Les montres LIP à Besançon : quand les salariés prennent les devants

Publié le 10/02/2023 - 10:25
Mis à jour le 10/02/2023 - 10:05

"On fabrique, on vend, on se paie !". Il y a 50 ans, les employés de la manufacture des montres Lip prenaient les commandes de leur usine en faillite, dans un épisode d'autogestion post-mai 1968 totalement inédit.

 ©
©

Dans le quartier de Palente à Besançon, les bâtiments industriels sans âme restants ne portent plus aucune trace de ces années folles où s'affichait en grosses lettres "C'est possible !". "On a marqué l'histoire ouvrière d'une façon magistrale, ça a réveillé", s'enthousiasme encore Roland Vittot, 90 ans. Les cartes postales et photos d'époque dans sa bibliothèque confirment que ce conflit social, déroulé sur plusieurs années, "a marqué notre vie". Figure du mouvement un peu malgré lui, Charles Piaget, 95 ans et toujours chantre du "collectif", date le "déclenchement" du mouvement au 17 avril 1973 : davantage intéressés par la marque que par l'outil de production, les actionnaires suisses de Lip déposent le bilan et le patron démissionne. "Il n'y avait plus personne pour diriger, c'était donc une situation qui allait s'envenimer", se souvient l'ancien leader syndical CFDT, entré chez Lip en 1946. Pour éviter la perte de salaire d'une grève, la cadence de production est volontairement ralentie.

Trésor de guerre

Mais le 12 juin, c'est le coup de colère quand les administrateurs provisoires annoncent la liquidation et le licenciement du millier d'employés. La suite prend une tournure rocambolesque: des administrateurs séquestrés, un trésor de guerre de montres caché autour de Besançon, une usine occupée par ses salariés, des ventes sauvages organisées dans toute la France, des sacs d'argent transportés en train jusqu'à une banque parisienne. Mais également des nuits de cogitation et quelque 200 assemblées générales. "Si on s'inscrivait à l'ANPE (ancêtre de Pôle emploi, NDLR), avec une situation différente pour chacun d'entre nous, on ne pouvait pas continuer à lutter ensemble", se remémore Charles Piaget, évoquant une "dizaine de jours" avant de décider qu'il n'y avait "pas d'autre solution que de fabriquer, de vendre et de se payer". "C'était hors du commun, on se demandait si c'était possible", poursuit l'ancien mécanicien-outilleur, filant la métaphore "des marins qui se révoltent parce que le capitaine est un salopard, mais, qui, une fois maîtres du bateau, ne savent pas lire une carte". Jusqu'au moment où "les ouvrières de la chaîne sont venues nous engueuler vertement" en disant: "Mais enfin, vous croyez que c'était le chef qui faisait la qualité ? Vous croyez que c'était le chef qui faisait le rendement ? Ceux qui faisaient le boulot, c'était nous et on peut vous garantir qu'on fera de la qualité", raconte Charles Piaget. "Et là, on s'est lancés".

La révolte des Lip résonne dans les oreilles post-soixante-huitardes en France et même à l'international. Le 29 septembre 1973, 100.000 personnes défilent à Besançon.

"Idée subversive"

"Ce qui frappe l'opinion c'est cette grève +active+, cette grève +à l'envers+ où les grévistes travaillent. Ils reprennent leur usine en main et expérimentent un autre rapport au travail", explique Frank Georgi, professeur d'Histoire contemporaine à l'université d'Évry (Paris-Saclay), soulignant "la sympathie instinctive pour ces +hors-la-loi+ courageux, qui luttent pour leur emploi et leur dignité". Devenu "symbole même de l'autogestion", Lip "apparaît à certains des héritiers de Mai-68 comme un laboratoire, comme une brèche ouvrant sur cette autre société rêvée", développe l'historien.

Fondé en 1867 par Charles Lipmann, Lip, dans les années 1960, représentait l'excellence de l'horlogerie française et fabriquait 300.000 montres par an. Le dernier de la famille fondatrice, Fred Lip, sera chassé de l'entreprise en 1971. "A travers la France, la montre Lip était très connue, c'était la montre qu'on offre à la communion et à différents moments de la vie", insiste Roland Vittot, une montre du designer Roger Tallon toujours au poignet. Sa loupe d'horloger lui sert désormais à pallier une vue déclinante pour observer les photos d'époque. Les ouvriers s'autogèreront jusqu'à un accord de réembauche au printemps 1974 sous la houlette de Claude Neuschwander. Deux ans plus tard, autre dépôt de bilan et nouvel épisode d'autogestion, faute de repreneur, avant la création d'une Scop en 1977, jusqu'au milieu des années 1980. Après diverses aventures, la manufacture Lip de l'époque a disparu, mais la marque a remis un pied en 2015 à Besançon, où sont de nouveau assemblées les montres.

