Procès Péchier : dans sa plaidoirie, Randall Schwerdorffer invoque le spectre de l’erreur judiciaire

Publié le 15/12/2025 - 12:45
Mis à jour le 15/12/2025 - 13:02

Lundi 15 décembre 2025, la cour d’assises a entendu la plaidoirie de Me Randall Schwerdorffer, avocat de Frédéric Péchier, accusé de 30 empoisonnements dont 12 mortels. Le verdict est attendu d’ici le 19 décembre.

Dès l’aube, le public s’est massé devant le palais de justice. La première personne est arrivée à 5 heures du matin.

Lundi 15 décembre devant le palais de justice de Besançon pour le dernier jour de procès de Frédéric Péchier. © Alexane Alfaro

La séance a repris à 9 h 15 pour ce dernier jour d’audience, après quinze semaines de débats. Frédéric Péchier était présent sur le banc de l’accusé, entouré d’une partie de sa famille, notamment ses parents, son fils et ses filles. C’est son avocat, Me Randall Schwerdorffer, qui a pris la parole pour la défense.

"Je n’ai pas la prétention d’avoir la vérité. (...) Et l’accusation n’en sait pas plus que moi."

Dès l’ouverture de sa plaidoirie, l’avocat a tenu à s’exprimer avec précaution : "Quelques mots avant de commencer mes explications : je tiens à m’excuser par avance sur la façon dont je m’exprimerai car je vais parler des cas et j’ai bien conscience que ce ne sont pas des cas, derrière chaque nom, chaque cas, il y a des personnes."

Me Schwerdorffer a rappelé que son rôle n’était pas d’établir la vérité absolue : "Je n’ai pas la prétention d’avoir la vérité. Je ne sais pas si Frédéric Péchier est coupable ou pas, et ce n’est pas mon travail. Et l’accusation n’en sait pas plus que moi."

Il a insisté sur la notion d’"intime conviction" et sur la difficulté de juger un homme dans un dossier aussi lourd.

L’affaire Péchier comparée à l’affaire de Patrick Dils

Me Schwerdorffer a longuement établi un parallèle avec l’affaire Patrick Dils, 16 ans, victime d'une erreur judiciaire, condamné à tort en 1987 pour les meurtres de deux enfants à Montigny-lès-Metz en Moselle avant d’être acquitté après 13 années de prison. Après une reprise de l'affaire 13 ans plus tard, c'était en réalité l'un des pires tueurs en série en France, Francis Heaulme qui en était l'auteur.

"Avant d’aborder l’affaire Péchier, en préambule, j’aimerais faire un parallèle entre l’affaire du Dr Péchier et l’affaire de Patrick Dils. Dans ce dossier depuis 8 ans, Frédéric Péchier clame son innocence."

Il a rappelé le contexte de pression judiciaire, les aveux obtenus sous contrainte et l’erreur judiciaire reconnue des années plus tard pour Patrick Dils : "Les cours d’assises se trompent parfois, ça arrive."

Selon lui, cette affaire illustre la nécessité de garder une ouverture d’esprit et de juger "dicté par la raison".

Une enquête jugée orientée dès l’origine

Me Schwerdorffer a critiqué la conduite de l’enquête, estimant que Frédéric Péchier a été désigné très tôt comme le coupable potentiel. "À partir du 9 février 2017, lors d’une réunion avec des enquêteurs, magistrats, médecins, on a décidé que potentiellement il pouvait être l’empoisonneur. Le nom sort, c’est Frédéric Péchier et ce sera Frédéric Péchier."

Il a affirmé que, dès lors, l’objectif n’était plus de chercher le coupable, mais de démontrer la culpabilité de son client : "Après la construction de ce dossier, ce n’est pas de trouver le coupable, puisqu’on l’a trouvé, c’est de démontrer qu’il est l’empoisonneur, et on ne cherchera jamais ailleurs."

L’avocat a également dénoncé l’impact médiatique de l’affaire, évoquant une conférence de presse de Edwige Roux-Morizot, procureure de la République de Besançon à l’époque, évoquant des "preuves accablantes" et "une présomption de culpabilité" installée dans l’opinion publique, selon l’avocat.

Des gardes à vue et Des dépositions contestées

La défense a remis en cause certaines auditions et dépositions, affirmant qu’elles auraient été influencées par le dossier lui-même. "Même des gendarmes peuvent déformer la vérité" en citant une phrase prononcée en garde à vue le 5 mars 2017 à Frédéric Péchier de la part d’un enquêteur : "Je pense que c’est vous qui êtes le responsable de tout ça."

Pour Me Schwerdorffer, une enquête équitable est indispensable à un procès équitable, ce qui, selon lui, n’a pas été le cas.

