Frédéric Péchier maintenu en prison dans l’attente de son procès en appel

Publié le 11/02/2026 - 14:09
Mis à jour le 11/02/2026 - 15:39

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon a examiné ce mercredi 11 février 2026 la demande de remise en liberté de l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en décembre dernier pour 30 empoisonnements de patients, dont 12 mortels. La chambre a décidé du maintien en détention de Frédéric Péchier dans l’attente de son procès d’appel. 

Frédéric Péchier © Hélène Loget
Frédéric Péchier © Hélène Loget

L’ancien anesthésiste Frédéric Péchier avait été condamné le 18 décembre 2025 à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assises de Besançon pour 30 empoisonnements de patients au bloc opératoire, dont 12 mortels. Il n'avait jamais été détenu auparavant et a comparu libre à son procès.

Reconnu coupable par la cour d'assises du Doubs après trois mois et demi d'un procès exceptionnel, Frédéric Péchier a été incarcéré à la maison d'arrêt de Besançon immédiatement après le verdict rendu le 18 décembre 2025.

L’ex-anesthésiste avait aussitôt fait appel de sa condamnation et devra donc être rejugé dans un délai d'un an à compter de la date du jugement, devant une cour d'assises qui n’a pas encore été désignée. La cour d’appel de Besançon s’est d’ailleurs portée candidate pour accueillir ce nous procès. 

Espérant recouvrer la liberté dans l'attente de ce procès d’appel, celui qui a, par conséquent, retrouvé son statut de "présumé innocent", avait également déposé une demande de remise en liberté dès le lendemain du jugement. Demande examinée ce mercredi par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Besançon. 

Une équipe de défense renouvelée pour Péchier

Après un rappel des faits, la présidente a laissé la parole à Frédéric Péchier, cheveux courts, très amaigri, flottant dans son pull bleu marine et son jean. De manière un peu confuse et d’une voix peu audible, le présumé innocent a précisé que cette demande de mise en liberté avait été envisagée "un bon mois et demie avant la fin du procès"au vue de "la tournure du procès très à charge". Il a ajouté que pour son procès en appel il avait constitué une nouvelle équipe réunie autour de maitre Schwerdorffer, épaulé d’Emmanuelle Franck, qui avait défendu Cédric Jubillar. Le médecin a ainsi expliqué qu’il allait avoir besoin de temps et d’être régulièrement en contact avec ses avocats pour préparer au mieux sa défense.

"Un an c’est court pour remodeler une équipe", a-t-il avancé d’autant que ses échanges ont selon lui été compliqué en prison et a pris pour exemple qu’en deux mois de détention, il était resté 1 mois entier sans téléphone. Frédéric Péchier a ainsi chercher à démontrer que sa détention était "un véritable obstacle" à la préparation de sa défense. 

Sur ses conditions de détention, Frédéric Péchier a expliqué occuper son temps entre télévision et mots croisés. "Vous sortez un peu ?", lui a demandé la présidente, "non" a répondu l’ex-anesthésiste, "par choix" a-t-il complété. La présidente a évoqué également les trois modes d’hébergement proposés par Frédéric Péchier en cas de remise en liberté. Entre aller vivre chez ses parents, chez son frère, ou sa fille, il a répondu préférer retourner chez ses parents. Concernant le moyen de subvenir à ses besoins, ceux-ci seraient à la charge de ses parents qui "assureraient (ses) frais" et il a ajouté avoir fait une demande de RSA. 

Interrogé par la présidente sur la question d’un suivi psychologique, il a simplement répondu "je n’en vois pas l’interêt, je ne pense pas en avoir besoin". La présidente a alors évoqué sa tentative de suicide de 2021 qui laissait suggérer qu’il pourrait avoir besoin d’accompagnement. Il a alors répondu ne pas s’opposer à un suivi médical si la demande en était faite par la cour. 

