Écologie, nucléaire, guerre en Ukraine, avenir de l'Europe... : un débat qui n'a pas fait de vague à Besançon

Publié le 28/05/2024 - 12:04
Mis à jour le 28/05/2024 - 15:03

EUROPÉENNES 2024 • Un débat s’est tenu lundi 27 mai 2024 à la salle Jean Zay à Besançon réunissant 10 candidats aux élections européennes ou représentants de listes et de partis politiques. Une idée portée par Jean-Philippe Allenbach, membre du parti fédéraliste, présidée par Jean-Marie Girerd, président du mouvement européen France - Franche-Comté.

Parmi les personnes présentes hier soir sur cette grande table, de gauche à droite (photo) : Christophe Lime (Parti communiste - candidat), Anthony Poulain (EELV), Valérie Jacq (La France insoumise représentant Séverine Véziès, candidate), Jean-Michel Lévêque (Parti socialiste - liste Place publique - qui remplaçait Myriam El Yassa, première secrétaire fédérale du Parti socialiste du Doubs), Eric Alauzet (Besoin d’Europe), Jean-Philippe Allenbach (Mouvement Franche-Comté - Parti fédéraliste européen, même s'il ne participe plus aux élections), Matthieu Bloch (Les Républicains - liste La droite pour entendre la voix de la France en Europe), Jacques Ricciardetti (Rassemblement national - candidat sur la liste La France revient), Fabrice Galpin (Reconquête - liste La France fière).

L’écologie, la Chine, la guerre en Ukraine et en Palestine, l’hydrogène…

Le débat s’est déroulé autour de trois thèmes. Le premier abordé était l’Europe et la transition écologique, le second portait sur les conflits en Europe et le troisième demandait la vision pour 2030 aux participants. En rapport ou non avec ces thèmes, le public a été amené à poser quelques questions et faire des commentaires plus ou moins constructifs. Parmi les sujets abordés dans le débat, ”La Chine : menace ou opportunité ?”, ”Que pensez-vous de l’hydrogène ?”.

Un focus sur l’Europe pas facile…

Au cours de cette soirée, qui aura duré de 18h20 à 20h23, certes, des sujets sur l’Europe ont été explorés, mais le national revenait toujours au galop, au grand dam de Jean-Philippe Allenbach qui tentait à chaque prise de parole de ramener les autres participants à l’Europe. Dès le sujet sur la transition énergétique, il a d’ailleurs déclaré en préambule vouloir ”élever le débat” en parlant de pouvoir d’achat et de ”missile sur la tête quand on trie nos poubelles”, sans manquer de dénoncer le coût de la transition énergétique en Europe à hauteur de 1.000 milliards d’euros, ”ce qui va réduire drastiquement le pouvoir d’achat”.

Éric Alauzet et Jean-Philippe Allenbach © Alexane Alfaro

Sur ce sujet, le nucléaire a été un gros sujet de débat : les positions étaient assez claires. Eric Alauzet et Matthieu Bloch sont pour la réouverture des centrales fermées en France, notamment pour ”passer au tout électrique” pour les voitures. Jacques Ricciardetti veut ”renforcer et redynamiser le nucléaire” pour que la France ”redevienne un eldorado énergétique”, mais se positionne contre le ”tout électrique” car "c’est la mort de l’industrie pour notre région Nord Franche-Comté".

À gauche, c’est non : ”prétendre que le nucléaire est une énergie verte, j’ai envie de dire que c’est du foutage de gueule avec des conséquences sur la faune, sur la flore et des déchets nucléaire ensevelis pendant 100.000 ans et dont on ne maitrise pas les conséquences”, a affirmé Valérie Jacq, seule femme de la tablée.

Valerie Jacq © Alexane Alfaro

Le premier pic de la soirée est arrivé au bout de 15 minutes de la part de Matthieu Bloch envers Eric Alauzet qui ”est dans la continuité de la politique de Hollande et de Macron avec du temps perdu sur le nucléaire", selon lui. Mais Alauzet n’a pas sourcillé et, dans sa prise de parole, s’est voulu ”très concret” notamment sur le ”100% de voitures et bus zéro émission de CO2 en 2035, 90% des camions en 2040”, ”15 milliard de dépenses par an” pour le bâtiment.

Matthieu Bloch © Alexane Alfaro

Les conflits en Europe, la guerre en Ukraine...

Sur la question des conflits en Europe, tous les participants se sont positionnés, sans surprise, ”pour la paix” et contre envoyer des soldats français en Ukraine, ce sur quoi Fabrice Galpin a insisté : ”La guerre, c’est une maman qui pleure son enfant, un enfant qui pleure son père. Je refuse d’envoyer vos enfants se faire tuer pour ce pays. On est contre ces guerres, je suis contre envoyer mes enfants en Russie ou en Ukraine se faire tuer.”

Eric Alauzet a posé la question : ”ce serait terrible d’envoyer nos jeunes, mais on ne sait pas comment ça va évoluer et où est la limite à un moment donné ? Si je pense que mes intérêts vitaux sont en jeu, je bouge”, a-t-il martelé.

Eric Alauzet © Alexane Alfaro

De son côté, Jean-Philippe Allenbach a posé plusieurs questions sur l’armement de l’Europe et de ses membres : ”Le problème est simple : veut-on être protéger par l’armée française ? Ou par une force européenne qui a 10 fois plus d’armement ? Ou par une armée mexicaine avec 26 pays, 26 états-major, avec une équipement standardisé ? On ne défend plus les frontières, on défend notre bloc européen. Pourquoi payer plus cher une armée moins efficace ?” 

