Les médecins libéraux et hospitaliers reprennent la grève en Bourgogne Franche-Comté

Publié le 14/02/2023 - 09:32
Mis à jour le 14/02/2023 - 09:36

Pour la première fois, les médecins libéraux, leurs syndicats, le Conseil national de l’ordre des médecins, des praticiens hospitaliers, sont en grève ce mardi 14 février pour exprimer leur épuisement, la perte de sens professionnel et pour réclamer des hausses de tarifs et s’opposer à une proposition de loi examinée au Sénat. C'est le cas en France, y compris en Bourgogne-Franche-Comté.

Pourquoi cette mobilisation unitaire et sans précédent ? Actuellement débattue au Sénat, la proposition de loi "portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé" tend à brouiller les périmètres des métiers et des domaines de compétence de chacun, selon les professionnels de santé.

Quelques exemples :

Ils expliquent que "les infirmiers de pratique avancée seraient demain habilités à prescrire « des prescriptions de produits de santé et de prestations soumises à prescription médicale obligatoire », définition on ne peut plus flou, qui plus est, à condition de le mentionner dans le dossier médical partagé. Il n’y a aucune garantie que l’information parvienne au médecin traitant et cette nouveauté oublie les messageries sécurisées et autres outils de communication, au cœur d’une coordination d’exercice responsable" ;

Autre exemple : "les masseurs-kinésithérapeutes devraient demain prendre en charge en priorité des patients atteints d’une affection longue durée. Cela aggraverait ainsi les prises en charge requises lors des sorties d’hospitalisation, notamment dans le cadre de la réduction des durées de séjour chirurgicaux par la récupération optimisée après chirurgie et la chirurgie ambulatoire."

"La place centrale du médecin traitant et la sécurité remises en cause"

A travers toutes ces mesures, "c’est bien la place centrale du médecin traitant et la sécurité des prises en charge de second recours en établissement qui sont remises en cause", selon les syndicats. Et d'ajouter : "La pertinence des actes, l’efficience des parcours de santé, la sécurité des prises en charge et l’optimisation de nos capacités hospitalières, publiques et privées, s’en trouveront encore plus altérées."

Les professionnels de santé admettent que "les enjeux démographiques des médecins, mais aussi des masseurs kinésithérapeutes, et des infirmiers selon les projections récentes, incitent effectivement à renforcer les organisations territoriales", cependant, "ces dernières ne seront néanmoins efficientes qu’à la condition d’être ouverte à tous les professionnels de santé, dans le respect de leurs modes organisationnels d’exercice et de la responsabilité de chacun."

Selon les syndicats, "ignorer la place et le rôle des Unions Régionales de Professionnels de Santé dans l’accompagnement, le conseil, parfois l’ingénierie de ces organisations témoigne de la méconnaissance du Code de la Santé Publique des rédacteurs de certaines propositions de loi. Rappelons que les URPS, seules instances représentatives des professionnels de santé libéraux, quel que soit leur mode d’exercice, se voient confier par la loi des missions dans l’organisation des soins et la réponse aux crises sanitaires, dont la mise en place est devenue un attendu conventionnel des communautés professionnels territoriales de santé et autres structures d’exercice coordonné."

"C’est charger un peu plus la barque de professionnels"

D’autres propositions de loi, comme celle "contre les déserts médicaux, d’initiative transpartisane", portent "de façon persévérante, la coercition à l’installation, sur la base d’une approche démographique basée uniquement sur la densité de médecins … C’est méconnaitre les effets délétères d’un zonage médecin, pourtant plus fin : les patients se tournent naturellement vers les autres structures lors du départ de leur médecin, induisant une charge supplémentaire, parfois des dynamiques d’installation non accompagnés si lesdites structures sont en « zone blanche » définie par le Ministère", soulignent les syndicats. "Au-delà, c’est méconnaitre l’importance d’un projet professionnel construit, avec ses implications familiales, et ses enjeux de pérennité. C’est charger un peu plus la barque de professionnels de plus en plus rares à franchir le pas de l’installation, et de l’engagement au profit de la population locale !"

Pour les professionnels en grève, "au lieu de trouver des solutions pour améliorer l'accès aux soins des patients, ces propositions de loi vont créer des tensions entre les professionnels de santé sur les territoires, accentuer les appréhensions à l’installation, renforcer le sentiment de défiance et d’hyperadministration d’une activité médicale reposant pourtant sur les notions d’indépendance et d’engagement."

Les élus de l’URPS ML BFC appellent à manifester massivement ce mardi.

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