L’argumentaire de la défense

Ornella Spatafora a rappelé que durant les 8 ans et 9 mois de placement sous contrôle judiciaire de Frédéric Péchier alors qu’il attendait d’être jugé par la cour d’assises du Doubs, aucun incident n’a jamais donné lieu à une révocation ni même un rappel à l’ordre. Un point sur lequel est revenu à son tour Randall Schwerdorffer qui a également évoqué la lettre de madame Party "qui soutient Frédéric Péchier" et a soulevé l’invraisemblance du mail de Péchier envoyé à madame Party le 10 juillet 2025, quelques semaines avant le début du procès considéré comme un moyen de pression par l’accusation et une erreur de manipulation pour la défense. 

L’avocat a également contredit l’accusation en avançant que, l’incarcération ne garantissait pas la totale sécurité de son client et a cité pour exemple les statistiques qui évoquent "qu’on se suicide 10 fois plus en prison qu’ailleurs". Elle s’est également montrée rassurante sur la stabilité psychologique de son client, apparemment pas impacté par la pression judiciaire endurée et que si besoin, son client pouvait se souscrire à un contrôle psychologique. 

Concernant le risque de fuite, Randall Schwerdorffer a lancé "oui sa famille a de l’argent et alors ? Est-ce qu’elle a affrété un bateau avant le procès pour que Frédéric Péchier s’en aille ?". Réponse de l’avocat, non, Frédéric Péchier "a été là jusqu’au bout", a martelé l’avocat.  

Pour la défense, sa famille représenterait un environnement adéquat à la préparation de sa défense, raison de la demande de remise en liberté avancée par Frédéric Péchier lui-même. "Je n’ai pas de soutien logistique, pas une équipe de médecins qui m’expliquent tout. C’est pas notre monde, il faut l’intégrer, le comprendre et ensuite il faut l’utiliser en défense", a ajouté maître Schwerdorffer. 

Trois propositions d'hébergement avancées

Ornella Spatafora a évoqué les trois solutions d’hébergement possibles, toutes "situées à plusieurs centaines de kilomètres de Besançon" et toutes compatibles à de l’assignation à résidence, si le contrôle judiciaire n’était pas jugé suffisant par la cour. 

Concernant le risque de trouble à l’ordre public, elle a rappelé que depuis neuf ans et durant toute la durée du procès, aucun incident n’était apparu. Le cas du mail à madame Parti a souvent été pointé du doigt par l’accusation comme un manquement. "Le parquet aurait fait le choix de ne pas procéder à l’audition de Frédéric Péchier sur cette violation manifeste mais d’attendre l’audience pour l’évoquer", a souligné l’avocate, cela "uniquement dans le but d’assurer la tenue du procès". Or, "si un manquement était effectivement caractérisé, en quoi le placement en détention judiciaire aurait remis en cause la tenue du procès prévu au 8 septembre ?", a soulevé l’avocate. 

Sur un autre ton, maître Schwerdorffer a invité la chambre d’instruction à s’appuyer sur l’article 144 et non "sur une petite morale détestable" pour décider de la remise en liberté de Frédéric Péchier ou non. Concernant l’absence de projet professionnel de Frédéric Péchier, soulevé par la présidente, Randall Schwerdorffer a répondu "nous n’avons aucun projet professionnel à vous présenter. Cela fait 8 ans que Frédéric Péchier ne travaille pas, 8 ans qu’il vit aux crochets de sa famille". Or, "dans l’article 144, nulle part il est écrit qu’il y a besoin d’un projet professionnel pour prétendre à la remise en liberté". "Le projet de vie qu’on vous propose : c’est de préparer sa défense", a conclu l’avocat en tapant du poing sur la table. 

En définitive, Randall Schwerdorffer a demandé à la chambre d’instruction de placer son client sous contrôle judiciaire, assorti d’une assignation à résidence. 

L’argumentaire des avocats des parties civiles

Ce que vous demande la défense c’est "un passe-droit", a répondu pour sa part Frédéric Berna. Le "comportement exemplaire pendant son contrôle judiciaire, il fallait oser le plaider", a ricané l’avocat. Frédéric Berna a mentionné une phrase prononcée par l’accusé "prouvant a elle seule qu’il ne peut pas être remis en liberté". "Je n’avais pas appréhendé la difficulté d’un procès d’assises", ce à quoi l’avocat a rétorqué "évidemment il nous a pris pour des crétins pendant 8 ans", allant même jusqu’à "épuiser une dizaine d’avocats". Or, "nous les parties civiles on n'en peut plus de cette attitude et de ce comportement car il a sur-abusé de sa liberté", a appuyé l’avocat. 

