La loi sur le 1er-Mai saute la case des débats à l'Assemblée, la CGT dénonce un "coup de poignard"

Publié le 10/04/2026 - 14:40
Mis à jour le 10/04/2026 - 14:18

La gauche et les syndicats dénoncent un "passage en force" : les députés ont approuvé vendredi 10 avril 2026 le rejet préalable du texte autorisant le travail de certains salariés le 1er-Mai demandé par les macronistes pour éviter "l'obstruction" et accélérer son parcours législatif.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

Déposée par le groupe de Gabriel Attal (Ensemble pour la République), cette motion de rejet tactique a été adoptée par 120 voix contre 105. Les quatre groupes de gauche s'y opposant tout comme le MoDem, hostile à la manoeuvre plus qu'au fond du texte. Insuffisant toutefois contre le reste de l'hémicycle, des macronistes jusqu'au Rassemblement national. Exit donc les quelque 140 amendements à discuter avant la fin des débats à 17h30, le camp gouvernemental s'attendant ce que la gauche enlise à dessein les débats.

"Certains groupes politiques ont fait le choix de l'obstruction parlementaire", a déclaré à la tribune Nicole Dubré-Chirat (Renaissance) en défense de la motion tactique.

Le texte est donc renvoyé immédiatement devant une commission mixte députés-sénateurs (CMP), qui selon une source au sein du groupe macroniste pourrait avoir lieu la semaine prochaine. Ses soutiens espèrent ainsi avancer rapidement et appliquer le texte dès le 1er mai 2026.

Les quatre groupes de gauche se sont insurgés, tentant de retarder le vote de la motion pour rameuter les troupes, demandant des interruptions de séance. Des députés allant de LFI jusqu'au PS ont même entonné debout La Marseillaise, puis l'Internationale.

"Par un 49.3 parlementaire, ils passent en force pour mettre 1,5 million de personnes au travail le seul jour férié et chômé", a dénoncé la cheffe des députés insoumis Mathilde Panot.

En marge d'un rassemblement près de l'Assemblée la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a dénoncé "un coup de poignard dans le dos des millions de travailleurs et travailleuses".

"C'est une victoire importante", a réagi à l'inverse le chef du groupe Les Républicains Laurent Wauquiez face aux journalistes. "La France insoumise installe le chaos dans cet hémicycle à chaque texte. C'est une honte. On a refusé de céder".

Insoumis, socialistes et écologistes ont dit leur intention de saisir le Conseil constitutionnel contre le texte lorsqu'il sera définitivement adopté. La présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain a elle fustigé la troisième motion de rejet tactique de ce genre depuis le début de la législature, citant des précédents sur la loi Duplomb et une loi concernant l'autoroute A69.

"Le volontariat n'existe pas"

Le monde syndical est aussi vent debout. Devant l'Assemblée nationale, plusieurs dizaines de manifestants s'étaient rassemblés dans la matinée. Le 1er mai n'est pas un jour férié "comme les autres", c'est "historiquement le jour où on célèbre les travailleurs et les travailleuses", a rappelé vendredi sur TF1 Marylise Léon (CFDT).

L'objectif de cette proposition de loi, déjà adoptée au Sénat, est de permettre l'autorisation pour les salariés de certains commerces de travailler le 1er-Mai. Si le code du travail établit que "le 1er-Mai est jour férié et chômé", il admet qu'un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là... mais seul ou presque.

Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. Au risque d'une amende de 750 euros par salarié concerné (1.500 euros s'il est mineur).

Le débat a été relancé l'an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s'étaient émus de contrôles inopinés suivis d'amendes pour avoir fait travailler des salariés.

La proposition de loi doit clarifier les règles et "permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler", en l'espèce "des commerces de bouche de proximité" comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)... Mais exclut la grande distribution ou les magasins d'outillage et travaux, par exemple.

Payés double, seuls les salariés "volontaires" seront concernés et "le refus de travailler le 1er-Mai ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement", précise le texte.

"Le volontariat ça n'existe pas", a critiqué près de l'Assemblée Natalie Huyghe, employée en jardinerie de 57 ans, et syndiquée CGT. "Si ça marche, ça va s'étendre à tous les corps de métier", s'est aussi alarmée Hadjia Djebbar, militante de 62 ans.

Cette traditionnelle fête a vu le jour le 1er-Mai 1886 avec l'appel à la grève de syndicats américains pour un maximum de huit heures de travail quotidiennes. Durant ce mouvement, plusieurs grévistes et policiers sont morts.

(AFP)

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