Interdiction d'insecticides : quelles solutions pour les agriculteurs?

Publié le 02/05/2013 - 16:37
Mis à jour le 02/05/2013 - 16:37

Si les agriculteurs ne peuvent plus utiliser les semences contenant des insecticides, interdits pour deux ans dans l'Union Européenne par Bruxelles, ils n'ont que deux solutions: pulvériser les insecticides sur le végétal ou selon un chercheur de l'Inra exploiter les possibilités de la nature. Interview de Christian Huyghe de l'Inra.

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Directeur scientifique adjoint agriculture à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), Christian Huyghe détaille les conséquences de la décision de l’Union européenne d’interdire, pendant deux ans, trois néonicotinoïdes jugées mortelles pour les abeilles. Cette suspension sera effective en décembre sur les cultures de maïs, colza, tournesol et de coton.

Comment vont faire les agriculteurs sans ces insecticides ?

Pratiquement, toutes les espèces végétales ont des parasites qui mangent et dégradent les cultures. Pour les éliminer, vous avez plusieurs solutions.

Utiliser des néonicotinoïdes, c’est-à-dire que le produit phytosanitaire est contenu dans la semence et absorbé par le végétal. Il se promène dans la plante et quand l’insecte vient, il en mange une partie et meurt.

Si on ne peut plus utiliser ce traitement, les agriculteurs vont certainement se remettre à traiter en plein champ, avec des produits de contact qui tuent l’insecte quand il le touche. Voilà pour les options chimiques.

Ensuite, vous avez deux autres options. Vous mettre dans une situation où la structure de l’environnement, le type de rotation des cultures réduit la probabilité que l’insecte se développe. Ou favoriser la présence des auxiliaires de cultures, par exemple des coccinelles contre les pucerons.

Quelles conséquences va avoir la réutilisation massive des produits de contact ?

Ils vont avoir un impact sur l’environnement: des résidus dans les sols, l’eau et un peu dans l’air. Ces produits vont exposer davantage les agriculteurs et ils sont un peu plus chers que les néonicotinoïdes.

Après l’interdiction du Cruiser OSR sur le colza en France en juin dernier, que s’est-il passé?

L’interdiction du Cruiser n’est pas le facteur déclencheur, mais l’élément de plus qui a permis aux agriculteurs de se dire: on ne peut plus rester comme ça, il faut trouver des solutions alternatives. Et il y a beaucoup de développements en cours pour pouvoir modifier le désherbage et utiliser moins d’herbicides sur le colza. Certains travaillent à écarter davantage les semis pour pouvoir pratiquer du désherbage mécanique.

La mise en place de cultures compagnes est en train de se développer aussi : vous associez au colza des espèces qui vont couvrir l’inter-rang, permettant de lutter contre les adventices (plantes indésirables, NDLR), qui va restituer de la matière organique au sol quand elle va pourrir et, si c’est une légumineuse, apporter de l’azote.

Et vous pouvez imaginer en plus que ces espèces-là servent de garde-manger pour des auxiliaires de culture.

Sandra LAFFONT –  AFP

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