Michel Barnier nommé à Matignon pour former "un gouvernement de rassemblement"

Publié le 05/09/2024 - 14:13
Mis à jour le 05/09/2024 - 14:14

Emmanuel Macron a nommé jeudi 5 septembre 2024 l’ex-ministre et ancien commissaire européen de droite Michel Barnier, 73 ans, comme Premier ministre, a annoncé l’Elysée 60 jours après le second tour des élections législatives qui ont débouché sur une Assemblée nationale dépourvue de majorité.

 © Facebook Officiel de Michel Barnier
© Facebook Officiel de Michel Barnier

Le plus vieux Premier ministre de la Ve République succède ainsi à Matignon à Gabriel Attal, 35 ans, qui était lui le plus jeune, nommé il y a seulement huit mois et démissionnaire depuis 51 jours. Il va devoir tenter de former un gouvernement susceptible de survivre à une censure parlementaire, pour mettre fin à la plus grave crise politique depuis 1958.

Le président "l’a chargé de constituer un gouvernement de rassemblement au service du pays et des Français", a déclaré l’Elysée dans un communiqué. Emmanuel Macron "s’est assuré que le Premier ministre et le gouvernement à venir réuniraient les conditions pour être les plus stables possibles et se donner les chances de rassembler le plus largement", a ajouté la présidence.

Michel Barnier, qui fut aussi candidat malheureux à la primaire du parti Les Républicains en vue de la présidentielle de 2022, hérite d’une tâche aux allures de mission impossible, tant aucune coalition viable n’a jusqu’ici émergé.

En attendant, les ministres démissionnaires vont eux rester en fonctions pour continuer de gérer les affaires courantes le temps des négociations.

Négociateur en chef de l'Union européenne pour le Brexit

Vieux routier de la politique, Michel Barnier est réputé bon médiateur : il a été le négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit lorsque le Royaume-Uni a quitté le bloc continental. Avant cela, il a été ministre à plusieurs reprises depuis 1993, notamment sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Plus récemment, lorsqu’il lorgnait sur l’Elysée, ce gaulliste centriste avait durci son discours sur l’immigration, prônant pour un "moratoire" et allant, lui l’Européen convaincu, jusqu’à remettre en cause la Cour européenne de justice au nom de la "souveraineté juridique".

L’Elysée a repoussé à plusieurs reprises une nomination au fil des consultations menées par Emmanuel Macron. Et avait épuisé plusieurs autres cartouches, de Bernard Cazeneuve à gauche à Xavier Bertrand à droite, en passant par le président du Conseil économique, social et environnemental Thierry Beaudet pour la société civile.

L’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a quitté le Parti socialiste, a assuré peu avant l’annonce de cette nomination qu’il aurait accepté d’être nommé à Matignon par "devoir". Il a appelé le président à "se résoudre aux résultats de l’élection et puis ensuite laisser le gouvernement gouverner".

Emmanuel Macron et ses stratèges avaient défini deux critères pour enfin adouber une personnalité: "sa +non censurabilité+", c’est-à-dire la garantie que son gouvernement ne sera pas immédiatement renversé par l’Assemblée, et sa capacité à former une "coalitation", néologisme macroniste pour évoquer un mélange de coalition et de cohabitation.

Le chef de l’Etat avait en effet reconnu que son camp avait perdu les élections. C’est le Nouveau Front populaire qui est arrivée en tête, mais loin de la majorité absolue, devant le bloc présidentiel et le Rassemblement national.

Depuis, l’alliance de gauche qui va de La France insoumise aux socialistes réclame de gouverner, mais Emmanuel Macron a écarté en août sa candidate, la haute fonctionnaire Lucie Castets, en estimant qu’elle était vouée à une censure certaine.

Le RN jugera "sur pièces"

Michel Barnier est-il assuré, lui, de la viabilité de son futur exécutif ? Rien n’est moins sûr. A gauche, le chef des députés socialistes Boris Vallaud a rappelé sur France 2 que la droite ferait "l’objet d’une sanction parce que ce sera pour mettre en œuvre une politique de droite".

La cheffe de file des députés de La France insoumise, Mathilde Panot, a accusé le chef de l’Etat de ne pas respecter avec cette nomination la "souveraineté populaire" et le "choix issu des urnes". "On sait à la fin qui décide : elle s’appelle Marine Le Pen. C’est à elle que Macron a décidé de se soumettre", a fustigé la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier. Le parti d’extrême droite, qui menaçait de censure immédiate Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand, doit maintenant définir sa position.

Le RN, qui peut à tout moment faire tomber le futur gouvernement avec le NFP, "jugera sur pièces son discours de politique générale", a déclaré cette fois-ci le président du parti, Jordan Bardella.

