Aphantasie : Matthieu, 25 ans, n’a pas d’images dans la tête

Publié le 08/09/2022 - 16:04
Mis à jour le 08/09/2022 - 18:59

L’aphantasie, c’est l’incapacité à se représenter une image mentale. Mais pas seulement ! Il s’agit d’un spectre plutôt large et parfois multisensoriel. Pour sensibiliser sur le sujet, Matthieu Munoz, un bisontin de 25 ans, lui-même aphantasique, a co-fondé la première association française sur ce trouble : "Aphantasia Club".

Matthieu Munoz vient d’emménager à Besançon. Dans ses valises, l’ex-Dijonnais a emmené une structure chère à son coeur : l’association "Aphantasia Club", dont il est le co-fondateur. Car du haut de ses 25 ans, Matthieu est aphantasique. Un trouble dont il a connaissance depuis seulement quelques années.

L’aphantasie, c’est quoi ?

Le jeune homme a bien conscience que l’aphantasie est plutôt méconnue : "C’est sur Youtube, grâce à la vidéo d'une artiste anglaise, que j’ai entendu parler pour la première fois de l’aphantasie. Mais ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai fait le rapprochement avec ma situation personnelle".

Pour faire simple, quand Matthieu ferme les yeux et qu’on lui demande d’imaginer une pomme, "c’est tout noir, il n’y a rien". Mais chez lui, l’aphantasie va plus loin que la simple absence de visualisation mentale. "C’est un spectre, assez large et multisensoriel, qui impacte chaque aphantasique différemment. Par exemple, je sais que je rêve la nuit, mais aucune image ne me vient au réveil. Je n’ai pas non plus de voix intérieure et j’accède difficilement à mes souvenirs. Je sais ce que j’ai fait, mais il me faut parfois un élément déclencheur pour les atteindre, comme une photo. D’autres ont plus de facilité, mais moi, je n’ai que le concept du souvenir, comme une liste de faits."

"Un soir, une amie s’est plaint qu’elle avait une chanson dans la tête. J’ai toujours cru que c’était une expression, car il m’arrive souvent de fredonner un air sans raison. Mais non, elle m’a expliqué qu’elle avait vraiment une mélodie qui tournait en boucle dans son esprit, qu’elle l’entendait ! Je n’en revenais pas." - Matthieu Munoz

À l’échelle mondiale, on estime que 2 à 5% de la population serait touchée par ce trouble. Il faut également savoir que l’opposée de l’aphantasie, "l’hyperphantasie", existe aussi. Les hyperphantasiques ont quant à eux des images très nettes dans leur tête (angle, luminosité, détails précis), parfois à la limite de la confusion avec des souvenirs réels.

Un trouble avec, par moments, son lot de difficultés

Aujourd’hui, Matthieu peut compter sur un entourage compréhensif. Pourtant, les choses n’ont pas toujours été simples. "Quand une amie se sent blessée car tu as oublié une confidence très importante, c’est dur. Tu ne peux pas t’expliquer pourquoi, tu te sens coupable. Heureusement, nous en avons reparlé quand j’ai enfin pu mettre des mots sur ma situation, et elle a compris."

Pour l'aider, depuis trois ans et chaque année, son compagnon lui confectionne un "Memory Book". Un album avec des photos, du texte et des détails. "Aujourd’hui, je ne me souviens plus de notre première rencontre, simplement des faits. Heureusement, Charles ne m’en veut pas ! Au contraire, il a à coeur de garder le plus de traces possibles de notre histoire."

Étonnamment, il y a bien quelques avantages à l’aphantasie, comme "pouvoir regarder plusieurs fois un film, en le redécouvrant comme au premier visionnage." Ou encore "ne pas être effrayé par une histoire d’horreur". Forcément, sans images mentales, les réactions sont amoindries.

Création de la première association française

Il y a un peu plus d’un an, Matthieu et son compagnon ont participé à une émission de télévision sur France 2, "Ça commence aujourd’hui", afin de sensibiliser sur l’aphantasie. Un passage qui a conforté Charlotte Langlais, alors âgée de 22 ans et elle aussi aphantasique, dans l’idée d’écrire un livre sur le sujet. Les deux jeunes gens sont ensuite entrés en contact, avec comme projet de créer la première association française sur le trouble de l’aphantasie : "Aphantasia Club".

L’objectif de l’association est triple : "rassembler, sensibiliser et promouvoir la détection de l’aphantasie dès le plus jeune âge" (pour, par exemple, anticiper certains problèmes à l’école, comme l’écriture et la mémorisation).

Matthieu et Charlotte se félicitent de la forte présence "d’Aphantasia Club" dans les médias depuis un an, et comptent bien continuer à "faire connaître ce trouble au plus grand nombre". Par ailleurs, un compte Instagram est régulièrement enrichi et animé par les deux amis, qui s’en servent comme une véritable vitrine d’informations.

Enfin, du côté de la recherche, "Aphantasia Club" est en relation avec le Laboratoire de psychologie et neurocognition associé au CNRS à l’Université Grenoble-Alpes, et avec l’équipe de recherche de l’Université de Liège, en Belgique. Toujours dans l’optique de participer aux futurs expériences et d’aider à déceler le pourquoi du comment.

"Aphantasia Club" recherche des petites mains

Pour cette nouvelle saison associative, la seconde depuis la création "d’Aphantasia Club", Matthieu Munoz et Charlotte Langlais ont besoin de vous ! Il est possible d’adhérer à l’association (que vous soyez aphantasiques ou non), et même de proposer son aide à l’animation des réseaux, à la mise en place de projets ou encore à la mise en relation avec les professionnels de la recherche. Tout se passe en ligne, directement sur le site internet ou bien par mail à : aphantasiaclub@gmail.com

Pour conclure, Matthieu encourage le plus grand nombre à "parler de l’aphantasie autour de soit. Qui sait, peut-être que vous ou vos proches sont concernés. Le plus important, c’est de sensibiliser."

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