Variant brésilien : quelle est la situation en Bourgogne-Franche-Comté ?

Publié le 14/04/2021 - 12:08
Mis à jour le 14/04/2021 - 14:27

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La présence des variants Sud-Africain et Brésilien n'explose pas en Bourgogne-Franche-Comté et serait même en diminution depuis un mois avec d'importantes disparités selon les départements. C'est dans le Doubs que l'on dénombre le plus de cas (7,2%) devant la Haute-Saône et la Saône-et-Loire. Rien à voir toutefois avec la Moselle fin février où le variant brésilien était responsable de la moitié des cas de contamination. On vous dit tout ce que l'on sait sur ce variant.

 © Polina T CC0
© Polina T CC0

Plus contagieux, plus sévère, ce variant qui a émergé en décembre dans la région de Manaus (en Amazonie), connu sous le nom de « P1 », préoccupe surtout en raison de sa résistance aux vaccins contre le Covid-19.

Les scientifiques parlent d’« échappement immunitaire »: « Alors qu’on sait que la vaccination marche très bien sur le mutant anglais, on voit une perte de protection avec les variants brésilien et Sud-Africain », explique dans Le Parisien le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique.

Le variant "brésilien" du coronavirus, à ce jour très minoritaire en France, inquiète néanmoins les médecins comme le gouvernement, qui vient de suspendre "jusqu'à nouvel ordre" tous les vols avec le Brésil.

Au niveau national, la souche dite "classique" ne représente plus que 5,5 % des cas pour 7,7 % pour des cas indéterminés.  Le variant britannique (B.1.1.7), représente près de 83 % des cas contre 4 % pour le Sud-Africain (B.1.351) et Brésilien (P1) confondus.

Ces deux souches sont porteuses d'une même mutation, E484K, suspectée d'amoindrir l'immunité acquise par une infection passée (avec donc une possibilité accrue de réinfection) ou par les vaccins. Il y a donc besoin d'un plus grand nombre d’anticorps pour lui résister.

Peu de données sont encore disponibles sur le variant brésilien, mais plusieurs études in vitro sur le Sud-Africain démontrent ce risque.

Efficacité des vaccins ?

C'est ce qui a poussé la Haute autorité de santé à recommander "l'utilisation exclusive des vaccins à ARN messager" (Pfizer/BioNTech et Moderna), jugés plus efficaces, en Guyane, à Mayotte et à La Réunion, où ces variants représentaient 85%, 83% et 65% des nouveaux cas la semaine dernière, selon Santé publique France.

Mais une première étude "en vie réelle" menée en Israël, publiée samedi, mais pas encore évaluée par des pairs, montre que le variant sud-africain est également capable de "franchir" les défenses du vaccin Pfizer/BioNTech.

En France métropolitaine, ces variants "sont là à bas bruit, mais ne deviennent pas dominants", explique  l'épidémiologiste Dominique Costagliola.

L'expérience de la Moselle, où le variant sud-africain était responsable de la moitié des contaminations fin février avant de régresser à un quart (27%) la semaine dernière, "laisse entendre que pour l'instant, c'est le variant anglais qui prend le dessus", ajoute-t-elle.

Cet équilibre peut toutefois se renverser, avertissent des médecins.

"Chaque fois qu'on laisse l'épidémie prendre de l'ampleur, on étend les capacités du virus à se répliquer", ce qui favorise l'émergence de nouveaux variants, avertit Bruno Lina.

Ces peurs sont justifiées, parce que le variant P1 est vraiment plus contagieux et il s’est répandu à grande vitesse au Brésil, qui est un pays immense, où la pandémie est totalement hors de contrôle indique Natalia Pasternak, microbiologiste et directrice de l’Institut Questoes de Ciencia (Questions de science). Pour éviter la circulation de ces variants, “l’idéal serait qu’on puisse allier confinement et vaccination de masse, comme au Royaume-Uni ou en Israël”,

Pour Jesem Orellana, chercheur de l’institut Fiocruz ,  le Brésil est devenu un laboratoire à variants à ciel ouvert”.

La circulation effrénée du virus a entraîné d’autres mutations, avec l’apparition d’autres variants originaires de la même souche, comme le P2, circulant notamment à Rio de Janeiro (sud-est), ou le P4, apparu récemment dans la région de Belo Horizonte, dans l’Etat voisin de Minas Gerais.

Covid-19 : les variants en Bourgogne-Franche-Comté

Le variant Britannique reste majoritaire (83%) dans la région.

