Histoire d'Halloween en Franche-Comté : "Les trois bossus de Besançon"

Publié le 30/10/2021 - 17:13
Mis à jour le 29/10/2021 - 12:00

Ce week-end, à l’occasion de la fête d’Halloween le 31 octobre, nous vous proposons des histoires mystérieuses de Franche-Comté. Ce samedi, voici L’histoire des trois bossus de Besançon…

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

"L’aîné de ces bossus tue un homme à Besançon. Lorsqu’on vient le prendre pour le pendre, on hésite devant la ressemblance extraordinaire des trois frères qui s’avouent tous coupables, bien qu’au rapport des témoins un seul ait fait le coup. La justice, embarrassée et de peur de condamner à mort un innocent, leur enjoint seulement de vider le pays. L’un d’eux vient à Paris où il se marie et s’enrichit dans le commerce ; les deux autres vont en Angleterre et courent le risque d’y mourir de faim ; mais, apprenant que leur frère est riche, ils arrivent un jour chez lui pour implorer son aide.

Il était alors absent ; sa femme les reçoit avec courtoisie et leur fait donner à manger. Sur ces entrefaites le mari revient. Comme il était jaloux, sa femme, avant de lui ouvrir la porte, fait cacher les frères dans la cave où ils boivent jusqu’à tomber ivres morts. La femme, qui avait prévu le cas, promet de donner de l’argent à un crocheteur s’il consent à jeter à l’eau les deux ivrognes ; ainsi fit-il. Au retour de cette expédition, comme il allait se faire payer, il rencontra l’autre frère. Le prenant pour un revenant, il s’empare du pauvre diable, le fourre dans un sac et l’envoie rejoindre le premier dans la Seine. Il traite de même le mari qu’il rencontre à son tour, non sans s’indigner de l’obstination de ce bossu qui ressuscite à chaque instant et ne veut pas absolument être noyé. Toutes ces noyades, venues de l’Orient, ont plu aussi aux conteurs italiens. Straparole, dans ses Facétieuses Nuits, n’a pas égayé le sujet. L’ancienne rédaction anglaise des Gesta Romanorum a changé quelques détails. Imbert, dans son imitation fort affadie, se contente, par humanité, de coups de bâtons pour le mari.

Mais un pêcheur les repêche tous trois dans ses filets, en présence du roi qui se promenait par hasard en bateau sur la Seine. Quoique les bossus aient été longtemps sous l’eau, ils ne laissent pas que de vivre encore. Le roi est naturellement très surpris ; il demande des explications. Les doux ivrognes ne se rappellent rien ; mais le mari, qui était à jeun quand il fut précipité, dénonce le crocheteur. Celui-ci mandé, dit qu’il pensait avoir jeté à l’eau un mort et qui plus est un revenant. Le roi rit, d’autant que voyant les deux ivrognes vomir, avec l’eau qu’ils avaient avalée, une grande quantité d’eau-de-vie, il se douta, comme il était vrai, que leur ivresse avait fait croire qu’ils étaient morts. Il pardonna donc au crocheteur et donna de l’argent aux bossus.

On voit ici que le niais le dispute à l’invraisemblable. Ce conte est une imitation platement défigurée des Trois Bossus de Durand, trouvère du XIIIe siècle. On le trouve dans le tome III du recueil des Fabliaux de Barbazan. Il y en a d’autres imitations, et même assez nombreuses. On le trouve, a quelques différences près, dans les Contes tartares, par Gueullette, lequel, dans sa préface, dit l’avoir pris de Straparole. On jouait aussi une farce, sous le nom des Trois Bossus, au théâtre de Nicolet."

(Source : Histoire des livres populaires ou de la littérature du colportage (tome 1) paru en 1864)

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