"Jean Ricardon, le sens profond du blanc" au musée Courbet jusqu'au 26 mars 2023

Publié le 19/12/2022 - 08:41
Mis à jour le 13/03/2023 - 12:06

PUBLI-INFO • Artiste peintre et professeur à l’école des Beaux-arts de Besançon entre 1954 à 1989, Jean Ricardon (1924- 2018), originaire de Morez dans le Jura, a navigué toute sa carrière, selon le souhait de Malevitch (1879-1935), peintre emblématique de l’art abstrait, sur "la blanche mer libre", élisant le blanc comme la "couleur-mère ou totale" de son œuvre. Une exposition lui est consacrée jusqu'au 26 mars 2023 au musée Courbet à Ornans...

"J’ai percé l’abat-jour bleu des limites de la couleur, j’ai pénétré dans le blanc ; à côté de moi, camarades pilotes, naviguez dans cet espace sans fin. La blanche mer libre s’étend devant vous" - Kasimir Malevitch, Catalogue du Xe Salon d’Etat de Moscou, 1918.

Tout au long de sa carrière, cet "homme à la discipline sévère et nerveuse [qui] a fortement le sens du mystère" (Seuphor) a poursuivi une quête de "sobriété totale" de la peinture dans une production singulière et spirituelle, confinant à l’abstraction sans jamais oublier le sujet.

Du surgissement du blanc dans ses premières œuvres dépeignant des paysages de neige, rappelant le travail des maîtres du XIXe siècle, jusqu’à l’élection du blanc comme "matériau-matière", l’exposition du musée Courbet tend à explorer "le chemin vers l’abstraction et le blanc" de Jean Ricardon, et, par un dialogue avec ses pairs (Soulages, Degottex, Nemours, Morellet, etc.), à percer "le sens profond du blanc" dont parlait, à son propos, Michel Seuphor.

Jean Ricardon

Artiste peintre et professeur à l’école des Beaux-arts de Besançon entre 1954 à 1989, Jean Ricardon (1924-2018), originaire de Morez (Jura), a navigué toute sa carrière, selon le souhait de Malevitch (1879-1935), peintre emblématique de l’art abstrait, sur "la blanche mer libre", élisant le blanc comme la "couleur-mère ou totale" de son oeuvre.

Sensible à l’art du mouvement De Stijl, notamment de Piet Mondrian (1872-1944), et de Malevitch, imprégné par sa rencontre avec l’artiste et théoricien de l’art abstrait, Michel Seuphor (1901-1999), cet "homme à la discipline sévère et nerveuse" (Seuphor) a poursuivi une quête de "sobriété totale" de la peinture. Sa pro­duction complexe et singulière confine à l’abstraction, tout en restant intimement liée au domaine de l’art figuratif. Ayant mené une carrière silencieuse et pro­lifique, Ricardon a, depuis son atelier de Besançon, tracé sa propre voie dans le paysage artistique fran­çais bouillonnant de la seconde moitié du XXe siècle.

Du surgissement du blanc dans ses premières oeuvres dépeignant des paysages de neige jurassiens jusqu’à l’aboutissement de son art dans les vitraux de l’ab­baye d’Acey, en passant par l’élection du blanc comme "matériau-matière", l’exposition du musée Courbet, grâce à un dialogue avec l’oeuvre de ses contempo­rains, tend à explorer "le chemin vers l’abstraction" de Ricardon, et à percer "le sens profond du blanc" dont parlait, à son propos, Michel Seuphor.

Le blanc-matériau comme essentiel

Autour des années 50, alors imprégné de sa lecture de L’Art abstrait de Michel Seuphor, découvrant à Paris le cubisme et les pionniers de l’art abstrait tels que Kandinsky, les Suprématistes russes et Piet Mondrian, Jean Ricardon s’éloigne de ses premiers choix picturaux et de la couleur pour aller vers ce qu’il considère comme son "essentiel" : "le blanc-matériau, ensuite le visage, son ordre, ses dimensions possibles, son identité". Ascète de l’art, le peintre se dévoue dès lors à une quête de sobriété totale et à un réexamen de la figuration. Ses recherches se sont poursuivies tout au long de sa carrière sur les mêmes fondements : des empâtements libres ou des dessins préparatoires dictés par un sujet et la pensée du peintre sont apposés sur un panneau de bois et peu à peu recouverts de larges couches blanches ; celles-ci sont parfois rythmées de griffures de noir d’ivoire, sur lesquelles le peintre alterne encore et encore diverses interventions géométriques, soit lisses et plates, soit striées et gravées.