L’argumentaire de l’accusation 

Durant l’audience, le ministère public a évoqué à son tour les 4 critères de l’article 144 et est revenu sur chacun d’entre eux. L’avocate générale a d’abord mis en avant le fait que remettre en liberté Frédéric Péchier présenterait plusieurs risques. Tout d’abord, celui-ci pourrait être amené à exercer une pression sur les témoins ou les parties civiles. Des "risques réels", pour le parquet qui a cité en exemple le mail envoyé par l’accusé à l’infirmière Catherine Party le 10 juillet 2025 alors qu’elle témoignait quelques semaines plus tard dans le cadre du procès. Frédéric Péchier a "régulièrement violé son contrôle judiciaire" par le biais de son épouse Nathalie Péchier qui a été régulièrement en contact avec le docteur Cherreau.

Concernant le second critère, garantir la représentation de l’accusé en justice et donc éviter tout risque de fuite. "L’état d’esprit de Frédéric Péchier est aujourd’hui très différent de celui du premier procès" car entre-temps, il a été condamné à la peine de prison à perpétuité. Le risque de fuite est donc "désormais réel au regard de cette première décision", a insisté Thérèse Brunisso. D’autant plus que, "si lui est insolvable, sa famille dispose de moyens financiers qui sont une nécessité si on veut organiser la fuite de quelqu’un". 

Par ailleurs, ayant déjà tenté à deux reprises de mettre fin à ses jours par le passé, le parquet a rappelé que le maintien en détention de Frédéric Péchier lui est profitable. Le détenu étant surveillé nuit et jour. La remise en liberté, au contraire, présenterait "un risque de renouvellement de tentative de suicide", présentée par l’avocate comme "une porte de sortie plus honorable pour lui et sa famille que celle d’une condamnation". 

Le retour à la liberté de l’ancien praticien l’exposerait également à "un risque de représailles" aussi bien des parties civiles que de la population elle-même. Pour appuyer son propos, le ministère public a cité de récents courriers anonymes de menaces adressés à Frédéric Péchier à la maison d’arrêt de Besançon. Des indices qui montrent que cette affaire "a réveillé des instincts violents de certains de nos concitoyens", a commenté Thérèse Brunisso.

Le ministère public a également insisté sur le risque de trouble à l’ordre public que représenterait la mise en liberté de Frédéric Péchier qui, par son comportement et son mépris pour les victimes a exacerbé, les tensions autour de ce procès. "Un mode opératoire aussi pervers et manipulatoire représente un risque de trouble extrême à l’ordre public", a-t-elle encore ajouté. Enfin, l’avocate générale a mis en parallèle la "tentative d’instrumentalisation de l’opinion publique" employée par l’accusé tout au long du procès avait pour objectif "de toucher le jury populaire, chargé de la juger". 

Décision de la chambre d'instruction

Après la pause déjeuner, au regard des éléments présentés par l’accusation et la défense, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon a décidé du maintien en détention provisoire de Frédéric Péchier. Il y restera jusque dans l'attente de son procès en appel dont la date n'est encore pas connue.

Pour la chambre d'instruction, une remise en liberté causerait un "trouble à l'ordre public" et l'accusé risquerait de faire pression sur les témoins, d'autant qu'il n'est pas garanti qu'il se présenterait à son procès, a estimé la chambre après un court délibéré.

Un "soulagement" pour les victimes

"Nous allons déposer un recours en cassation contre cette décision", a dit à l'AFP Me Schwerdorffer, qui s'est refusé à tout autre commentaire.

La décision a été perçue comme un "soulagement" pour les victimes comme Delphine Ziegler, (fille de Suzanne Ziegler décédée) qui, malgré son état "un peu tremblant comme à chaque fois que l'on vient ici", a estimé que "l'on n'aurait pas pu laisser passer le fait de le revoir libre". Questionnée sur son impression de revoir Frédéric Péchier, elle a répondu qu'elle l'avait trouvé amaigri et qu'il ressemble désormais "plus à un prisonnier qu'à un anesthésiste".

procès de Frédéric Péchier

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