Dans un contexte politique qu’elle juge de plus en plus fragmenté, l’élue entend poursuivre son travail parlementaire tout en renforçant sa présence sur le terrain.
Un budget 2027 au centre de la rentrée
La session parlementaire devrait être largement dominée par l’examen du budget. Dominique Voynet estime que cette séquence pourrait occuper "un mois et demi ou deux mois", entre l’examen à l’Assemblée nationale, le passage au Sénat et l’éventuelle navette parlementaire. À ce stade, elle dit surtout s’inquiéter de l’absence de prise en compte des conséquences de l’été 2026 dans les orientations gouvernementales.
"On ne connaît pas les équilibres globaux du budget", rappelle-t-elle, tout en regrettant que le courrier adressé aux parlementaires par le Premier ministre ne dise "pas un mot de l’été qu’on vient de vivre, et de la façon dont ça peut impacter ou non ces choix budgétaires".
Pour la députée, la question n’est pas seulement celle du niveau de la dépense publique, mais de son utilisation. "La dépense publique, elle n’a pas le même sens selon qu’on est dans des budgets de reconduction pour faire vivre les intérêts acquis et servir des rentes, etc. Ou bien selon qu’on investit pour préparer l’avenir", déclare-t-elle. Elle annonce ainsi que son groupe défendra des amendements consacrés notamment à l’adaptation au changement climatique, au logement, aux transports et à l’agriculture.
Dominique Voynet souhaite également revoir le système des aides aux entreprises. Elle ne demande pas leur suppression, mais un examen de leur efficacité : "On n’est pas en train de dire qu’il faut les supprimer. On est en train de dire qu’il faut balayer pour voir qu’est-ce qui est utile et qui contribue effectivement à conserver la compétitivité de la France, l’efficacité de ses secteurs économiques et l’emploi et la formation des employés."
Elle défend enfin une contribution accrue des ménages les plus fortunés. "Je ne suis pas dans l’idée simplement « faisons payer les riches », ce n’est pas un slogan" , précise-t-elle, avant de plaider pour une contribution des plus hauts patrimoines aux dépenses nécessaires à l’adaptation du pays.
Éducation : "On est en train de vivre" une crise
La députée place également l’Éducation nationale parmi ses priorités. Elle s’inquiète notamment de la perspective de suppressions de postes alors que la démographie scolaire commence à évoluer à la baisse. "On devrait en profiter pour réduire les effectifs et pour améliorer la situation d’élèves en difficulté", estime-t-elle.
Dominique Voynet cite notamment la situation des classes Ulis et évoque un établissement bisontine, au lycée Condé, où une enseignante se retrouverait avec une trentaine d’élèves, alors que les effectifs prévus sont de dix élèves.
Au-delà des questions d’effectifs, elle souligne les conséquences psychologiques de la crise sanitaire et les difficultés liées aux réseaux sociaux et aux téléphones portables.
Santé et grand âge : "On n’est pas du tout préparés"
Même constat d’inquiétude dans le domaine sanitaire. Dominique Voynet insiste sur la santé mentale, mais aussi sur le vieillissement de la population, les maladies chroniques et la dépendance. Selon elle, "on n’est pas du tout préparé, on n’a pas fait les choix budgétaires qui aident à se préparer à la situation dans laquelle on est maintenant."
Elle alerte également sur les conséquences à long terme de certaines maladies, notamment les cancers. Une guérison ne signifie pas nécessairement un retour à la situation antérieure, estime-t-elle, en évoquant les séquelles, les parcours professionnels et les relations sociales.
La députée critique par ailleurs la situation du secteur du grand âge : "le secteur, il est toujours sinistré." Elle cite les difficultés des Ehpad, mais également celles de l’aide à domicile, confrontée aux difficultés financières des départements.
Eau : "Il faut qu’on lance des assises de l’eau"
L’été particulièrement chaud a également replacé la question de l’eau au centre de ses préoccupations. Dominique Voynet souhaite dépasser le débat sur les seules retenues agricoles et réfléchir à la répartition d’une ressource devenue plus rare.
"L’eau, ce n’est pas seulement un stock d’une matière qu’on va utiliser, soit pour de l’agriculture, soit pour de l’industrie, soit pour boire. C’est aussi indispensable à la vitalité des territoires et à la vie des écosystèmes", assure-t-elle, et plaide donc pour "des assises de l’eau permettant d’arbitrer entre des usages et à l’échelle de territoire".
La députée n’exclut pas toutes les formes de retenues d’eau, mais critique les dispositifs qui pourraient, selon elle, bénéficier à un nombre limité d’agriculteurs. Elle souhaite surtout que les décisions soient prises à l’échelle des territoires et tiennent compte de l’ensemble des usages.