Si elle a inspiré d'autres "conflits autogestionnaires" en France et à l'étranger les années suivantes, selon Frank Georgi, cette autogestion truculente n'aura pas sauvé Lip. A-t-elle été un échec pour autant ? "Oui", répond sans ambages Charles Piaget, dont, un demi-siècle plus tard, la fibre syndicale est toujours aussi vive. "Mais quand même, c'est une idée qui a gêné, une idée subversive".

Par Marie Julien, journaliste à l'AFP

Culture

Le Doubs à la Belle Époque, un voyage au cœur de la mémoire comtoise

À travers 300 cartes postales anciennes, l’ouvrage Le Doubs d’antan, sorti le 24 septembre 2026 et signé Jean-Claude Barbeaux, retrace le quotidien des Doubiens au début du XXe siècle. Publié aux Éditions Hervé Chopin dans la collection "Images d’antan", ce livre met en lumière les activités économiques, les transformations des transports et les premiers développements du tourisme dans le département.

Besançon, berceau oublié de l’anarchisme ?

Dans la boucle du Doubs, entre une citadelle classée à l'Unesco et les ateliers d'horlogerie qui firent sa fortune, Besançon a nourri l'une des traditions libertaires les plus singulières de France. De la naissance de Pierre-Joseph Proudhon au projet avorté de Commune en 1871, retour sur une histoire où la "ville horlogère" a longtemps battu au rythme des idées anarchistes... pour rappel.

À Besançon, Ludovic Fagaut accusé de dépolitiser l’art

Dans un communiqué de presse, l’ex-adjointe en charge de la Culture et conseillère municipale à la Ville de Besançon, Aline Chassagne (PCF) dénonce une « mise en pratique » de la « cancel culture » par le maire de Besançon Ludovic Fagaut. La raison à cela ? La décision prise par la Ville de Besançon de débaptiser le nom de l’exposition "Ni Dieu ni maître ! Art et anarchie de Courbet à Banksy" qui sera présente à Besançon du 27 février au 4 juillet 2027, pour "L’Art en liberté. De Courbet au Street art". Une décision également dénoncée en vidéo par Hélène Magnin-Feysot, conseillère municipale (LFI) sur ses réseaux sociaux.

À Besançon, Céline Girard redonne vie aux céramiques brisées grâce à l’art japonais du kintsugi

Installée à partir du 4 novembre 2026 Grande Rue, à Besançon, la restauratrice de céramiques Céline Girard perpétue la méthode traditionnelle japonaise du kintsugi. À l’Atelier Yumi Kintsugi, elle répare les objets abîmés à l’aide de laque végétale urushi et de poudre métallique, notamment d’or, pour faire des traces de la cassure un élément esthétique à part entière.

Le Festi’Diff revient faire vibrer la scène au rythme de l’inclusion à Labergement-Sainte-Marie

Le Festi’Diff de l’Espace Mont d’Or proposera une 9e édition placée sous le signe du partage, de la création et de l’inclusion les 13 et 14 novembre 2026 à l’Espace des Vallières de Labergement Sainte-Marie. Un événement pensé pour et autour de l’intégration du public handicapé ou empêché pour que "les différences ne soient plus un handicap, mais un enrichissement".
 

Festival de la photographie à Besançon – Rencontre avec GLADYS, figure singulière de la photographie contemporaine française

VIDÉO • Il y a des photographies que l’on regarde et puis il y a celles qui nous regardent en retour. À Besançon, la rencontre avec la photographe GLADYS appartient à cette seconde catégorie. À l’occasion du Festival de la photographie, organisé par Grain d’Pixel, la Galerie de l'ancienne poste accueille, jusqu'au 25 octobre 2026, le travail de cette photographe française de renommée internationale. Une exposition qui s’inscrit dans un contexte tout particulier : celui du bicentenaire de la photographie, qui invite à célébrer deux siècles d’images, mais aussi à s’interroger sur ce que la photographie continue de raconter de notre époque...
 

Tableau de Gustave Courbet : droit de réponse de Me Béatrice Cohen

DROIT DE RÉPONSE • En tant que conseil de la société adjudicataire du tableau litigieux, Béatrice Cohen, avocate au Barreau de Paris, souhaite apporter plusieurs précisions à la suite de la publication, le 10 septembre 2026, sur le site MaCommune.info, de l’article intitulé Une expertise judiciaire conclut à l’authenticité d’un tableau inédit de Gustave Courbet.

Ce week-end, les Absinthiades ont mis Pontarlier au vert…

PALMARÈS DES MEILLEURES ABSINTHES • Les 3 et 4 octobre 2026, Pontarlier a une nouvelle fois vécu au rythme de la fée verte. Pendant deux jours, les Absinthiades ont réuni professionnels, amateurs, passionnés et curieux autour d’un même emblème : l’absinthe. Un rendez-vous devenu incontournable, où la découverte se mêle à la convivialité et où, le temps d’un week-end, la célèbre boisson est véritablement reine.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi
 10.44C°
légère pluie
le 17/10 à 17h00
Vent
3.44 m/s
Pression
1022 hPa
Humidité
91 %

Sondage