Greffes de moelles osseuses : l'EFS autorisé à produire un médicament innovant

Publié le 03/05/2016 - 12:05
Mis à jour le 15/04/2019 - 16:53

À Besançon, des chercheurs de l’EFS (établissement français du sang) de Bourgogne Franche-Comté ont obtenu le 16 mars 2016 une autorisation de production pour un Médicament de Thérapie Innovante (MTI) : le « Side by CIDe » est un protocole d’immunothérapie anti-tumorale qui a pour vocation d’améliorer la vie des patients greffés de moelle osseuse. Ce médicament qui vise à rééduquer le système immunitaire pourra être produit dès cet automne dans la nouvelle salle blanche. Un grand pas pour l’immunothérapie anti-tumorale.

recherche

"C’est une grande nouvelle pour le monde scientifique et médical" se réjouit l’EFS Bourgogne Franche-Comté qui parle d'une véritable "révolution" pour la tolérance de la greffe. Le nouveau protocole,  is au point sur la nouvelle plateforme de production de médicaments de thérapie innovante (MTI) inaugurée à l'automne dernier, devrait éviter les complications survenant lors de greffes de moelle osseuse. Le 16 mars 2016, l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) a donné son accord pour sa production. Les patients des services d’hématologie du CHU de Besançon pourront d’ici quelques mois bénéficier de ces nouveaux protocoles. Pour l'EFS, cette autorisation est une porte ouverte pour toutes les autres unités de recherche qui travaillent dans le domaine de l’immunothérapie anti-tumorale.

Améliorer la vie des patients greffés de moelle osseuse 

Les malades devant subir une greffe de moelle osseuse peuvent développer une complication sévère : GvHD (Graft versus Host Disease, maladie du greffon contre l’hôte). Les patients en guérissent souvent, mais au prix de nombreux traitements lourds et effets secondaires associés. "C’est justement ces complications et souffrances que l’équipe souhaitait éviter et elle y est parvenue !"

Le Side by CIDe est le  nom du nouveau médicament (Suicide T Cell gene therapy by using an Chemical Inducer of Dimerization of iCaspase-9). Il a été mis au point par une équipe de recherche  reconnue dans le  monde entier sur l’immunothérapie anti-tumorale (UMR 1098 : Unité mixte de Recherche EFS INSERM et Université Bourgogne Franche-Comté) et grâce au partenariat entre le laboratoire académique américain et la société pharmaceutique. C'est surtout l’aboutissement de plus de 10 ans de recherche, de deux ans de travaux précliniques et deux ans de constitution des dossiers réglementaires.

Rééduquer le système immunitaire

Lors d'une greffe de moelle osseuse, on réinjecte au receveur une partie de la moelle du donneur afin de pour remplacer et reproduire toutes les cellules sanguines du malade. Dans le même temps, sont réinjectées également des cellules du système immunitaire, cellules matures ou immunocompétentes, qui vont réagir. Selon l’effet recherché, ces cellules vont attaquer les cellules malades ou leucémiques (GvL : Graft versus Leukemia). Or, elles peuvent aussi dans certains cas s’attaquer aux cellules saines. Le greffon attaque l’hôte et provoque des complications très graves, parfois mortelles : c'est la maladie de GvH (Graft versus Host).

 Un gêne "suicide" 

Pour l'éviter, il faut maitriser le processus avec une sorte d'interrupteur On/Off. "Tant que les cellules réintroduites dans le patient luttent contre la maladie résiduelle, on laisse le bouton sur ON et dès que l’on observe des signes d’une GvH, alors on appuie sur le bouton OFF" explique le Dr Marina Deschamps, chercheur en thérapie cellulaire et génique. "Pour cela, on injecte une petite molécule mise au point et fournie par la société pharmaceutique américaine Bellicum Pharmaceuticals, AP1903 ou CIDe, qui va alors donner l’ordre aux cellules de se suicider…"

Grâce à toute l’expérience et les connaissances acquises dans le domaine des manipulations géniques des cellules T,  le Dr Christophe Ferrand, responsable du laboratoire d’onco hématologie moléculaire, explique qu'il fallait contrôler ce gêne. "C’est le cas désormais avec ce nouveau gêne suicide qui a été développé: le iCaspace9, plus efficace et plus rapide. Celui-ci, associé à la molécule chimique AP1903, permettra de contrôler la cellule médicament génétiquement modifiée".

Info + : De Besançon à Houston 

L’UMR 1098 (Unité mixte de Recherche EFS INSERM et Université Bourgogne Franche-Comté) est rattaché à l'EFS. Philippe Saas dirige cette équipe de recherche composée du Dr Christophe Ferrand - responsable du laboratoire d’onco hématologie moléculaire, chercheur EFS - et du Dr Marina Deschamps, chercheur en thérapie cellulaire et génique 

Side by CIDe fait suite au premier protocole clinique "TKO"  initié en 1998 par le Pr Pierre Tiberghien qui a suivi en post-greffe des patients sur plus de 10 ans post-greffe. Avec la volonté d’amoindrir les aspects négatifs des traitements, Marina Deschamps et Christophe Ferrand ont multiplié les contacts avec d’éminentes équipes, de renommée mondiale, notamment celles du Docteur Malcolm Brenner de Houston.

Découvrez ci-dessous la vidéo de l'EFS Bourgogne Franche-Comté sur les MTI : Médicaments de Thérapie Innovante

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