Quelque 4 000 visiteurs sont attendus ce jeudi à Micropolis pour cette nouvelle édition de Cap vers l’emploi. Grand Besançon Métropole organise chaque année ce rendez-vous à la rentrée, en complément du salon organisé par le Département au printemps, Doubs pour l'emploi. Au total, 145 entreprises partenaires de l'évènement sont mobilisés, représentant différentes branches d’activité, des travaux publics aux services sanitaires et sociaux. Cent-quarante acteurs économiques proposent plus de 1 000 postes aux visiteurs.
Pour Ludovic Fagaut, l'objectif est avant tout de rapprocher les besoins des entreprises et les demandeurs d'emploi : ”C'est l'objectif de ce salon, de pouvoir vraiment faire matcher à la fois le monde économique, les demandeurs d'emploi et aussi, pourquoi pas, celles et ceux qui veulent se réorienter professionnellement.”
Selon les chiffres du salon en 2025 avancés par le président de Grand Besançon Métropole, "ce sont 321 personnes exactement qui ont été en formation ou qui retrouvé un emploi CDD ou CDI.”
Le salon vise notamment les demandeurs d'emploi, mais aussi les allocataires du RSA, accompagnés par le Département, ou encore les personnes engagées dans une démarche de reconversion. En amont de l'événement, un travail de préparation est mené avec les travailleurs sociaux et les acteurs du service insertion de Grand Besançon Métropole.
La maîtrise du français, premier frein identifié
Si les entreprises continuent de faire état de difficultés de recrutement, Ludovic Fagaut identifie, après plusieurs échanges avec des chefs d'entreprises, plusieurs obstacles qui peuvent empêcher une personne d'accéder durablement à un emploi. Le premier concerne la maîtrise du français. Une difficulté particulièrement sensible dans les métiers du bâtiment et des travaux publics. ”Si vous parlez pas français et que vous n'arrivez pas à maîtriser les consignes de sécurité et autres c'est compliqué. Donc c'est un frein à l'emploi aujourd'hui pour les acteurs économiques", assure le président de GBM.
Il cite également deux autres difficultés régulièrement rencontrées par les employeurs : la mobilité et les problèmes de santé. Le logement peut également constituer un obstacle, mais dans une moindre mesure selon lui.

Français langue étrangère : des formations intégrées aux parcours
Face à cette difficulté linguistique, différents dispositifs peuvent être mobilisés. Grand Besançon Métropole entend notamment travailler avec France Travail autour des formations de français langue étrangère (FLE), mais aussi avec le Centre de linguistique appliquée (CLA). Le principe consiste notamment à intégrer des modules d'apprentissage du français dans des parcours de formation professionnelle, lorsque l'entreprise s'engage à recruter.
”On peut travailler avec l'entreprise sur un parcours de formation où on met ces modules d'apprentissage du français. C'est du module un peu plus technique quand on est dans le bâtiment, mais quand on est dans l'industrie, il y a des modules aussi qui se font", précise Jean-François Locatelli, directeur départemental de France Travail.
Cette approche peut concerner différents publics, notamment des jeunes suivis par la Mission locale, des femmes migrantes ou des personnes accompagnées dans le cadre de leur parcours d'intégration. Pour les acteurs réunis autour du salon, la réussite repose donc sur une mobilisation collective : France Travail, Département, État, organismes de formation, entreprises et demandeurs d'emploi.
La mobilité, un obstacle concret
Autre difficulté régulièrement évoquée par les entreprises : la capacité des candidats à se rendre sur leur lieu de travail. Certaines, notamment sur le premier plateau, peuvent avoir des difficultés à recruter des personnes qui résident dans des quartiers de Besançon ou dans des secteurs moins bien desservis.
Grand Besançon Métropole soutient plusieurs structures intervenant sur cette question. Ludovic Fagaut cite notamment La Roue de Secours, qui propose des solutions de location de scooters ou de véhicules à moindre coût. La collectivité met également à disposition certains véhicules arrivant au terme de leur cycle d'utilisation.
D'autres solutions existent également du côté des transports en commun. Certaines entreprises prennent ainsi en charge une partie des abonnements, pouvant aller jusqu'à 50 % dans certains cas.
En revanche, la question du cadencement des TER ne relève pas directement de Grand Besançon Métropole, mais de la Région Bourgogne Franche-Comté. Le président de GBM indique néanmoins être engagée sur certains projets ferroviaires, notamment autour de la halte des Hauts-du-Chazal.

