La mobilisation se veut nationale, mais Alliance Police Nationale entend également faire entendre les difficultés rencontrées dans le Doubs. Selon Emmanuel Pin, plusieurs actions ont déjà été menées depuis près d’un an et la réunion du 4 septembre avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez n’aurait, selon le syndicat, apporté aucune avancée sur ses principales demandes.
Alliance réclame notamment une hausse de l’Indemnité de sujétion spéciale police à 35 % du salaire brut, la finalisation des mesures du protocole de 2022, une revalorisation du statut des personnels scientifiques et un rattrapage pour les agents exclus de la prime voie publique et de la prime investigation. Le syndicat dénonce également les effets de la réforme des carrières, notamment la suppression du grade de brigadier, qui aurait pénalisé financièrement certains agents.
Des moyens humains jugés insuffisants
Dans le Doubs, le manque de personnels concernerait, selon Emmanuel Pin, la voie publique, mais aussi l’investigation et la Police aux frontières. Sur l'ensemble du Doubs, "il manque une cinquantaine de policiers nationaux". Le centre de réception des appels au 17 est particulièrement cité. Les appels des circonscriptions de Besançon, Montbéliard et Vesoul sont centralisés à Besançon. Emmanuel Pin affirme que cet été, le manque d’agents a été tel qu’il a fallu rappeler des fonctionnaires pour éviter que les appels ne restent sans réponse. ”Concrètement, on va dans le mur”, estime-t-il.
Le syndicaliste alerte également sur les effectifs de l’investigation : ”Même la brigade criminelle manque d’effectifs !”, s'insurge-t-il. À cela s’ajoute, selon lui, un problème de locaux. Le commissariat de Besançon, par exemple, construit dans les années 80, serait devenu trop exigu au regard de l’évolution de la population et des effectifs. Des Algeco installés dans la cour servent notamment de vestiaires depuis plusieurs années.
Un stand de tir fermé depuis quatre ans, des dépenses "à fond perdu"
Les moyens matériels constituent un autre point de crispation. Le stand de tir utilisé gratuitement par les policiers du Doubs est fermé depuis près de quatre ans en raison de sa vétusté. Les agents s’entraînent désormais dans des stands privés, en plein air, quelle que soit la météo. ”Ça coûte une fortune à l’administration et au lieu de mettre de l’argent dans la réhabilitation de l’ancien stand de tir, elle paie à fond perdu”, dénonce Emmanuel Pin.
Les entraînements ont lieu trois fois par an, avec 30 cartouches par agent et une vingtaine de participants lorsque les conditions le permettent. Chaque demi-journée coûte environ 200 euros à l’État. ”Ce ne sont pas des conditions optimales d’entraînement”, estime le responsable syndical, qui souligne que les agents peuvent travailler volontairement dans l’obscurité ou avec des bruits lorsque les exercices le nécessitent, mais pas dépendre des conditions météorologiques.
Alliance pointe également l’absence de chenil adapté pour la brigade canine de Montbéliard qui requièrt un chenil "digne de ce nom", mais que le ministère "est incapable de lui fournir bien que le sujet soit connu depuis plusieurs années."
Une "violence institutionnelle” dénoncée
Pour Emmanuel Pin, les difficultés matérielles et humaines ont aussi des conséquences sur la santé des policiers. Il évoque des agents en "grande souffrance psychologique" et "des arrêts maladie réguliers", mais estime que les réformes ayant durci les conditions d’indemnisation peuvent conduire certains fonctionnaires à repousser leur arrêt maladie jusqu’à l’épuisement.
Il distingue la violence à laquelle les policiers sont confrontés dans leur métier de celle qu’il qualifie de ”violence institutionnelle”. ”Quand on décide de faire ce métier, on sait qu'on va être confronté à des violences extérieures, à la mort, à la souffrance, à la délinquance, ça fait partie du métier. Ce à quoi tu n’es pas préparé, c’est la violence institutionnelle”, nous explique-t-il, évoquant le manque de moyens, la pression hiérarchique et le management fondé, selon lui, sur les statistiques et les indicateurs, davantage que sur l'humain.
Un recrutement en berne
Emmanuel Pin s’inquiète enfin de l’attractivité du métier. Selon lui, les difficultés rencontrées par les policiers, largement relayées sur les réseaux sociaux, découragent certains candidats. Le nombre de postulants serait insuffisant et leur niveau ”pas toujours au rendez-vous”, précise-t-il.
Le recours à la réserve opérationnelle constitue une réponse partielle, selon lui : ”Elle vient en appui, elle vient en complément mais elle peut pas se substituer à des policiers pour l’expérience.”
"On n’a pas le droit de lâcher"
Pour Alliance Police Nationale, la manifestation du 15 septembre ne devrait donc pas être sans lendemain. ”On n’a pas le droit de lâcher. Pour nos collègues, on n’a pas le droit de lâcher”, affirme Emmanuel Pin.
Le syndicaliste insiste par ailleurs sur le caractère républicain de son organisation, alors que la question de la sécurité devrait occuper une place importante dans les prochains débats politiques, quand le Rassemblement national fait souvent "les yeux doux" aux forces de sécurité : ”Nous, on est profondément républicains. C’est-à-dire que nous, on est au service de la République et tous les Français. Ce n'est pas le RN, LFI ou tout autre parti, extrême ou pas, qui vont piloter notre action au quotidien. Et c’est pas parce que le RN fait les yeux doux, qu’on votera pour eux, ce n'est pas vrai." De plus, Emmanuel Pin ajoute : "Alors évidemment, comme dans tous les métiers, tu peux avoir des brebis galeuses, et ces brebis galeuses-là on est les premiers à faire en sorte qu'elles ne restent pas chez nous, elles n'ont rien à faire chez nous."
Plus de 50 policiers du Doubs sont ainsi attendus à Paris le 15 septembre pour réclamer davantage de moyens humains et matériels et des garanties sur les engagements pris par l’État.


