La demande de libération conditionnelle de Jean-Claude Romand rejetée par la justice

Publié le 08/02/2019 - 14:51
Mis à jour le 08/02/2019 - 16:25

La demande de libération conditionnelle de Jean-Claude Romand, condamné à la perpétuité pour avoir tué cinq personnes de sa famille en 1993, a été rejetée par le tribunal d’application des peines, a indiqué dans un communiqué le parquet de Châteauroux vendredi  8 février 2019.

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Pendant plus de 15 ans, le faux « docteur Romand », aujourd’hui âgé de 64 ans, a menti à son entourage, se faisant passer pour un médecin travaillant pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), avant d’assassiner sa famille. Condamné à la perpétuité en 1996, il est libérable depuis 2015, après avoir purgé une période de sûreté de 22 ans.

Le tribunal "a considéré qu’en dépit de son parcours d’exécution de peine satisfaisant, les éléments du projet présenté et de sa personnalité ne permettent pas, en l’état, d’assurer un juste équilibre entre le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et de la réinsertion du condamné et a donc décidé de rejeter la demande de libération conditionnelle déposée par M. Jean-Claude Romand", selon Stéphanie Aouine, procureure de la République de Châteauroux.

Lors de sa demande de libération, présentée le 20 novembre et réexaminée le 31 janvier, le ministère public avait demandé le rejet de cette requête. A l'issue de l'audience fin janvier à la prison de Saint-Maur (Indre), près de Châteauroux où M. Romand est détenu, son avocat Jean-Louis Abad s'était dit "très serein" après que l'audience "a permis de vérifier certaines petites questions et de consolider le dossier". Selon Me Abad, son client a trouvé "une structure extrêmement sérieuse et qui est prête à l'accueillir".

Mais pour Me Laure Moureu, qui représente les deux frères de Florence Romand, l'épouse assassinée, "le dossier ne permet pas d'envisager sérieusement la libération". Une première audience avait eu lieu en novembre, mais la décision avait été reportée en raison de l'apparition "de nouvelles pièces, de nature à influer sur la décision du tribunal", communiquées par l'administration pénitentiaire, avait expliqué la procureure de la République de Châteauroux Stéphanie Aouine.

La libération conditionnelle est une mesure d'aménagement de peine visant à la réinsertion et à la prévention de la récidive.

Échec et imposture

Le parcours du "docteur Romand" est celui d'une histoire hors norme qui a fasciné le public et largement inspiré cinéma et littérature ("L'adversaire" d'Emmanuel Carrère a été adapté au cinéma en 2002 par Nicole Garcia).

Fils unique studieux, Romand rate de peu son passage en troisième année de médecine, dont il dissimule l'échec. Pendant des années, il ment à son entourage. Marié et père de deux enfants, il se dit médecin, chercheur au siège de l'OMS à Genève, mais dans les faits, passe ses journées dans sa voiture, dans une cafétéria ou une bibliothèque et fait vivre sa famille en escroquant parents et amis, prétendant placer leurs économies en Suisse.

Acculé par plusieurs débiteurs dont certains découvrent son imposture, le faux médecin de 38 ans craque.Au matin du 9 janvier 1993, il tue avec un rouleau à pâtisserie sa femme qui dormait dans leur maison de Prévessin-Moëns (Ain). Puis, selon son propre récit, il demande à sa fille Caroline, sept ans, de s'allonger pour qu'il prenne sa température et lui tire dans le dos avec une carabine. De même avec son fils Antoine, cinq ans.

Il va ensuite chez ses parents à Clairvaux-les-Lacs (Jura) et les tue de plusieurs balles dans le dos. Il repart pour Paris retrouver son ancienne maîtresse et la conduit en forêt de Fontainebleau pour un prétendu dîner avec Bernard Kouchner.

Vers 23H00, il arrête la voiture, asperge la jeune femme avec une bombe lacrymogène, mais renonce à son projet d'assassinat devant ses hurlements et supplications. Il revient le lendemain à son domicile où gisent sa femme et ses enfants. Le 11 janvier, il ingère des barbituriques et incendie la maison. Quand les pompiers arrivent, ils le trouvent inconscient mais vivant.

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