"Il y a bien un empoisonneur à la clinique St Vincent, la question c’est qui c’est ?"

Après une suspension d’audience de quinze minutes, l’avocat est revenu sur plusieurs dossiers emblématiques, dont celui de Nathalie Simard. Il a reconnu, de nouveau, l’existence d’un empoisonnement : "Il y a bien un empoisonneur à la clinique St Vincent, je l’ai dit, la question c’est qui c’est ?".

Il a décrit la "facilité" avec laquelle une poche de perfusion pouvait être polluée, sans laisser de trace, et insisté sur le caractère aléatoire du choix de la poche administrée à la patiente. Selon lui, cela exclut toute certitude sur l’identité de l’auteur.

Concernant l’intervention de Frédéric Péchier et l’administration de gluconate de calcium pour sauver Mme Simard, Me Schwerdorffer a contesté l’interprétation accusatoire : "Personne n’a jamais rien eu à redire de cette intervention de Frédéric Péchier, mais c’est la pierre angulaire du cas de Nathalie Simard."

Il a rappelé le témoignage d'un formateur de Frédéric Péchier, selon lequel ce protocole était pratiqué dans les années 1980-1990 et ne présentait rien d’anormal, contrairement aux accusations des enquêteurs de l’affaire.

Randall Schwerdorffer et Frédéric Péchier © Alexane Alfaro

Le cas Gandon et les incohérences relevées par la défense

Concernant le cas Gandon, qualifié d’"EIG alibi" dans l’enquête, Me Schwerdorffer a dénoncé un raisonnement basé sur des suppositions. Il a souligné que Frédéric Péchier apparaissait sur une vidéo à l’extérieur du bloc opératoire avant l’événement indésirable grave, ce qu’il juge incompatible avec le comportement d’un empoisonneur cherchant à dissimuler ses actes.

Il a également relevé que, là encore, ce n’était pas Péchier qui avait posé le diagnostic initial d’intoxication, et "donc qu'il était encore l'empoisonneur", selon les enquêteurs.

Les cas Iehlen et Ziegler : contradictions et absence de mobile

Me Schwerdorffer s’est ensuite penché sur les dossiers Iehlen et Ziegler, mettant en avant des dépositions contradictoires et l’absence de conflit au sein de l'équipe de la clinique ou de mobile identifiable. À propos du cas Iehlen, il a souligné "deux dépositions contradictoires du Dr Catherine Nambot. Il n’y a aucun autre élément ! La démonstration de culpabilité ne tient pas !"

Sur le cas Ziegler, il a été encore plus catégorique : "Il n’y a rien, c’est le néant absolu de la preuve, on n’en est même pas au niveau de l’indice."

"C’est comme ça qu’on crée des coupables"

Tout au long de sa plaidoirie, jusqu’à la pause méridienne, Me Schwerdorffer a dénoncé ce qu’il a qualifié d’"acharnement" contre son client et une volonté de "créer des preuves coûte que coûte". "C’est comme ça qu’on crée des coupables", a-t-il assuré.

Il a conclu en appelant les jurés à répondre négativement aux questions de culpabilité : "Vous pourrez répondre « non » aux questions qui vous seront posées sur la culpabilité."

L’avocat reprendra sa plaidoirie à 13h30 cet après-midi.

À suivre sur maCommune.info.

Soyez le premier à commenter...

Laisser un commentaire

procès de Frédéric Péchier

La demande de remise en liberté de Frédéric Péchier examinée le 11 février 2026

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon examinera le 11 février 2026 une demande de remise en liberté de l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, condamné en décembre pour l'empoisonnement de 30 patients, dont 12 sont morts, a-t-on appris mardi 13 janvier 2026 de sources concordantes.

Péchier, “un tueur en série” avec une clinique pour “terrain de jeu” selon la cour

Frédéric Péchier, condamné à la perpétuité pour 30 empoisonnements dont 12 mortels, s'est comporté comme "un tueur en série" avec pour "terrain de jeu" la clinique de Besançon où il exerçait comme anesthésiste, selon les motivations de la cour récupérées mardi 23 décembre 2025 par l'AFP.

L’ex-anesthésiste Frédéric Péchier a déposé une demande de mise en liberté

L'ancien anesthésiste Frédéric Péchier, condamné jeudi 18 décembre 2025 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir empoisonné 30 patients, dont 12 sont morts, a déposé une demande de mise en liberté dans l'attente de son procès en appel, a indiqué vendredi 19 décembre le parquet général de Besançon.

