Lors de la projection, la Haute-Commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, a salué un film qui ”ne cherche pas à nous attendrir”, mais ”à nous bousculer”. Le documentaire se distingue par son choix de laisser les adolescents raconter eux-mêmes leur parcours, sans commentaire extérieur ni analyse surplombante.
Le projet trouve son origine à Vesoul, dans le cadre de L’atelier des voix, porté par les éducateurs de l’association Enfance Bourdault. Initialement conçu sous la forme d’un projet audio, il a finalement pris la forme d’un film documentaire. Son directeur, Frédéric Nicollet, a rappelé l’ambition de cette initiative : permettre aux jeunes de raconter ”leurs histoires, non pas racontées à leur place, non pas édulcorées, mais exprimées par eux, avec leurs mots”.
Des témoignages sur le regard porté aux enfants placés
Au fil du documentaire, plusieurs adolescents évoquent leur expérience du placement. Suha, 15 ans, décrit un parcours marqué par un changement progressif de regard sur son accueil, d’abord perçu comme une séparation difficile avant de devenir ”une sorte de deuxième famille”.
Le témoignage de Rose a particulièrement retenu l’attention. La jeune fille dénonce les préjugés auxquels sont confrontés les enfants confiés à l’ASE : ”Souvent, les gens nous jugent sans nous connaître. Ils nous mettent des étiquettes comme “cas sociaux” ou “k-soss”. On n’est pas des personnages de séries Netflix sur les jeunes à problèmes.” Et d'ajouter : ”Nous ne sommes pas des cas sociaux, mais des enfants qui seront les adultes et les citoyens de demain.”
Un choix assumé de ne pas expliquer à la place des concernés
Les réalisateurs ont fait le choix de ne pas proposer une analyse globale du système de protection de l’enfance. Alexis Amiotte a résumé cette démarche : ”On ne voulait pas faire un état des lieux de l’ASE, mais leur donner la parole sans rien expliquer à leur place.”
Cette orientation place au premier plan les récits individuels des jeunes filmés. Selon le réalisateur, rendre visibles ces parcours constitue également un enjeu de reconnaissance : invisibiliser ces jeunes revient à les éloigner du regard de la société.
Une projection qui relance les débats sur la protection de l’enfance
Au cours des échanges qui ont suivi la projection, plusieurs intervenants ont évoqué les difficultés rencontrées par les professionnels du secteur. Frédéric Nicollet a notamment rappelé les tensions liées au manque de moyens et à la reconnaissance des métiers de la protection de l’enfance. Une éducatrice de l’ASE a également fait état d’une charge de travail importante, évoquant plus de 50 situations suivies par référent.
Le documentaire, quant à lui, reste concentré sur les expériences personnelles des adolescents. En donnant directement la parole aux jeunes concernés, Des ”K-Soss” comme vous dites propose un regard centré sur leurs vécus et leurs perceptions.
Un film soutenu
Des ”K-Soss” comme vous dites est co-réalisé par Alexis Amiotte et Bertrand Vinsu pour ABZ Production. Le film a été réalisé avec le soutien de l’association Enfance Bourdault, de la CNAPE, d’Aésio Mutuelle et de la Région Bourgogne–Franche-Comté.
Présenté au ministère du Travail et des Solidarités, le documentaire entend contribuer à une meilleure écoute de la parole des enfants placés, en donnant à voir et à entendre les réalités vécues derrière les dispositifs de protection de l’enfance.


