Une congrégation catholique condamnée pour travail dissimulé

Publié le 17/08/2022 - 10:42
Mis à jour le 17/08/2022 - 10:42

La congrégation Famille missionnaire Donum Dei a été condamnée à Épinal pour travail dissimulé de femmes étrangères. Les Travailleuses missionnaires de l’immaculée étaient réparties sur les sites de Marseille, La Grâce-Dieu, Domrémy-la-Pucelle, Lisieux, Menton, Ars-sur-Formans, Lourdes, Toulon et Besançon.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

L'association catholique était suivie depuis de nombreuses années par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Les avocats de l’association ont d’ores et déjà annoncé faire appel.

Soumises au droit du travail ou dévouées à une vie religieuse hors salariat ? La justice a tranché mardi en condamnant pour "travail dissimulé" l’association catholique Famille Missionnaire Donum Dei (FMDD) qui a fait travailler pendant des années des dizaines de femmes venues d’Afrique ou d’Asie.

Le tribunal correctionnel d’Epinal a infligé à la FMDD une amende de 200 000 € pour avoir recruté, entre janvier 2013 et décembre 2016, des Travailleuses missionnaires de l’Immaculée (TMI) dans les restaurants de sanctuaires de plusieurs villes de France.

Il a également ordonné la confiscation "avec exécution provisoire" des plus de 940 000 € déjà saisis par la justice durant la procédure sur les comptes de la FMDD, qui était également poursuivie pour "emploi d’étranger non muni d’une autorisation de travail". Cette somme correspond aux arriérés estimés de rémunérations et de cotisations sociales non acquittés par la FMDD, une association reconnue par le Saint-Siège et rattachée à l’ordre des grands carmes. L’une des conseils de la FMDD, Me Marie-Hélène Chardin, a dénoncé auprès de l’AFP un jugement "inique" et annoncé que l’association avait "d’ores et déjà interjeté appel".

Dérives sectaires

"Cette condamnation est une excellente nouvelle, nous sommes très satisfaits", a réagi de son côté Me Julie Gonidec, avocate de deux anciennes Missionnaires, parties civiles au procès le 5 juillet. L’une d’elle, originaire du Burkina Faso, avait raconté à la barre ses longues journées de travail, affirmant avoir vu ses papiers confisqués à son arrivée, selon le compte-rendu du quotidien Vosges Matin. Le ministère public avait requis une amende de 120 000 €, ainsi que la confiscation de la somme déjà saisie.

Selon les termes de la prévention, il était reproché à la FMDD de s’être "soustraite intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales (…) d’une moyenne de cinquante Travailleuses missionnaires de l’immaculée, réparties sur les sites de Marseille, La Grâce-Dieu, Domrémy-la-Pucelle, Lisieux, Menton, Ars-sur-Formans, Lourdes, Toulon et Besançon pour exercer notamment une activité de restauration et d’accueil". Les restaurants étaient gérés par les Travailleuses missionnaires, membres de la FMDD et "vierges chrétiennes", recrutées jeunes au Burkina Faso, au Cameroun, au Vietnam, aux Philippines ou encore au Pérou pour œuvrer le plus souvent dans des restaurants de la chaîne L’Eau vive.

L’affaire avait démarré en octobre 2015, avec l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet d’Épinal après un signalement de l’inspection du travail visant l’établissement de Domrémy-la-Pucelle (Vosges). Les autres parquets concernés s’étaient par la suite dessaisis au profit d’Epinal. La FMDD avait été mise en examen en novembre 2017, puis renvoyée devant le tribunal correctionnel en septembre 2021.

Elle était depuis des années dans le collimateur de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). L’association Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux et à leurs familles (Avref) lui avait aussi consacré un "livre noir" en 2014.

"Exception religieuse " ?

Dans ses conclusions, Me Julie Gonidec avait pointé "un système rôdé d’exploitation transnationale", en lien notamment avec le Burkina Faso, destiné à "faire travailler dans des conditions contraires à la dignité humaine" des jeunes femmes, souvent issues de milieux modeste. "Il n’y a eu aucune infraction sur les personnes. Pas d’esclavage, pas de traite des personnes, pas de dérive sectaire", a soutenu au contraire Me Marie-Hélène Chardin. "On reste sur un problème technique : quel est le régime auquel doit répondre" la FMDD, a-t-elle poursuivi.

