A l'Assemblée, les ministres plaident pour un arsenal contre le narcotrafic devant une gauche inquiète

Publié le 05/03/2025 - 15:01
Mis à jour le 05/03/2025 - 11:46

Érigée en priorité par le gouvernement, la lutte contre le narcotrafic a commencé à être débattue en commission à l’Assemblée nationale mardi 4 mars 2025 avec une proposition de loi sur laquelle la gauche a émis de nombreuses réserves, notamment au regard des libertés individuelles.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

Ce texte transpartisan, adopté à l’unanimité au Sénat début février, entend compléter l’arsenal répressif contre le trafic de drogues et prévoit notamment la création d’un parquet spécialisé. Mais les débats promettent d’être plus mouvementés qu’à la chambre haute, avec quelque 500 amendements déposés par les députés. Tout en reconnaissant le « fléau » du narcotrafic, la députée socialiste Colette Capdevielle a alerté: « Attention aux atteintes aux droits de la défense (...), aux atteintes à la vie privée (...), aux droits fondamentaux. »

L’examen en commission des Lois, qui devrait se poursuivre jusqu’à vendredi, a commencé mardi après-midi avec l’audition des ministres de la Justice Gérald Darmanin et de l’Intérieur Bruno Retailleau.

Le narcotrafic « est à la fois la cause racine de l’hyper violence qu’on voit partout en France » et « une menace existentielle sur nos institutions », a déclaré ce dernier. « Le moment est venu de reprendre le contrôle. » Il a mis en avant la nécessité de nouvelles techniques spéciales d’enquêtes. Si le texte « devait ressortir sans aucune mesure qui permettrait que nous puissions lutter à armes égales » en matière de nouvelles technologies, « il n’y aurait aucun texte », a-t-il alerté.

L’une des ces techniques, et l’un des principaux points de crispation, imposerait aux plateformes de messagerie chiffrée (Signal, WhatsApp...) d’autoriser l’accès aux correspondances des trafiquants par les services de renseignement.

Plusieurs groupes politiques ont déposé des amendements pour supprimer l’article, dont des députés du groupe macroniste Ensemble pour la République (EPR), dénonçant une « porte dérobée » dangereuse. « Affaiblir le chiffrement ne pénaliserait pas seulement les criminels. Cela exposerait aussi nos citoyens, nos entreprises et nos infrastructures aux cyberattaques », a mis en garde la ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz.

Nouveau régime carcéral

La proposition phare du texte, issu d’une commission d’enquête sénatoriale, consiste en la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco). Sur le modèle des parquets financier (PNF) et antiterroriste (Pnat), il serait saisi des crimes les plus graves.

Un rapport d’étape rendu mardi à Gérald Darmanin a préconisé qu’il soit implanté à Paris -et non Marseille-, avec une entrée en vigueur « pas avant début 2026 ». Les prérogatives de ce parquet pourraient à l’avenir être étendues à la cybercriminalité, pour englober le blanchiment d’argent via cryptomonnaies, a déclaré M. Darmanin mardi.

Le gouvernement a par ailleurs déposé un amendement visant à créer dans les prisons des quartiers de lutte contre la criminalité organisée, avec fouilles intégrales après tout contact avec l’extérieur, ou encore accès limité au téléphone. Des détenus pourraient y être placés sur décision du garde des Sceaux. Il s’agit « d’isoler les personnes les plus dangereuses », entre 600 et 800 détenus, a dit le ministre de la Justice. Un tel régime serait « attentatoire aux droits fondamentaux », a toutefois mis en garde l’Observatoire international des prisons (OIP). M. Darmanin a annoncé avoir saisi le Conseil d’Etat sur cette question, pour éventuellement modifier le texte en séance.

"Dossier-coffre"

Parmi les autres mesures du texte : la fermeture administrative de commerces soupçonnés d’agir comme « blanchisseuses », la création d’une procédure « d’injonction pour richesse inexpliquée » pour obliger les suspects à s’expliquer sur leur train de vie, ou encore la possibilité pour les préfets de prononcer des « interdictions de paraître » sur les points de deal.

Un article prévoit de rendre possible l’activation à distance d’un appareil électronique (micro, caméra...). Un dispositif censuré par le passé par le Conseil constitutionnel pour atteinte à la vie privée.

Autre disposition décriée, la création d’un « procès-verbal distinct », surnommé « dossier-coffre », pour ne pas divulguer certaines techniques d’enquête sensibles. Une mesure faisant craindre des atteintes aux droits de la défense.

