Procès RN : inéligibilité immédiate pour Marine Le Pen, un séisme à deux ans de la présidentielle

Publié le 31/03/2025 - 15:27
Mis à jour le 31/03/2025 - 15:49

+ les réactions en Franche-Comté • Une décision de justice qui a l'effet d'un coup de tonnerre politique: Marine Le Pen a été condamnée lundi 31 mars 2025 à une inéligibilité immédiate pour cinq ans, compromettant sa candidature à la présidentielle de 2027, dans l'affaire des assistants parlementaires européens.

Marine Le Pen, photo d'archives. © Alexane Alfaro
Marine Le Pen, photo d'archives. © Alexane Alfaro

Outre cette inéligibilité immédiate, la cheffe de file de l'extrême droite a également écopé d'une peine d'emprisonnement de quatre ans dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique, ce qui signifie qu'elle n'ira pas en prison, et d'une amende de 100.000 euros. "Le tribunal a pris en considération, outre le risque de récidive, le trouble majeur à l'ordre public, en l'espèce le fait que soit candidate à l'élection présidentielle une personne déjà condamnée en première instance", a déclaré la présidente Bénédicte de Perthuis pour justifier la peine d'inéligibilité immédiate.

Cette annonce - avant le détail des peines - a laissé la salle sans voix. Après un moment de flottement, et alors que la présidente commençait à appeler les prévenus un à un, Marine Le Pen a échangé quelques mots avec son avocat, puis s'est levée et a quitté les lieux. Elle a ensuite traversé le tribunal sans s'exprimer face aux caméras la poursuivant, puis est montée dans une voiture qui l'attendait pour se rendre au siège parisien du RN.

Au total, 23 autres personnes ont été condamnées, ainsi que le FN devenu RN, qui s'est vu infliger 2 millions d'euros d'amende, dont un million ferme, et une confiscation d'1 million d'euros saisis pendant l’instruction.

Des réactions diverses

Marine Le Pen, qui sera l'invitée du journal télévisé de 20H de TF1, a reçu plusieurs soutiens à l'étranger après l'énoncé du jugement. Le Kremlin a déploré une "violation des normes démocratiques". "Je suis Marine!", a écrit le Premier ministre hongrois Viktor Orban sur X. "C'est la démocratie française qui est exécutée", a réagi le président du RN Jordan Bardella, qui a rejoint Marine Le Pen au siège du parti à la mi-journée.

Pour Jean-Luc Mélenchon, patron de LFI, "la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple". Laurent Wauquiez (LR) a regretté "une décision très lourde et exceptionnelle", un fait "pas très sain dans une démocratie". À l'inverse, la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier a estimé que la dirigeante d'extrême droite devait "payer sa peine".

Le prononcé d'une peine d'inéligibilité "apparaît nécessaire", a justifié la présidente du tribunal, soulignant la "gravité des faits". Elle a mis en avant "leur nature systématique", "leur durée", le "montant des fonds détournés" mais aussi "la qualité d'élu" des personnes condamnées, et "l'atteinte portée à la confiance publique et aux règles du jeu démocratique".

Des assistants parlementaires "fictifs"

Au terme de près de deux heures de lecture du jugement, le tribunal a considéré qu'un "système", "centralisé, optimisé" avait bien été mis en place pour permettre au Rassemblement national (ex-Front national) de faire "des économies" en payant, entre 2004-2016, des assistants parlementaires "fictifs" qui travaillaient en réalité pour le parti. Ce "système", selon le tribunal, équivalait à un "contournement des règles des partis politiques et du fonctionnement démocratique".

Au début de l'audience et devant Marine Le Pen, assise en veste bleue au premier rang, aux côtés notamment du vice-président du parti Louis Aliot, le tribunal a rapidement annoncé que les neuf eurodéputés poursuivis étaient coupables de détournement de fonds publics, et les douze assistants coupables de recel. "Il a été établi que toutes ces personnes travaillaient en réalité pour le parti, que leur député ne leur avait confié aucune tâche", qu'ils "passaient d'un député à l'autre", a-t-elle détaillé.

Au coeur du système

Marine Le Pen était "au coeur de ce système", encore plus quand elle a pris la suite de Jean-Marie Le Pen à la tête du parti à partir de 2011. "Elle s'est inscrite avec autorité et détermination dans le fonctionnement instauré par son père" dès 2004, a estimé le tribunal. Il n'y a pas eu d'"enrichissement personnel" mais "il y a bien un enrichissement du parti", a martelé la présidente, notant aussi que les salaires octroyés aux assistants parlementaires étaient plus "confortables" que ce que le parti aurait pu se permettre.

Au terme de deux mois de procès (30 septembre-27 novembre) et à la surprise générale, l'accusation avait requis à l'encontre de la cheffe de file de l'extrême droite une peine de cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire (s'appliquant immédiatement, même en cas d'appel).

Si elle fait appel, vu les délais habituels de la justice, il est envisageable que son second procès se tienne dans au moins un an, soit une décision pas avant l'automne 2026, quelques mois avant la présidentielle. Mais sa marche vers l'élection est aujourd'hui compliquée. "Ca fait une préparation à la présidentielle particulière, quand même", reconnaissait un membre de sa garde rapprochée la semaine dernière, parlant d'"épée de Damoclès".

Les réactions en Franche-Comté

En Franche-Comté, la nouvelle n’a pas manqué de faire réagir le député de la 3e circonscription du Doubs Matthieu Bloch (UDR), qui se retient de commenter "la décision judiciaire" estimant qu’il n’a "pas à la commenter" mais s’autorise toutefois un mot sur la "décision politique". Pour le député, la décision est "incompréhensible", alors même que Marine Le Pen "n’est  aujourd’hui plus députée européenne ni présidente du Rassemblement National". Il dénonce "une décision totalement lunaire et scandaleuse, aux conséquences incalculables pour la cohésion nationale" et qui "nous mène à réfléchir sur la réalité de l’exercice démocratique dans notre pays".

Dans un autre style, Jean-Philippe Allenbach voit dans cette condamnation le fait que "la justice condamne très sévèrement les délits commis par les politiques". Le président du Mouvement Franche-Comté est ainsi revenu à la charge concernant la statue de Jenny d’Héricourt, oeuvre de Lili Reynaur-Dewar qu’il accuse d’être "politiquement et idéologiquement très proche de Mme Vignot". Il assure que son mouvement allait ainsi "faire un signalement auprès du Procureur de la République pour suspicion de délit de favoritisme".

De son côté, la section du Parti socialiste de Montbéliard, a salué une décision "nécessaire pour l’exemplarité démocratique" et qui "rappelle un principe fondamental de notre démocratie : nul n’est au-dessus des lois". "Depuis trop longtemps, l’extrême droite tente de se présenter comme une alternative crédible tout en bafouant les règles élémentaires de la probité publique. Cette condamnation démontre une fois de plus que le Rassemblement National, loin d’être un parti comme les autres, est gangrené par des pratiques incompatibles avec l’éthique républicaine" avance encore le PS. Réaffirmant son attachement "indéfectible aux valeurs de transparence, d’honnêteté et d’exemplarité dans la vie publique", le PS rappelle que "les Français attendent de leurs représentants une conduite irréprochable" et qu’il est donc "de notre responsabilité collective de garantir que celles et ceux qui briguent des fonctions électives soient à la hauteur de cette exigence". L’ensemble des forces républicaines est dès lors appelée à "tirer toutes les conséquences politiques de cette condamnation et à œuvrer ensemble pour défendre une démocratie forte, juste et exemplaire".

(Avec AFP)

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