Cigarettes plus chères et interdites : que contient le nouveau plan de lutte contre le tabagisme ?

Publié le 29/11/2023 - 11:31
Mis à jour le 01/12/2023 - 11:30

Nouvelles hausses du prix des cigarettes ou extension des "espaces sans tabac" à la plage, au parc ou près des établissements scolaires : le gouvernement a présenté mardi 28 novembre 2023 un nouveau plan de lutte contre le tabagisme pour "relever le défi d’une génération débarrassée du tabac dès 2032".

Ce nouveau programme national de lutte contre le tabac 2023-2027 s’appuie principalement sur "le renforcement de la fiscalité et les interdictions entourant le tabac", a exposé le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau. L'objectif est notamment de prévenir l'entrée dans le tabagisme, en particulier des plus jeunes, et de mieux aider les fumeurs à stopper.

Parmi ses mesures-phare : rendre le paquet de cigarettes moins abordable. "La hausse des prix, c’est très efficace, cela fait l’objet d’un consensus scientifique au niveau mondial", a souligné M. Rousseau. De nombreuses marques atteignent aujourd'hui le prix de 11 euros pour un paquet de 20 unités. Le prix plancher sera porté progressivement à 13 euros d'ici au début 2027, avec une première étape à 12 euros en 2025.

Dès janvier 2024, les prix devraient augmenter, cette fois sous l'effet de l'inflation, de 40 à 50 centimes, selon des estimations de la Confédération des buralistes communiquées lundi à l'AFP.

Les espaces sans tabac, matérialisés par des panneaux, vont être généralisés à toutes les plages, parcs publics, forêts et près de certains lieux publics, comme les établissements scolaires, a annoncé M. Rousseau, évoquant la possibilité d'"amendes".

Plages, forêts

"Les espaces sans tabac - déjà plus de 7.200 à travers plus de 73 départements - sont avant tout le résultat d'un mouvement impulsé localement par les communes. Nous fixons ce principe qui devient la règle", a-t-il expliqué.

Daniel Nizri, président de la Ligue contre le cancer, a salué cette décision: "Il était urgent d’agir à grande échelle et de généraliser l’interdiction de fumer dans les espaces publics qui accueillent du public, et notamment aux abords des écoles et dans les parcs fréquentés par des enfants."

Pour les prix des paquets et les interdictions, des décrets sont attendus "au premier trimestre 2024" selon le gouvernement.

Par ailleurs, "comme la Première ministre (Elisabeth Borne) s'y était engagée", la vente des produits du vapotage jetables (puffs), prisés des jeunes, sera interdite, a annoncé le ministre, dénonçant une "aberration tant de santé publique qu'environnementale".

Avec ses saveurs enfantines, sucrées ou fruitées, ses emballages aux couleurs vives et son prix modique, la puff existe sous une vingtaine de marques. Elle inquiète car elle constitue une porte d'entrée vers le tabagisme pour les adolescents.

L'interdiction se fera "grâce à une proposition de loi transpartisane", qui sera débattue à l'Assemblée nationale le 4 décembre. Une interdiction effective est attendue au plus tard en septembre 2024, selon l'entourage du ministre.

Sont aussi promises des mesures contre "toute pratique qui peut paraître ludique ou détournée de l’impact du tabac".

Pour rendre le tabac moins attractif, le paquet neutre, sans logo de marque, va être étendu à tous les produits du tabac et du vapotage.

 75.000 morts

La Fédération Interprofessionnelle de la Vape (Fivape) a déploré que "le plan ne traite du vapotage que pour le présenter comme une menace", exprimant notamment "sa très vive inquiétude face à l'annonce de l’extension du paquet neutre".

Le groupement "je suis vapoteur pour ne plus fumer" a également regretté que "le vapotage soit assimilé au tabac, quand celui-ci est au contraire un moyen efficace d’en sortir".

Pour accompagner les fumeurs vers l'arrêt, les traitements de substitution nicotinique pourront être prescrits par les pharmaciens. Et les acteurs du secteur, notamment les buralistes, seront accompagnés "dans une nécessaire transition pour transformer leur métier".

Après une baisse d'une ampleur inédite entre 2016 et 2019, le tabagisme s'est stabilisé en France, mais les inégalités sont fortes selon le milieu social. La France comptait en 2021 plus de 12 millions de fumeurs quotidiens, soit 25% des 18-75 ans. Chez les jeunes, la prévalence du tabagisme quotidien a baissé significativement, passant de 25% à 16% entre 2017 et 2021. Le tabac reste la première cause de mortalité évitable, avec 75.000 morts par an.

Ces annonces ont été saluées par la Fédération Addiction, qui appelle toutefois à des mesures plus concrètes pour les publics précaires.

Le Comité national contre le tabagisme a regretté l’absence "d’une trajectoire fiscale ambitieuse sur les produits du tabac" mais salué la généralisation des espaces sans tabac ou l’introduction du paquet neutre pour les produits du vapotage.

(AFP)

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