Le risque d’illettrisme est inégalement réparti en Bourgogne-Franche-Comté. Dans son étude publiée dans Insee Analyses n° 141, Jean-François Louis, Clément Maneyrol et Dimitri Szempruch soulignent le poids de l’âge, du niveau de diplôme et de la précarité dans les difficultés à maîtriser la lecture, l’écriture et le calcul.
En France, en 2022, ”11 % des 18-64 ans ayant été scolarisés en France présentent de fortes difficultés pour lire, écrire et/ou compter”. Les personnes sans diplôme sont particulièrement vulnérables : 38 % d’entre elles rencontrent de fortes difficultés avec les compétences de base. C’est également le cas de 13 % des 50-64 ans.
L’Yonne et la Nièvre parmi les territoires les plus concernés
La région cumule plusieurs facteurs de risque. En 2022, 45 % des 18-64 ans ayant terminé leur formation n’avaient aucun diplôme ou un niveau inférieur au baccalauréat, contre 39 % en France métropolitaine. Les habitants sont également plus âgés : les 50-64 ans représentent 39 % des 18-64 ans, contre 33 % au niveau national.
Selon l’Insee, 46 des 113 intercommunalités de la région sont fortement ou très fortement exposées au risque d’illettrisme. Elles regroupent près du quart de la population régionale âgée de 18 à 64 ans.
Les situations les plus préoccupantes concernent 13 intercommunalités, notamment dans le nord de l’Yonne, le nord de la Côte-d’Or et en Haute-Saône. Dans ces territoires, 53 % des 18-64 ans sont peu ou pas diplômés. La pauvreté touche 17 % des habitants, contre 13 % dans l’ensemble de la région.
L’éloignement des pôles d’études, une offre de formation davantage tournée vers les cursus courts et une économie où l’industrie occupe une place importante contribuent à expliquer ces fragilités. Les difficultés se retrouvent aussi dans 33 autres intercommunalités, couvrant une grande partie de l’Yonne et de la Nièvre, ainsi que plusieurs zones rurales.
Des difficultés qui se retrouvent à l’école
Les inégalités territoriales se manifestent dès la scolarité. Dans les territoires les plus exposés, 18 % des collèges présentent une forte proportion d’élèves en difficulté aux évaluations nationales de début de sixième. Dans les territoires peu exposés, aucun collège ne relève de cette catégorie.
La situation n’est toutefois pas uniforme. L’étude souligne que les collèges des territoires très fortement exposés obtiennent plus souvent des résultats supérieurs à ceux attendus au regard du profil de leurs élèves. La prévention de l’illettrisme passe donc aussi par le repérage précoce des difficultés et l’accompagnement des jeunes.
Le périurbain dijonnais et la frontière suisse plus préservés
À l’inverse, 11 intercommunalités situées principalement dans la périphérie dijonnaise présentent une faible exposition au risque d’illettrisme. Le taux d’emploi y atteint 82 %, contre 75 % dans la région, et le taux de pauvreté s’établit à 7 %.
Dans le Doubs, 13 intercommunalités proches de la frontière suisse bénéficient également d’une situation plus favorable. La population y est plus diplômée et l’emploi frontalier contribue à limiter la pauvreté. Près d’un actif occupé sur trois travaille en Suisse. Ces territoires ne sont cependant pas épargnés. Les jeunes frontaliers restent notamment confrontés à la précarité professionnelle : 11 % des jeunes travailleurs occupent un emploi précaire.
Dans les grandes villes, le risque est davantage lié à la concentration de la pauvreté et des situations de précarité. L’offre d’accompagnement y est plus développée que dans les espaces ruraux, mais les besoins restent importants.
L’étude met ainsi en évidence des réalités contrastées au sein de la région. Si l’âge et le niveau de diplôme pèsent sur le risque d’illettrisme, les conditions économiques et l’accès à la formation contribuent également à creuser les écarts entre territoires.
- Source : Insee Bourgogne-Franche-Comté, Des populations plus exposées au risque d’illettrisme à l’ouest et au nord-est de la Bourgogne-Franche-Comté, n° 141, octobre 2026. Auteurs : Jean-François Louis, Clément Maneyrol et Dimitri Szempruch.