À cette tentative de remettre l’Europe au coeur du débat, peu d’amateurs à poursuivre dans ce sens, à l’exception de Jacques Ricciardetti qui a une idée claire sur la question : ”une armée européenne est une douce et vaste utopie. À 6 états membres oui, à 27 non (…) La diplomatie européenne est inexistante.”

Jacques Ricciardetti © Alexane Alfaro

Dans ce conflit Russie-Ukraine, Anthony Poulain a déploré la découverte ”d’une partie de nos fragilités” notamment sur la question de l’énergie : ”L’UE donne deux fois plus d’argent à la Russie qu’à l’Ukraine puisqu’on est dépendant du gaz russe pour l’approvisionnement.” Selon lui, ”la paix sera garantie que si on pose la question de l’énergie.”

Anthony Poulain © Alexane Alfaro

De son côté, Valérie Jacq se dit pour ”organiser une conférence sur les frontières en Europe pour prévenir les conflits” et a rapporté les propos d’un réfugié politique russe en France rencontré dernièrement : ”la meilleure façon est de renverser Poutine et je compte sur la gauche européenne pour le faire.” Quant à Jean-Michel Lévêque, pour lui, il faut ”la seule force sera européenne” tout en affirmant que ”la guerre est chez nous, les cyberattaques existent.”

Le conflit israélo-palestinien a également été évoqué à plusieurs reprises lors des discussions.

Quelle vision pour 2030 ?

Cette troisième partie du débat a été la plus courte en raison des contraintes horaires. Les représentants ont présenté leur vision pour 2030. 

C’est Christophe Lime qui a pris la parole en premier. Pour lui, il faut ”une Europe qui soit appréciée des citoyens, elle est trop lointaine, il faut se rapprocher (…) on manque de citoyenneté sur des choses et quand on vote pour des élus européens, on ne les voit plus !”

Christophe Lime © Alexane Alfaro

Anthony Poulain a déclaré : ”L’objectif des écologistes est de construire une autre Europe. Il manque des actes. Il faut une Europe qui change les critères économiques, avec une boussole différente. Une Europe digne : on ne peut pas se satisfaire que la Méditerranée reste un cimetière, on a une obligation morale vis à vis des populations. Il faut renforcer son unité, une constituante à l’échelle de l’ensemble des pays pour remettre au centre les besoins des habitants, le parlement et la représentation auprès des citoyens. Si l’Europe est faible, notre pays sera d’autant plus faible."

Valérie Jacq espère "une Europe humaniste et fraternelle plutôt qu'une forteresse qui, avec l'agence Frontex, est responsable de milliers de morts chaque année (3.000 en Méditerranée en 2023). Une Europe qui en finisse avec le racisme et la xénophobie prônée par l'extrême droite, conformément à la devise de la France "Liberté, égalité, fraternité"'. 

Pour Jean-Michel Lévêque, il faut ”une vision sociale, de justice sociale pour vivre dignement, une vision humaniste, une vision démocratique.”

Jean-Michel Lévêque © Alexane Alfaro

Éric Alauzet a affirmé que ”pour nous, 2030 a un enjeu de souveraineté, un enjeu de prospérité et un enjeu de sécurité” avant de décliner deux des trois points cités par manque de temps. En ajoutant ”un droit fondamental homme-femme” et ”l’inscription du droit à l’avortement”.

Jean-Philippe Allenbach a déclaré : ”Ce qui m’intéresse, c’est l’avenir de l’Europe. Elle se fait insulter de toute part et se fait agresser et se fait miner de l’intérieur. L’Europe d’aujourd’hui est l’Europe des états nation. Cette Europe est un véritable désastre, parce que c’est une Europe des états nations. Les seules choses qui marchent en Europe, ce sont les choses fédérales.”

Pour Matthieu Bloch, ”On a l’impression que cette Europe est faite loin de nous. La question c’est : qu’est-ce qu’on fait de l’Europe actuelle ? (…) Il faut arrêter de se disperser et nuire comme la sauvegarde de l’ordre public, solidarité nationale, etc. Elle n’a pas vocation à se substituer, mais à permettre d’agir ensemble.”

Jacques Ricciardetti a indiqué : ”On est pour une Europe des nations, libre. Partisans d’une Europe puissante qui développe sa croissance face aux tenants du délitement. Reprendre la maîtrise des frontières, de l’économie et du creuset culturel. On est pour le juste échange contre le libre échange. Contre une Europe passoire pour la sécurité des peuples. Pour que la France redevienne un paradis énergétique, pour redonner la voix aux peuples.”

Enfin, Fabrice Galpin a terminé le débat par ces mots : ”J’ai une vision de l’Europe très ancrée nationaliste, patriote, et surtout qui va de l’avant. (…) Je souhaite que la France retrouve sa boussole, son cap et qu’elle aille vers l’avenir. Et la submersion islamique aujourd’hui grâce à l’Europe, je souhaite que cela s’arrête.”

Jacques Ricciardetti (RN) et Fabrice Galpin (Reconquête) © Alexane Alfaro

Le débat autour de la table s’est terminé à 20h23, mais s’est poursuivi très calmement et rapidement de manière informelle autour d’un verre dans la salle.

Politique

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