"Ce qu’on lui reproche, c’est de ne pas avoir cotisé à l’Urssaf", alors qu’elle a cotisé "pendant des années à la Cavimac", une caisse réservée aux cultes, a-t-elle affirmé. Toujours selon l’avocate, "l’administration, notamment à Marseille, avait validé le mode de fonctionnement" de la FMDD, une "congrégation religieuse" dont les Travailleuses missionnaires bénéficient de "l’exception religieuse". Elles ne sont légalement pas soumises au droit du travail ou au salariat, a encore soutenu Me Chardin, qui avait plaidé à l’audience avec Me Jean-Pierre Boivin la relaxe.

(AFP)

Soyez le premier à commenter...

Laisser un commentaire

Justice

Procès Péchier : des “failles” évocatrices d’un tueur en série selon un enquêteur

"Manipulateur" et "menteur pathologique", Frédéric Péchier a agi pour combler des "failles personnelles" qui évoquent le profil d'un "tueur en série", a affirmé vendredi 28 novembre 2025 devant la cour d'assises du Doubs un enquêteur chargé d'éclairer la personnalité de l'ex-anesthésiste, accusé de 30 empoisonnements, dont 12 mortels.

Interrogé une dernière fois sur les faits, Frédéric Péchier maintient être innocent

"Je maintiendrai toujours que je ne suis pas l'empoisonneur": inébranlable depuis près de trois mois de procès, l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier a une énième fois clamé son innocence, jeudi 27 novembre 2025 à Besançon, lors de son dernier interrogatoire sur les faits.

Procès Péchier : “je regrette de ne pas avoir pu protéger mon patient de la folie d’un homme” (Loubna Assila)

VIDÉO • La cour d’assises du Doubs a abordé ce mercredi 26 novembre 2025 les deux derniers décès du dossier Péchier actuellement jugé pour 30 faits d’empoisonnements dont 12 mortels entre 2008 et 2017. L’anesthésiste Loubna Assila qui avait refusé l’entrée de son bloc à Frédéric Péchier lors de l’arrêt cardiaque d’une des deux victimes, a livré un témoignage poignant et accablant l’ex-anesthésiste ce mercredi devant la cour. 

Procès Péchier : un enfant empoisonné pour “régler des comptes”, selon son père

L'empoisonneur "s'est servi de notre petit garçon pour régler des comptes", a regretté lundi 24 novembre 2025 devant la cour d'assises du Doubs le père de Tedy, victime à quatre ans d'un arrêt cardiaque suspect, l'un des trente empoisonnements imputé à l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier.

Au procès Péchier, l’arrêt cardiaque de Tedy, 4 ans, opéré des amygdales

C'est la plus jeune des 30 victimes attribuées par l'accusation à l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier: la cour d'assises du Doubs a commencé jeudi 20 novembre 2025 à se pencher sur le cas de Tedy, 4 ans, qui a subi un arrêt cardiaque en 2016 lors d'une banale opération des amygdales. L'enfant a survécu après deux jours de coma et cinq jours en réanimation.

Statue de Jenny d’Héricourt à Besançon : le procureur de la République ouvre une enquête

Le Mouvement Franche-Comté a annoncé le 18 novembre 2025 par voie de communiqué, que le procureur de la République a décidé d’ouvrir une enquête à la suite d’une plainte déposée pour des faits de favoritisme concernant la statue de Jenny d’Héricourt installée place de la Révolution à Besançon depuis le 5 mars dernier.

Affaire Fousseret-Cordier : Anne Vignot se joint à la demande d’appel du parquet

Le 5 novembre dernier, le tribunal correctionnel avait prononcé la relaxe de l’ancien maire Jean-Louis Fousseret et Alexandra Cordier pour prises illégales d’intérêt et détournement de fonds publics. Le parquet avait aussitôt déposé une demande d’appel du jugement le 7 novembre 2025. Représentée par Anne Vignot, la Ville de Besançon a suivi le parquet dans la demande d’appel. 

“Absence systématique” : Péchier mis en cause pour son désengagement lors des réunions sur les cas suspects

"L'absence systématique" de Frédéric Péchier aux réunions organisées pour discuter des arrêts cardiaques suspects dans une clinique de Besançon où il travaillait était vendredi 14 novembre 2025 l'objet du douzième interrogatoire de l'accusé, jugé pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, par la cour d'assises du Doubs.

Procès Péchier : l’accusé conteste le récit d’une patiente

"Elle a pu se tromper" : le Dr Frédéric Péchier, jugé à Besançon pour avoir empoisonné 30 patients dont 12 sont morts, a fermement contesté lundi 10 noveùbre 2025 devant la cour le récit d'une patiente victime en 2015 d'un arrêt cardiaque au bloc, et qui a raconté qu'il était venu à son chevet juste avant son anesthésie.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi

Sondage

 5.44
pluie modérée
le 30/11 à 09h00
Vent
3.43 m/s
Pression
1014 hPa
Humidité
95 %