever encore la barrière financière revient à alimenter des comportements illégaux déjà préoccupants". Elle estime qu’en transférant "intégralement la charge sur les candidats", l’État prend le risque de voir se multiplier les conduites sans permis ni assurance.

Pierre Chasseray, délégué général de l’association, déclare : "Privés de leur droit à la mobilité, ces salariés subissent une double peine : financière et professionnelle. C’est une décision injuste, dangereuse et socialement irresponsable".

Une décision juridiquement validée, politiquement contestée

Si la loi de finances pour 2026 est désormais validée sur le plan juridique par le Conseil constitutionnel, l’association considère qu’elle demeure "politiquement contestable et socialement explosive".

Tout en reconnaissant que "maîtriser la dépense publique est légitime", elle estime que "faire des économies sur la mobilité de ceux qui travaillent est un choix profondément injuste". Elle avance que des alternatives existaient, telles que "plafonnement, encadrement renforcé, lutte contre les abus", mais que "le gouvernement a préféré l’exclusion pure et simple".

En conclusion, l’association affirme que "la mobilité ne peut pas devenir un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens".

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