Malgré son attachement au sujet et à la figuration, les réflexions picturales, formelles, voire matiéristes de Ricardon témoignent d’affinités fécondes avec une communauté de l’art abstrait, fleurissante en France depuis l’après-guerre et le succès de la Nouvelle École de Paris. Ces confrontations contemporaines, multiples et diverses, ont pour mérite de présenter un paysage de la peinture de la seconde moitié du XXe siècle, et de montrer combien les recherches de Ricardon étaient inscrites dans son temps et se croisent avec celles de ses pairs.

"Il faut faire des Ricardon. Le monde a besoin de Ricar­dons" - Michel Seuphor

Par sa rencontre avec Maître Albert-Maxime Kohler (1923-2010), alors adjoint délégué aux affaires culturelles de la ville de Besançon, Jean Ricardon est nommé pro­fesseur de peinture à l’École Supérieure des Beaux-arts de Besançon en 1954, qu’il marque profondément de sa personnalité et de son engagement rigoureux envers ses élèves. Dévoué à son enseignement à Besançon, Ricardon a peu cherché à faire connaître sa peinture en dehors de ses cercles d’amateurs. Deux personnalités majeures de la scène artistique ont néanmoins reconnu l’oeuvre de cet "homme à la discipline sévère et ner­veuse [qui] a fortement le sens du mystère" : Michel Seuphor (1901-1999) et Germain Viatte (1939-).

Rencontré probablement à Besançon lors d’une confé­rence donnée par Seuphor, l’historien d’art et poète, pro­moteur de l’art abstrait, est une personnalité centrale de la carrière et de la vie de Ricardon. Les deux hommes ont développé une émulation intellectuelle et artistique à travers leurs nombreuses rencontres et une corres­pondance tenue pendant près de 30 ans. Implanté dans le monde de l’art, Seuphor a facilité les expositions de Ricardon, notamment à Sarrelouis (1980), La Haye (1977 et 1982), etc. Peu connu, Ricardon est même intégré par Seuphor dans son ouvrage de référence L’art abstrait publié par la galerie Maeght en 1973.

C’est par son entremise que Ricardon fut exposé au Centre Pompidou en 1979, présenté à Germain Viatte, alors conservateur, qui préparait l’une des éditions des "Ateliers Aujourd’hui".

Courbet-Ricardon. L’hommage secret

Figure incontournable de l’art, Gustave Courbet s’impose pour de nombreux artistes partageant un même ancrage régional comme une référence commune, obsédante. L’intérêt de Ricardon pour Gustave Courbet s’incarne tardivement, à la fin de sa vie, en un double hommage. 

Le premier est la réalisation d’un Portrait de Gustave Courbet, peint en 2010, qui, de par sa figuration assumée, rompt avec le formalisme géométrique de sa production. Le portrait du Maître d’Ornans transparaît, voire réapparaît comme après le lent dégel des multiples couches de blanc qui constituaient jusqu’alors l’essence de sa peinture. Se dévoile ici une étonnante et tardive clé de lecture d’une production qui tout au long de sa carrière a confiné à l’abstraction et qui se présente, par le portrait du maître du Réalisme, comme l’affirmation d’une peinture figurative.

Dans le second hommage, intitulé Hommage à l’Enterrement à Ornans, Ricardon se mesure au manifeste de Courbet, en présentant une puissante variation. Seule citation de sa carrière, cette longue frise, laissée à l’état d’ébauche, sauf pour le dernier panneau Zélie et Juliette, s’attarde sur ce qui constitue pour Ricardon – ainsi que pour Courbet – l’essentiel : les visages de ce portrait collectif, intitulé à l’origine Tableau de figures humaines, historique d'un enterrement à Ornans. L’oeuvre de Ricardon, non finie, était restée à sa mort dans son atelier et est présentée pour la première fois au public.

Infos +

  • Jean Ricardon, le sens profond du blanc
  • Musée Courbet - 1 Place Robert Fernier, 25290 Ornans
  • Du 17 décembre 2022 au 26 mars 2023

Culture

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