Frédéric Péchier jugé coupable : “La fin d’un cauchemar”, selon des parties civiles

VIDÉO • La cour d’assises a rendu son verdict ce jeudi 18 décembre 2025 dans l’affaire de Frédéric Péchier, après plus de trois mois de procès à Besançon. L’ex-anesthésiste est reconnu coupable pour les 30 chefs d’accusation. Il est condamné à la peine maximale, soit la réclusion criminelle à perpétuité. Voici les réactions de parties civiles dont Nathalie Simard, victime en 2017, et d’Amandine Ihelen, fille de Damien Ihelen décédé en 2008.

Frédéric Péchier reconnu coupable : “L’un des plus grands criminels du siècle” selon Me Giuranna

VIDEO • La cour d’assises a reconnu l’ex-anesthésiste coupable pour tous les chefs d’accusation et l’a condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité ce jeudi 18 décembre 2025 à Besançon. Voici la réaction de Me Stéphane Giuranna, Me Frédéric Berna, avocats de parties civiles.

Procès Péchier : “Il n’y aucun point commun entre Frédéric Péchier et un serial killer” selon Me Schwerdorffer

VIDÉO • La cour d’assises a rendu son verdict ce jeudi 18 décembre 2025 dans l’affaire Péchier, après plus de trois mois de procès. Elle a reconnu l’ex-anesthésiste coupable pour les 30 chefs d’accusation et l’a condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité. Voici la réaction de son avocat, Me Randall Schwerdorffer.

Procès Péchier : “Une condamnation à la hauteur des crimes” pour l’avocat du jeune Tedy

VIDEO • Après plus de trois mois de procès, la cour d’assises a rendu son verdict ce jeudi 18 décembre 2025. Elle a reconnu Frédéric Péchier coupable pour les 30 chefs d’accusation et l’a condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité. Voici la réaction Me Archibald Celeyron, avocat du jeune Tedy. 

Besançon : Frédéric Péchier reconnu coupable d’empoisonnement

Ce jeudi 18 décembre 2025, après plus de 3 mois de procès en cour d’assise de Frédéric Péchier, les jurés ont rendu leur verdict en répondant à 60 questions concernant les 30 chefs d’accusation, soit 30 empoisonnements dont 12 mortels. Frédéric Péchier est reconnu coupable pour tous les chefs d’accusation et a été condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité. 

Procès Péchier: le verdict sera rendu jeudi à partir de 9h

La cour d'assises du Doubs rendra son verdict jeudi à partir de 9h00 concernant l'anesthésiste Frédéric Péchier, jugé depuis le 8 septembre pour 30 empoisonnements de patients au bloc opératoire, dont 12 mortels, a-t-on appris mardi 16 décembre 2025 auprès de la cour d'appel de Besançon.

Justice

Un des deux évadés de Dijon condamné à 12 ans de réclusion pour violences sur son ex

Un des deux hommes qui s'était évadé fin novembre de la prison de Dijon, avant d'être rapidement repris, a été condamné lundi à Lons-le-Saunier à 12 ans de réclusion pour des violences sur son ex-compagne, qu'il avait éborgnée en lui plantant une fourchette dans l'oeil.

Il avait tué son compagnon en l’écrasant : peine de 15 ans de prison confirmée en appel   

Un homme de 46 ans a été condamné jeudi 22 janvier 2026 en appel à Lons-le-Saunier à 15 ans de réclusion criminelle pour avoir tué son compagnon en 2022 en lui roulant dessus avec sa voiture, la même peine que celle infligée il y a un an en première instance. L'accusation avait requis 25 ans de réclusion.

Le ”droit de correction parentale” n’existe pas, rappelle la Cour de cassation

La Cour de cassation a rendu mercredi 14 janvier 2026 une décision dans une affaire portant sur des faits de violences commises par un père sur ses enfants. Cette décision intervient après la relaxe prononcée par la cour d’appel de Metz le 18 avril 2024, fondée notamment sur l’invocation d’un prétendu ”droit de correction”.

Espoir pour Fralsen à Besançon : des offres déposées au tribunal…

Placée en redressement judiciaire, l’entreprise Fralsen, basée à Besançon, dispose désormais de nouvelles perspectives. Selon nos informations, plusieurs offres de reprise ont été déposées auprès du tribunal des affaires économiques de Lyon. Une étape cruciale alors que la société doit impérativement trouver un repreneur d’ici le 5 février 2026.

La demande de remise en liberté de Frédéric Péchier examinée le 11 février 2026

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon examinera le 11 février 2026 une demande de remise en liberté de l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, condamné en décembre pour l'empoisonnement de 30 patients, dont 12 sont morts, a-t-on appris mardi 13 janvier 2026 de sources concordantes.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi

Sondage

 9.33
légère pluie
le 01/02 à 15h00
Vent
2.13 m/s
Pression
1007 hPa
Humidité
69 %