La question de la qualité de l’eau constitue également, à ses yeux, un enjeu majeur :
"Je pense qu’il faut qu’on soit attentif aussi à la qualité de cette eau. Et moi, je suis fatiguée de voir qu’on dépense toujours beaucoup plus d’argent pour dépolluer ou réparer les dégâts que pour prévenir la pollution."
Agriculture : accompagner plutôt que reconduire
Sur l’agriculture, Dominique Voynet défend une évolution du modèle. Elle refuse que les aides publiques servent simplement à maintenir les pratiques existantes : "On ne peut pas juste subventionner l’agriculture pour continuer à faire ce qu’on a toujours fait."
La députée insiste sur la nécessité de travailler avec les agriculteurs, notamment dans le Haut-Doubs et autour de la filière comté, confrontée elle aussi aux tensions sur la ressource en eau. Elle déclare : "On ne fera pas sans les agriculteurs, on a besoin d’eux." Pour elle, la transition doit permettre de maintenir l’activité et la valeur ajoutée sur les territoires tout en adaptant les pratiques aux nouvelles contraintes climatiques.

Une "grande écoute" pour rester au contact du territoire
Dominique Voynet entend poursuivre cette année sa démarche baptisée "grande écoute". Le principe consiste à rencontrer les élus locaux dans les communes, avant d'ouvrir les échanges aux habitants. "C’est très intéressant parce qu’il n’y a pas d’enjeu de pouvoir, il n’y a pas de dossier particulier. Donc les gens abordent les dossiers qui les intéressent", rapporte-t-elle.
Des rencontres sont prévues notamment à Ornans et Bouclans, ainsi que dans plusieurs quartiers de Besançon. Cette démarche accompagne un travail plus classique de suivi des dossiers locaux. La députée cite notamment son implication autour du projet de desserte ferroviaire du Haut-de-Chazal (même si ça ne fait pas partie de sa circonscription), de la circulation des poids lourds sur la RN83 et de la papeterie de Novillars.
Elle revendique plus largement l’intérêt des déplacements de terrain, notamment auprès des entreprises et des exploitations agricoles.
"Se comprendre est devenu difficile"
La députée porte également un regard critique sur le fonctionnement actuel du débat politique. Elle estime que les prises de parole parlementaires sont trop souvent pensées pour les réseaux sociaux plutôt que pour convaincre. "On ne prend plus la parole pour convaincre, ou pour faire évoluer une position de ces interlocuteurs, on prend la parole pour faire une petite bobine de deux minutes qu’on met sur les réseaux sociaux. Et ça, je trouve ça insupportable."
Cette difficulté ne concernerait pas seulement les élus. Dominique Voynet constate également une défiance plus générale et un affaiblissement des lieux traditionnels de débat : "Où sont les lieux où on discute ? Les syndicats sont en difficulté, les associations peinent à recruter des bénévoles, les partis sont en difficulté..."
Pour la députée, la citation qu’elle avait choisi de mettre en exergue sur son document de bilan, "Se comprendre est devenu difficile", résume cette situation : "Même avec la population, c’est devenu difficile."
Le RN, "une préoccupation constante"
La montée du Rassemblement national constitue l’une de ses principales inquiétudes politiques. Dominique Voynet estime que le RN pourrait obtenir quelques sièges lors des élections sénatoriales, tout en considérant que le Sénat devrait rester majoritairement à droite. Mais elle regarde surtout vers la présidentielle de 2027 : "Je suis préoccupée évidemment par non seulement le fait que le RN consolide ses positions, qui est à risque de l'élection d’une présidente RN l’année prochaine et de constitution d’une majorité qui lui donnerait les coudées franches."
Elle observe également une évolution des équilibres politiques à l’Assemblée nationale et estime que les frontières entre certaines formations de droite et le RN se sont atténuées sur plusieurs textes. Cette inquiétude a pesé dans son choix de soutenir la liste d’Arnaud Marthey aux sénatoriales. Pour elle, l’union entre formations de gauche demeure nécessaire malgré les divergences.
Un avenir électoral encore ouvert
Interrogée sur une éventuelle candidature à un nouveau mandat de députée, Dominique Voynet ne tranche pas : "Je n’ai pas pris mon choix définitif." Elle explique vouloir d’abord consulter sa famille puis les militants écologistes. L’élue insiste sur sa conception des mandats politiques : "Je n’ai jamais pensé qu’on était là à vie."
À quelques mois de la présidentielle, Dominique Voynet entend donc rester sur deux terrains à la fois : celui de l’Assemblée, où le budget devrait concentrer l’essentiel des débats, et celui du Doubs, avec la poursuite de sa "grande écoute". Une manière, aussi, de préparer une année politique qu’elle juge particulièrement incertaine.