Face à des « organisations professionnelles »« il faut faire très attention de ne pas livrer des noms » d’informateurs ou d’enquêteurs, a plaidé le ministre de l’Intérieur. « Votre logique est celle d’un élargissement des moyens techniques au mépris du respect des droits », a rétorqué le député La France insoumise Antoine Léaument.

Le texte doit arriver dans l’hémicycle la semaine du 17 mars, avant un vote solennel prévu le 25 mars.

(Source AFP)

Soyez le premier à commenter...

Laisser un commentaire

Politique

Emplois municipaux à Besançon : 600 emplois permanents créés depuis 2020

À la veille du conseil municipal de ce jeudi 22 janvier, la maire de Besançon Anne Vignot a tenu une conférence de presse mercredi entourée de plusieurs élues, pour présenter la liste des emplois permanents au 1er janvier 2026 et dresser un bilan des créations d’emplois en 2025. Un sujet régulièrement débattu au sein de l’assemblée municipale, notamment autour de la masse salariale.

Besançon veut renouveller son soutien à la Maison des femmes avant son ouverture en mars 2026

La Ville de Besançon a présenté, mercredi 21 janvier 2026, une délibération portant sur un nouveau soutien financier au fonctionnement de la future Maison des femmes, dont l’ouverture est prévue le 3 mars prochain. Cette présentation a eu lieu lors d’une conférence de presse conduite par Anne Vignot, maire de Besançon, entourée de plusieurs élues, à l’approche du conseil municipal, le 22 janvier.

À l’Assemblée nationale, Dominique Voynet alerte sur les menaces pesant sur le lynx boréal

Mardi 20 janvier 2026, lors de la séance de questions orales à l’Assemblée nationale, Dominique Voynet, députée écologiste du Doubs, a interpellé le gouvernement sur la situation du lynx boréal, espèce protégée et emblématique des massifs du Jura. Son intervention a insisté sur les pressions persistantes qui pèsent sur cette population animale, notamment le braconnage et les collisions routières.

Mercorsur : la Côte d’Or veut interdire les produits sud-américains dans ses cantines

Le département de la Côte d'Or a annoncé vouloir interdire les produits en provenance d'Amérique du Sud dans les restaurants scolaires des collèges "face aux conséquences" du traité avec le Mercosur. Le département bourguignon d'un demi-million d'habitants a précisé, mercredi 21 janvier 2026, qu'il adressera une circulaire aux principaux des collèges concernant les conditions d'approvisionnement dans les restaurants scolaires.

Menace de taxes douanières sur les vins : Macron et Genevard montent au créneau face aux menaces de Trump

La France a vivement réagi après la nouvelle menace de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français. L’entourage d’Emmanuel Macron, tout comme la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, ont condamné ces déclarations, mardi 20 janvier 2026.

Municipales 2026 : la liste “Faire mieux pour Besançon” présente ses candidat(e)s sur les réseaux sociaux

La liste “Faire mieux pour Besançon”, soutenue par La France insoumise et menée par Séverine Véziès, candidate à l’élection municipale de Besançon, a diffusé le 19 janvier 2026 un communiqué annonçant le lancement d’une série de publications en ligne. Cette initiative s’inscrit dans la campagne des élections municipales prévues les 15 et 22 mars prochains.

Vers le rétablissement d’un quatrième aller-retour ferroviaire entre Paris et Lausanne ?

Jacques Grosperrin, sénateur LR du Doubs et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, et Éric Liegeon, député LR du Doubs, annoncent, dans un communiqué du 19 janvier 2026, travailler conjointement au rétablissement d’un quatrième aller-retour ferroviaire entre Paris et Lausanne. 

Comprendre et suivre l’extrême droite en Franche-Comté : lancement de l’Obex FC à Besançon

L’Observatoire de l’extrême droite en Franche-Comté (Obex FC) a été présenté officiellement vendredi 16 janvier 2026 à la presse, puis au public lors d’une conférence organisée le soir même salle David à Besançon. Cette plateforme régionale se donne pour objectif de documenter, analyser et rendre accessibles les phénomènes liés à l’extrême droite en Franche-Comté. L’Obex FC est porté par trois fondateurs, membres de l’association Comité pour Clément : "Toufik de Planoise", journaliste, "Walden", militant anti-extrême droite, et "Yoann Muson", universitaire.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi

Sondage

 -0.35
partiellement nuageux
le 23/01 à 06h00
Vent
1.51 m/s
Pression
996 hPa
Humidité
93 %