Pont de la République à Besançon : les Écologistes veulent contrer le retour des voitures par les chiffres

Publié le 08/09/2026 - 10:00
Mis à jour le 08/09/2026 - 10:52

Réunis mardi 8 septembre 2026 au matin sur le pont de la République, des élus du groupe d’opposition Les Écologistes et militants ont procédé à un comptage des cyclistes et des piétons en heure de pointe matinale. Leur objectif : documenter la fréquentation de cet ouvrage réservé aux modes doux et au tramway depuis février 2022 et demander à la municipalité de rendre publiques les données dont elle dispose, Ludovic Fagaut ayant promis lors de sa campagne qu'il allait le rouvrir aux voitures.

À 8 heures, ce mardi, plusieurs conseillers municipaux écologistes et militants se sont retrouvés sur le pont de la République pour compter les cyclistes et les piétons circulant sur l’ouvrage. Une opération destinée, selon Anthony Poulin, conseiller municipal et chef du groupe d’opposition Les Écologistes, à "objectiver les choses".

Le pont de la République est réservé aux tramways, aux cyclistes et aux piétons depuis le 14 février 2022, sous le mandat d’Anne Vignot. Le maire actuel, Ludovic Fagaut, a fait de sa réouverture à la circulation automobile l'une de ses promesses de campagne. Peu après son élection en mars dernier, des comptages ont par ailleurs été réalisés dans le secteur du pont de la République, de l’avenue Fontaine-Argent et de l’avenue d’Helvétie, mais les élus écologistes indiquent ne pas avoir eu accès à ces données.

"Combien il y a de cyclistes et de piétons en heure de pointe ?"

Pour Anthony Poulin, les comptages réalisés mardi matin et en fin d'après-midi doivent permettre de rendre plus visible une fréquentation qui, selon lui, est parfois "sous-estimée". L’élu indique que les usages du pont sont difficiles à apprécier depuis une voiture. "La plupart du temps, on ne les voit pas, on dit que ce n'est que quelques-uns par jour", explique-t-il, avant d’avancer des chiffres issus de précédents comptages : "On avait déjà des chiffres qui nous montraient qu'on était à 1200-1500 cyclistes et piétons par jour sur le pont."

Les Écologistes prévoient de renouveler les comptages avant de communiquer les résultats à la municipalité.

Anthony Poulin, conseiller municipal et chef du groupe d'opposition Les Écologistes à Besançon. © Alexane Alfaro

Des données municipales que l’opposition demande à consulter

Le groupe d’opposition souhaite également obtenir les résultats des comptages réalisés par les services municipaux au printemps dernier. Anthony Poulin affirme ne pas soupçonner de manipulation des chiffres, "c'est juste qu'on n'a pas encore eu accès à ces chiffres." Selon lui, l’enjeu est désormais de faire entrer ces données dans le débat public. Dans un courrier adressé à la mairie, les élus doivent notamment demander la communication des études et des scénarios envisagés concernant l’avenir du pont.

Anthony Poulin estime également que des données disponibles sur d’autres itinéraires cyclables doivent être prises en compte. Il cite notamment la rue Midol, où il évoque "à peu près 700 cyclistes jour qui passent sur cette piste cyclable". L’objectif est d’obtenir "l'ensemble de ces données, qu'elles soient le plus publiques possible" afin d’alimenter un débat sur la place du vélo et des piétons à Besançon.

Pour le maintien du pont sans voiture

Le groupe d’opposition assume une position claire : le pont doit conserver son fonctionnement actuel. Anthony Poulin rappelle qu’avant la transformation du pont, les comptages réalisés par les élus écologistes faisaient état d’environ 700 cyclistes et piétons sur les mêmes plages horaires. "En un an, on était passé de 700 cyclistes et piétons à 1200, 1300", affirme-t-il. Pour l’élu, cette évolution montre que les aménagements peuvent modifier les pratiques de déplacement.

La question de la sécurité constitue également l’un des principaux arguments avancés contre une réouverture automobile. Anthony Poulin souligne notamment l’augmentation de la fréquence des tramways et les risques de confrontation entre les différents modes de déplacement. Pour lui, les solutions consistant à partager davantage l’espace disponible seraient difficiles à mettre en œuvre. Il évoque notamment l’hypothèse de réserver l’un des trottoirs aux cyclistes ou aux piétons : "la largeur du trottoir ici ne permet pas à des cyclistes de se croiser en toute sécurité". Il juge donc que "l'espace sécurisé pour les cyclistes et les piétons, c'est le pont de la République".

© Alexane Alfaro

Un impact limité sur les bouchons, selon l’opposition

Au-delà de la sécurité, Les Écologistes contestent l’idée selon laquelle le retour des voitures sur le pont permettrait de réduire significativement les embouteillages. Anthony Poulin affirme que les études de mobilité montrent plutôt que la réouverture pourrait générer davantage de trafic sans résoudre les points de congestion situés en aval. Il cite notamment le secteur du pont de Bregille, qu’il présente comme un point de saturation important pour la sortie de Besançon. Selon lui, ajouter du trafic sur le pont de la République risquerait surtout de "déplacer ou d’accentuer les difficultés de circulation".

L’opposition met également en avant des données antérieures relatives aux temps de trajet. Anthony Poulin évoque "très peu d'impact, en réalité, de manière objective, lorsqu'on regarde les données GPS, sur les bouchons à une minute, une minute trente près, maximum deux minutes".

Une opposition au retour des voitures, mais pas au débat

Anthony Poulin affirme être favorable à une discussion avec la nouvelle municipalité, mais à condition que celle-ci repose sur des données partagées : "Moi, je suis ouvert à toutes les discussions." Il reproche toutefois au maire de partir, sur plusieurs sujets, d’une position déjà arrêtée. "Le préalable d'une discussion, ce n'est pas de dire « Nous ferons absolument différemment de ce que vous faites »", estime-t-il.

Pour l’élu écologiste, le débat doit donc commencer par l’examen des données disponibles plutôt que par une décision de principe. Les Écologistes demandent ainsi que les études et scénarios concernant le pont soient présentés et débattus dans les instances municipales et métropolitaines.

Anthony Poulin déplore qu’aucun débat formel n’ait, selon lui, été organisé depuis le début du nouveau mandat sur l’avenir du pont de la République, "ni en commission à la ville ni en conseil municipal". Le groupe d’opposition souhaite donc que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour : "On ne peut pas se permettre de faire le retour de la voiture sur ce pont en catimini", affirme l’élu.

Les comptages réalisés mardi doivent se poursuivre dans la journée et lors d’une ou deux autres journées de la semaine. Les Écologistes prévoient ensuite de communiquer leurs résultats à la municipalité.

Ce mardi matin, suite au premier comptage de la journée, faisant état, entre 07h00 et 09h00, de "290 vélos et trottinettes ainsi que 495 piétons entrant au centre-ville, et 82 vélos et trottinettes ainsi que 187 et piétons sortant", la position du groupe écologiste reste inchangée : le pont de la République doit rester dédié aux cyclistes, aux piétons et aux tramways. Les élus disent néanmoins vouloir participer à une discussion sur l’évolution des déplacements à Besançon, à condition qu’elle s’appuie sur des données accessibles et contradictoires.

Pour Anthony Poulin, l’enjeu dépasse ainsi le seul devenir du pont de la République : il s’agit aussi de déterminer la place accordée aux différents modes de transport dans la ville. "C'est la sécurité des cyclistes et des piétons qui est en jeu", résume-t-il.

© Alexane Alfaro

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