La ”valeur travail” pas considérée comme le principal problème
Interrogé sur les difficultés parfois rencontrées par les entreprises avec de nouveaux salariés, notamment des personnes qui abandonnent rapidement leur poste ou se retrouvent en arrêt maladie, Ludovic Fagaut reconnaît que la question existe, mais refuse d'en faire le principal facteur expliquant les difficultés de recrutement. Selon lui, les entreprises mettent davantage en avant la recherche de "compétences spécifiques que les entreprises n'arrivent pas à trouver" et, dans certains cas, de "savoir-être".
Les difficultés périphériques peuvent ensuite compliquer le recrutement, même lorsque l'entreprise est prête à former un candidat.
Des contrats d'engagement pour accompagner les allocataires du RSA
La question de l'accompagnement des allocataires du RSA constitue également un volet important du dispositif. Les acteurs du Département, de France Travail et de la Mission locale s'appuient sur des contrats d'engagement, fondés sur des droits mais également sur des obligations. L'objectif est de personnaliser les démarches en fonction de la situation de chaque personne : formation au français, permis de conduire, actualisation du CV ou participation à des actions collectives peuvent notamment être inscrits dans le parcours. Ludovic Fagaut résume cette logique par la notion d'engagement réciproque : ”Tu as des droits et des devoirs.”
Le principe consiste, selon lui, à adapter les objectifs à la situation de la personne accompagnée. ”Tout le travail qu'on fait avec le Département du Doubs, la Mission Locale et d'autres acteurs, c'est comment on met en place un contrat d'engagement qui est proportionné à la capacité à faire de la personne qu'on accompagne.”
En cas de non-respect répété des engagements, des mesures peuvent ensuite être prises, allant du rappel à l'ordre jusqu'à des sanctions concernant le versement du RSA.
"Je ne suis pas sûr qu’il faille stigmatiser les jeunes"
Présente avec un stand à l’entrée du salon Cap vers l’emploi, la Mission locale du bassin d’emploi de Besançon veut profiter de l’événement pour aller à la rencontre des jeunes et les orienter vers les dispositifs adaptés. Elle s’occupe des jeunes de 16 à 25 ans, 16-18 ans pour l’obligation de formation et des 18-25 ans pour l’emploi, nous précise Emmanuel Pichetti, directeur de la structure, qui accompagne chaque année quelque 3 750 jeunes sur le bassin bisontin et les territoires environnants.
Si l’emploi reste l’objectif, la Mission locale travaille aussi sur les difficultés qui peuvent empêcher un jeune d’y accéder en travaillant sur "tout ce qu’on appelle les freins périphériques : les jeunes en situation de handicap, le logement, tout ce qui est mobilité", ajoute le directeur.
Pour Sébastien Perrin, président de la Mission locale, cette approche permet de considérer les jeunes dans leur globalité : "On s’occupe du jeune, pas comme futur personne qui va être employé, mais quelqu’un qui a un potentiel à être employé, à trouver du travail, mais avec une identité, quelque chose de différent, et avec des freins qui sont différents d’un chômeur tout venant, par exemple."
Face aux témoignages d'entreprises évoquant des abandons ou un manque de motivation chez certains jeunes, le directeur appelle enfin à éviter les généralisations. "Je ne suis pas sûr qu’il faille stigmatiser les jeunes. Je pense qu’il faut dire que c’est sociétal", répond-il à cette réputation tenace que porte actuellement la génération Z (14-29 ans). Et de rappeler que les jeunes accompagnés par la Mission locale sont précisément ceux qui rencontrent le plus de difficultés.

Un salon que ses organisateurs aimeraient voir disparaître
Derrière les chiffres et les dispositifs, Ludovic Fagaut voit dans Cap vers l'emploi un outil de mise en relation devenu nécessaire dans un contexte où de nombreuses entreprises peinent encore à recruter : ”On aimerait qu'il n'existe plus, ça voudrait dire que tout le monde est en emploi, ça voudrait dire que tous les acteurs économiques ont trouvé des ressources humaines nécessaires.”
En attendant cette hypothétique disparition, les 4 000 visiteurs attendus ce jeudi à Micropolis pourront rencontrer les entreprises et organismes présents, avec l'objectif de transformer les besoins de recrutement en opportunités d'emploi ou de formation.