En Bourgogne-Franche-Comté , le pourcentage de suspicion de variant ZA + BZ était de 2,5 % mi-février, 4 % début mars et 7 % mi-mars et pour redescendre ) 5 % début avril puis 4 %, mais avec des contrastes selon les départements (voir tableau complet sur la situation Covid-19 en Bourgogne-Franche-Comté ci-dessous)

Aujourd'hui, ils seraient (presque) absents dans le Territoire de Belfort, le Jura et la Saône-et-Loire, mais c'est dans le Doubs que leur part est la plus importante à 7,2 % devant la Haute-Saône (6,8 %) et l'Yonne (6,7%)

Un variant plus mortel ?

Aucune étude concluante n’a encore été publiée pour attester que le variant P1 serait plus mortel.

Dans des études préliminaires, Jesem Orellana a constaté que le P1 n’avait pas entraîné un taux de mortalité supérieur chez les patients hospitalisés à Manaus, par rapport au pic de la première vague, en avril 2020.

Cela va dans le sens de deux études publiées mardi affirmant que le variant “britannique” du coronavirus n’entraîne pas plus de formes graves de Covid-19.

Selon lui, si le nombre de morts a explosé au Brésil ces dernières semaines, c’est à cause de la saturation des hôpitaux,

Pour "limiter" l'arrivée du variant brésilien, on doit "filtrer, avec des mises en quarantaines et des tests qui doivent être vérifiés, pas juste des déclarations sur l'honneur", renchérit Philippe Amouyel, professeur de santé au CHU de Lille, sur BFM TV.

Dès fin janvier, la Commission européenne a recommandé aux vingt-Sept "des mesures plus strictes" visant les passagers venant des régions atteintes par les nouveaux variants, "y compris par des quarantaines obligatoires et des tests plus drastiques", a rappelé mardi un porte-parole.

Les autres pays européens ayant des liaisons directes avec le Brésil ont pour la plupart restreint ces vols, avec des exceptions (résidents, raisons familiales ou certaines professions) à condition de respecter une quarantaine, comme en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas.

Plus strict, le Portugal a suspendu les vols en provenance du Brésil depuis la fin janvier et organisé ponctuellement des vols de rapatriement pour les ressortissants brésiliens.

Les chiffres de santé publique France en Bourgogne Franche-Comté (13/4/21)

Les indicateurs épidémiologiques sont les plus mauvais dans le Doubs en terme de taux d'incidence (421) et un taux de positivité qui frôle désormais les 10% . Mais même si le niveau d'hospitalisation reste sur un plateau élevé, la tension hospitalière reste relativement stable (%)  et n'explose pas pour le moment.

Le Jura est pour sa part en deçà du pic du mois de novembre. Ce qui n'est pas le cas en Côte d'Or et où le nombre de patients admis en réanimation a fortement a augmenté ces derniers jours : +17 patients en une dizaine de jours.

Département

Incidence

% de variants SA+ BZ (%UK)

Taux de positivité

Hospitalisations

(réanimation)

Tension

hospitalière

Doubs

421 7,2 % (87 %) 9,7% 140 (41) 103 %

Jura

326 1,1% (86%) 7,7 % 90 (15) 188 %

Haute-Saône

223 6,8 % (84%) 6,8 % 67 (17) 142 %

T. de Belfort

316 0 % (92 %) 8 % 90 (21) 84 %

Côte d'Or

240 3,4 % (78%) 6,7 % 250 (50) 88 %

Saône-et-loire

246 1,2 % (85,3 %) 7,6 % 293 (25) 96 %

Nièvre

384 2,5 % (79,7%) 9,1 % 213 (7) 58%

Yonne

307 6,7 % (80,9%) 8,3 % 245 (15) 83 %

Bourgogne Franche-Comté

305 4 %  (83 %) 9,1 % 1.338 (191) 97 %

La France comptait presque 6 000 malades du Covid-19 dans les services de réanimation, mardi 13 avril, et près de 32 000 personnes hospitalisées, selon les chiffres des autorités sanitaires. Actuellement, les services de réanimation, qui traitent les formes les plus graves de la maladie, accueillent 5 952 patients (contre 5 916 lundi). Un chiffre jamais atteint depuis la première vague de l'épidémie en avril 2020, qui avait dépassé les 7 000 malades en soins critiques.

Le nombre d'admissions en « réa » sur 24 heures, à 555 (contre 492 lundi), est aussi plus élevé que le plus haut de la deuxième vague, qui avait connu un pic de 540 admissions, selon les chiffres de Santé publique France. À l'heure actuelle, la capacité des services de réanimation dans les hôpitaux français a été portée à 8 000 lits, toutes pathologies confondues. Ils sont occupés à 90 %. Le nombre de personnes hospitalisées, avec 31 926 malades, reste en revanche sous le plus haut de la deuxième vague (à plus de 33 000 en novembre).

Covid-19 : les chiffres en Bourgogne Franche-Comté

Évolution du Covid-19 en Bourgogne-Franche-Comté

Sources : data.gouv.fr


CODIV-19 dans le Doubs

Sources : data.gouv.fr


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