Pendant la conférence de presse qui s'est tenue entre 15h45 et 16h20, pas moins de trois départs de sapeurs-pompiers se sont produits pour des incendies.
Le Doubs est actuellement placé en vigilance orange sur 90 % de son territoire face au risque de feux de forêt. La combinaison de périodes de sécheresse et de fortes chaleurs contribue à une augmentation des départs de feu. Le Sdis 25 intervient désormais en moyenne sur trois à cinq feux de végétation par jour, un niveau en hausse depuis le début de l’été, comme l'affirmer Stéphane Beaudoux, contrôleur général du Sdis 25.
Un risque en progression, largement lié aux comportements humains
Longtemps considéré comme un territoire relativement épargné par les incendies de forêt, le Doubs voit son exposition évoluer sous l’effet du changement climatique. Les conditions météorologiques favorables aux départs de feu imposent une vigilance accrue, notamment en matière de prévention. Selon les autorités, près de 90 % des départs de feu sont d’origine humaine. Une réalité qui place les comportements individuels au centre des actions de sensibilisation.
"Jeter un mégot, ce n'est pas forcément volontaire, c'est de la grosse bêtise. [...] si on doit axer les actes de prévention, en fait, c'est beaucoup justement sur le comportement humain", a rappelé Stéphane Beaudoux.
Les interventions récentes restent toutefois maîtrisées par les équipes engagées. Le contrôleur général souligne que les incendies survenus jusqu’ici ont pu être contenus rapidement : "Jusqu'à maintenant, on a la chance d'avoir des feux qu'on peut circonscrire, arrêter assez vite. [...] Celui d'Amagney faisait 5 hectares", a-t-il précisé.
Le SDIS 25 adapte ses moyens face aux nouveaux enjeux
Pour faire face à cette évolution du risque, le Sdis 25 renforce progressivement ses capacités opérationnelles. Sur les 3 000 sapeurs-pompiers que compte le département, 450 sont aujourd’hui spécifiquement formés à la lutte contre les feux de forêt.
Cette préparation repose sur des formations régulières et sur l’acquisition de matériels adaptés. Les équipes doivent notamment apprendre à intervenir dans des environnements complexes, marqués par des changements rapides de conditions météorologiques, des variations brutales du vent ou encore le phénomène des "sautes de feu", lorsque des foyers peuvent se propager au-delà de la zone initialement touchée.
Le contrôleur général du Sdis 25, Rémi Bastille, préfet du Doubs, rappelle que cette montée en compétence s’inscrit dans un travail engagé depuis plusieurs années : "Les enjeux spécifiques feu de forêt, ça ne vous a pas échappé, font l'actualité nationale, à la fois pour constater finalement tout ce qui a déjà été entrepris, puisque ça fait quand même un certain nombre d'années maintenant que progressivement le SDIS du Doubs forme ses agents, s'équipe, participe à des missions feu de forêt dans d'autres départements, en particulier au bénéfice du sud de la France."
L’eau, un enjeu stratégique dans la lutte contre les incendies
La question de l’approvisionnement en eau constitue l’un des défis majeurs lors des opérations de lutte contre les feux de végétation. Les zones forestières étant souvent difficiles d’accès, les sapeurs-pompiers doivent organiser des dispositifs spécifiques pour acheminer l’eau sur les secteurs d’intervention.
Le recours à des norias de véhicules, à des piscines souples ou encore à certains points d’eau naturels permet d’assurer la continuité de l’alimentation des engins engagés. "L'eau est rapidement un enjeu dans les feux de forêt, qui sont inaccessibles, donc c'est un camion qui sera très utile dans la lutte", a expliqué Stéphane Beaudoux.
Une réponse fondée sur la solidarité nationale et européenne
Face à des incendies susceptibles de mobiliser d’importants moyens humains et matériels, l’organisation repose sur un principe de mutualisation. Le Sdis 25 assure l’essentiel des interventions sur son territoire, mais peut bénéficier de renforts nationaux lorsque la situation l’exige. Ces moyens comprennent notamment les avions bombardiers d’eau, les hélicoptères bombardiers d’eau ou encore les réserves de sécurité civile.
Cette organisation dépasse également les frontières nationales. À l’échelle européenne, des mécanismes de coopération permettent aux États membres de mobiliser des ressources communes lors de crises majeures.
"Cette logique de solidarité, vous avez vu d'ailleurs qu'elle s'exprime à l'échelle européenne puisqu'il existe un mécanisme européen qui a été activé pour la Gironde et qui amène beaucoup de pays européens à contribuer aujourd'hui, notamment à travers des moyens aériens pour appuyer la Gironde. C'est la même logique en interne à l'échelle nationale. [...] Cette logique de mutualisation de la gestion du risque, donc de solidarité, c'est au cœur de notre organisation. C'est la manière la plus efficace d'y faire face", a expliqué le préfet.
Des congés estivaux organisés pour maintenir la capacité d’intervention
La période estivale impose également une organisation particulière des effectifs. Le Sdis doit maintenir un niveau de disponibilité suffisant tout en permettant aux sapeurs-pompiers de prendre leurs congés.
Contrairement aux départements les plus exposés du sud de la France, aucune interdiction générale de congés n’est appliquée dans le Doubs. Le fonctionnement repose sur une gestion des absences et un roulement des équipes.
"Contrairement au département du sud de la France, on n'a pas d'interdiction absolue de poser des congés l'été. [...] Par contre, effectivement, il y a toujours en période, pendant que certains sont en congé, les autres ne peuvent pas. Enfin, on établit un roulement à minima", confirme le contrôleur général.
Prévention, formation et coopération avec les agriculteurs parmi les priorités
Pour les prochains mois, le Sdis 25 entend poursuivre ses efforts autour de trois axes principaux : la formation des personnels, le renforcement de la prévention auprès du public et l’amélioration de la coordination avec les acteurs locaux. Un partenariat avec le monde agricole est notamment en cours de structuration afin de mieux organiser l’appui logistique des agriculteurs lors des feux de végétation.
"L'idée, c'est d'organiser cette contribution du monde agricole à la lutte contre le feu de végétation en général. Il y a des réflexions qui sont initiées avec la Chambre d'agriculture pour structurer les choses", a précisé Rémi Bastille.
Face à un risque appelé à évoluer avec les conditions climatiques, les autorités misent donc sur une préparation renforcée, une vigilance permanente et une organisation collective associant secours, services de l’État, collectivités et acteurs du territoire.


