Drones, escape games, prothèses... les professeurs de la région réinventent la pédagogie

Publié le 31/05/2018 - 18:16
Mis à jour le 01/06/2018 - 21:55

La « journée académique de l’innovation pédagogique » accueillait ce mercredi 30 mai 2018 à l’Arsenal de Besançon, des professeurs de toute la Bourgogne Franche-Comté venus présenter leurs nouvelles méthodes d’enseignement. Et entre les prothèses de main imprimées en 3D, les drones et autres jeux vidéo, il y a de quoi être surpris… 

Le recteur de l'Académie de Besançon, Jean-François Chanet, ne s'en cache pas : "on ne peut pas continuer à utiliser uniquement des méthodes du siècle dernier. Il faut réfléchir ensemble sur de nouvelles façons d'enseignement, en accord avec les besoins des élèves et les nouvelles technologies" explique-t-il d'emblée. 

Et c'est dans cette optique que les différents acteurs de l'éducation de la nouvelle région se sont réunis ce mercredi : les inspecteurs académiques, les enseignants, les professeurs et Canopé 25, centre de ressources pédagogique. Afin d' échanger "des idées, des projets innovants dans la pédagogie et de trouver des moyens pour les réaliser". 

Le FabLab, petite révolution pédagogique

  • Les professeurs d'établissements de plusieurs niveaux - écoles, collèges, lycées, universités - ont installé des stands pour présenter leurs actions. 

L'un d'eux ressemble presque à une petite brocante high-tech. Sur les tables sont disposés des drones, des manettes de consoles, des ordinateurs et même une prothèse de main. Il s'agit du stand de deux professeurs de technologie de collèges dans la Nièvre, qui ont développé un "FabLab". L'élève (s'il le désire) propose un projet  et le professeur est là en tant que "facilitateur" : il lui donne les outils pour le réaliser, lui apprend à s'en servir et l'élève fait le reste tout seul.

Les deux professeurs de technologie, les projets des élèves dans la main

Par exemple, un élève voulait créer un escape game, jeu d'énigme en vogue. Qu'à cela ne tienne : l'élève a dû développer une application, réfléchir lui-même à ses énigmes et même construire ses propres supports. "Cet élève-ci était très fort en cours, mais ne savait pas du tout bricoler. Il a dû faire lui-même un coffre où ranger les outils de l'énigme, à renfort de marteau, planches et clous. C'était une première pour lui et en plus de lui faire plaisir, ça le forme pour plus tard" détaille Gaëtan Crozes, professeur de technologie au collège Les Courlis.

Application smartphone, fond vert, drones...

L'exemple est loin d'être unique : "la professeur d'anglais leur a demandé si certains pouvaient développer une application smartphone pour l'aider dans ses cours. Ils ont dû coder, répondre à ses demandes, faire un peu de design…"

D'autres élèves voulaient faire des vidéos sur fond vert, permettant de s'incruster numériquement dans le décor souhaité. "Ils ont cherché sur internet et acheté un bout de tapisserie verte ; puis on a appris ensemble à se servir d'un logiciel gratuit qui correspondait, car je ne le maîtrisais. Ils apprennent à se débrouiller seuls, à trouver ce dont ils ont besoin eux-mêmes. Un autre groupe d'élève a voulu s'y mettre aussi, et c'est le premier groupe qui est allé montrer aux autres comment s'y prendre" 

Travail sur engin télécommandé

Certains ont demandé à faire de la livraison par drones, apprenant le système GPS ; d'autres, à travailler sur un aérodrifteur, qu'il a fallu améliorer avec un nouveau système de soufflerie, une notice d'utilisation, et même un site internet dédié.

Et le clou de l'année était sans aucun doute la prothèse de main, qu'il a fallu créer grâce à un scanner 3D...

"Les enfants touchent vraiment à tout : numérique, électronique, bricolage, mathématiques, arts plastiques… De façon autonome et surtout désirée. Ils s'impliquent beaucoup plus quand c'est eux qui choisissent leur projet, plutôt que quand il est imposé" conclut le professeur, qui assure que les élèves développent les compétences requises par l'académie "mais en s'amusant."

Travail sur drone

Un projet pour mélanger les compétences

Car ce qui fait la force des "nouvelles méthodes d'enseignement" comme le désire le recteur de l'Académie, c'est cette mise en pratique au service des connaissances. Le lycée professionnel Montciel à Lons-le-Saunier a choisi de proposer aux étudiants un grand nombre de sorties éducatives et d'ateliers leur permettant de développer, "sur le tas", les compétences qui leur servira dans leur vie personnelle et professionnelle.

"Ils ont organisé un téléthon, accueilli des dons du sang, participé à des cafés philosophiques, crée leur propre jardin, …" explique Mme. Inglès, professeure d'Arts appliqués. "Ça leur permet de développer un champ très large de compétences : administration, commerce, droit, relationnel…"

Des limites administratives

Et si la "nouvelle éducation" veut faire d'avantage participer les élèves aux cours tout en les formant aux nouvelles technologies, des limites existent encore. "C'est compliqué pour les sorties, il faut s'y prendre des mois à l'avance, pour avoir toutes les autorisations… Parfois, j'ai l'impression que je passe ma vie dans les papiers" s'amuse, un peu amer, la professeure.

Ce que ressentent bien nos professeurs de technologie : "même si les élèves développent leurs compétences, ils ne rentrent pas toujours dans les fameuses grilles des inspecteurs académiques, qui sont parfois un peu vieille école… Les méthodes évoluent mais les mentalités doivent suivre aussi" conclut pragmatiquement l'enseignant.

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