"L’exercice de la liberté d’expression est une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés", écrit dans un communiqué le tribunal administratif.
Il rapporte que le juge des référés a estimé que le préfet "n’apportait pas la preuve de propos antisémites précis imputables à M. Hamouri" et que "les incidents ayant eu lieu à l’occasion des précédentes conférences données par M. Hamouri sont restés limités et résultaient d’opposants à ses idées, et non directement de ses propos".
Le tribunal revient également sur le fait que "l’émoi suscité localement par la venue de M. Hamouri, les incidents qui ont eu lieu lors de la venue d’un écrivain au salon du livre à Besançon en septembre 2025 en raison de ses positions sur le conflit israélo-palestinien, ainsi que les altercations qui interviendraient régulièrement entre le collectif d’extrême droite Némésis et les sympathisants de la gauche et de l’extrême gauche et des collectifs dit antifascistes à Besançon, ne pouvaient suffire à justifier l’interdiction de la conférence-débat précitée faute pour le préfet du Doubs de justifier que les forces de l’ordre ne seraient pas en mesure d’en assurer la sécurisation".
En somme, l’arrêté est suspendu et Salah Hamouri est autorisé à intervenir ce soir lors de la conférence-débat dans le cadre de l’événement Besac Antifa Fest.
L'AFP rappelle que la semaine dernière, les autorités israéliennes ont accusé l'avocat franco-palestinien d'avoir dirigé depuis l'Europe une "cellule terroriste" de Palestiniens de Jérusalem-Est, démantelée fin 2025. "Ce sont des mensonges",
avait assuré, auprès de l'AFP, M. Hamouri, évoquant une "intimidation".
Réactions suite à la décision du tribunal administratif
Les avocats de Salah Hamouri
La décision du tribunal constitue "un désaveu complet pour la préfecture" et "le triomphe de la liberté d'expression, à un moment où elle est considérablement malmenée, en particulier sur ces questions", ont déclaré à
l'AFP les avocats Vincent Brengarth et William Bourdon qui défendent M. Hamouri.
Séverine Véziès, membre de l'opposition municipale bisontine pour La France Insoumise
Anne Vignot pour le groupe Les Ecologistes, GénérationS et Société Civile
"Le groupe Les Ecologistes, GénérationS et Société Civile est satisfait de voir levée la décision d'interdiction de la tenue de la conférence de Salah Hamouri, défenseur des droits humains. C'est une juste application de la liberté d'expression que notre pays défend. Témoigner de la détresse des peuples est une exigence démocratique à laquelle nous sommes tous attachés.
Le chaos dans lequel on plonge les populations au Moyen-Orient comme en Ukraine ou en d'autres lieux de la Planète doit être connu par tous et ces conférences doivent être à la hauteur de notre ambition de défendre l'Etat de Paix. Tous les peuples tournent leur regard du côté des traités internationaux qui sont bafoués tous les jours, entendent que les mots se vident de leur sens lorsque les hommes d'Etat claironnent des cessez-le-feu en même temps qu'ils écrasent sous les bombes les familles civiles. Il est urgent de restaurer la confiance en nos institutions.
Merci encore pour cette juste mesure ce soir, à Besançon. Pour autant, cette décision tardive ne permettra pas à Salah Hamouri d'être présent ce soir. Il est beaucoup trop respectueux de l'état de droit pour avoir envisager d'outre passer la décision qui avait été prise. Nous espérons que nous pourrons avoir un autre temps d'échange avec lui, ici à Besançon, la Ville des Utopies".
Hasni Alem pour les élus, communistes de la ville de Besançon
"-Atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression"- : c’est par ces mots que le tribunal administratif a annulé l’arrêté du préfet du Doubs. Une décision forte, un soulagement, et surtout un rappel essentiel : le droit doit primer.
Mais cette victoire juridique arrive trop tard. Prévenu seulement deux heures avant, Salah Hamouri n’a pas pu se déplacer. En théorie, il pouvait intervenir. En réalité, il a été empêché de s’exprimer à Besançon.
Il aura été bâillonné pendant des heures sur la base de calomnies et d’un acte d’autorité illégal. Et pendant ce temps, la municipalité, nouvellement à droite, a choisi de suivre docilement la décision préfectorale en annulant immédiatement la réservation de la salle.
Pourquoi la Ville n’a-t-elle pas défendu la liberté de réunion sur son propre territoire ? Pourquoi n’a-t-elle pas résisté à une décision manifestement arbitraire ? Pourquoi ce renoncement ? Cette affaire est révélatrice. Là où aurait dû se dresser une défense claire du débat démocratique, nous avons assisté à une soumission sans réserve à un ordre préfectoral injustifié.
Oui, le tribunal a rétabli le droit. Mais dans les faits, la censure a produit ses effets : malgré l’illégalité reconnue, la parole n’a pas pu être portée.
Cette victoire est celle du droit. Elle n’efface ni le silence imposé, ni la responsabilité de ceux qui ont choisi de s’y plier".
Hasni Alem précise que la salle Nelson Mandela a été récupérée.
Fédération du parti communiste du Doubs
"La fédération du Parti communiste du Doubs se félicite de cette décision de justice qui constitue un rappel salutaire des principes démocratiques et de l’État de droit. Face à une mesure liberticide visant à empêcher la tenue d’un débat public, le Tribunal administratif a réaffirmé que la liberté d’expression et la liberté de réunion demeurent des droits fondamentaux dans notre République.
Si cette décision intervient malheureusement trop tard pour permettre la venue de Salah Hamouri à Besançon, celui-ci ayant été contraint d’annuler son déplacement, elle désavoue clairement la position de la préfecture du Doubs. Cette décision préfectorale, aussi arbitraire qu’injustifiée, avait pourtant été soutenue par la nouvelle majorité municipale bisontine conduite par Ludovic Fagaut. Le combat pour les libertés publiques continue. C’est pourquoi la conférence est maintenue ce soir à 18 heures au Centre Nelson Mandela. Ce rendez-vous sera l’occasion d’échanger sur la situation en Palestine, mais aussi de réaffirmer notre attachement indéfectible aux libertés démocratiques et au droit de chacune et chacun à faire entendre sa voix".