Une forme d'alternance ?

Quant à cette "odeur de cohabitation" que l’entourage d’Emmanuel Macron recherchait pour incarner une forme d’alternance, ce n’est pas avec Michel Barnier qu’elle devrait être la plus enivrante. Il est venu d’une droite pro-européenne et jugée "pragmatique", et il a souvent été considéré "Macron-compatible".

Le chef de l’Etat "cherchait un clone, il a fini par le trouver", a ironisé sur BFMTV le communister Ian Brossat, qui voit dans ce choix "la promesse d’une continuité absolue".

Ces derniers jours, plusieurs sources, jusque parmi ses soutiens, décelaient chez le président une réticence à se tourner réellement vers le centre-gauche, de crainte de voir son bilan économique détricoté".

Le camp présidentiel devrait participer au gouvernement Barnier ou en tout cas le soutenir.

"Il est très apprécié des députés de droite sans que ce soit un irritant à gauche", s’enthousiasme une ministre démissionnaire de l’aile droite de la Macronie. "On doit savoir faire avec", tempère un dirigeant centriste, avec beaucoup moins d’engouement.

Plusieurs macronistes semble ainsi presque résignés, se disant que Michel Barnier est le plus petit dénominateur commun et que, vu son âge, il ne devrait pas effrayer tous ceux qui rêvent de briguer l’Elysée en 2027. "J’en suis au stade où je pense que l’urgence absolue pour le président c’est qu’il nomme quelqu’un. Je n’en suis même plus au stade de donner un avis", lâchait un confident d’Emmanuel Macron juste avant l’annonce officielle.

(Source AFP)

1 Commentaire

Une dissolution pourquoi faire? Les électeurs avaient rejeté nettement les projets politiques de Macron et des LR dont une partie a fait alliance avec le RN. Au soir de sa réélection à la Présidence de la République, Macron avait déclaré: "Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l'extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j'ai conscience que ce vote m'oblige pour les années à venir". Engagement très vite oublié (comme la plupart). Avec un mépris consternant d'arrogance du vote populaire, Macron, choisit de poursuivre et probablement d'accentuer avec Barnier (qui s'inspirera du programme LR) sa politique antisociale. Les français sont-ils des veaux (De Gaulle)?, l'avenir nous le dira
Publié le 6 septembre 2024 à 18h21 par ALTAV • Membre

Un commentaire

Laisser un commentaire

Politique

Menace de taxes douanières sur les vins : Macron et Genevard montent au créneau face aux menaces de Trump

La France a vivement réagi après la nouvelle menace de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français. L’entourage d’Emmanuel Macron, tout comme la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, ont condamné ces déclarations, mardi 20 janvier 2026.

Municipales 2026 : la liste “Faire mieux pour Besançon” présente ses candidat(e)s sur les réseaux sociaux

La liste “Faire mieux pour Besançon”, soutenue par La France insoumise et menée par Séverine Véziès, candidate à l’élection municipale de Besançon, a diffusé le 19 janvier 2026 un communiqué annonçant le lancement d’une série de publications en ligne. Cette initiative s’inscrit dans la campagne des élections municipales prévues les 15 et 22 mars prochains.

Vers le rétablissement d’un quatrième aller-retour ferroviaire entre Paris et Lausanne ?

Jacques Grosperrin, sénateur LR du Doubs et conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, et Éric Liegeon, député LR du Doubs, annoncent, dans un communiqué du 19 janvier 2026, travailler conjointement au rétablissement d’un quatrième aller-retour ferroviaire entre Paris et Lausanne. 

Comprendre et suivre l’extrême droite en Franche-Comté : lancement de l’Obex FC à Besançon

L’Observatoire de l’extrême droite en Franche-Comté (Obex FC) a été présenté officiellement vendredi 16 janvier 2026 à la presse, puis au public lors d’une conférence organisée le soir même salle David à Besançon. Cette plateforme régionale se donne pour objectif de documenter, analyser et rendre accessibles les phénomènes liés à l’extrême droite en Franche-Comté. L’Obex FC est porté par trois fondateurs, membres de l’association Comité pour Clément : "Toufik de Planoise", journaliste, "Walden", militant anti-extrême droite, et "Yoann Muson", universitaire.

Loup : la hausse des tirs autorisés relance la controverse entre État et scientifiques

Plusieurs organisations de protection de la nature réunies au sein du Groupe national Loup ont publié un communiqué mardi 13 janvier 2026 critiquant l’annonce du gouvernement visant à relever le plafond annuel de destruction des loups. Cette prise de position intervient alors que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a évoqué, parmi d’autres mesures, une hausse du taux maximal de tirs autorisés contre l’espèce.

Municipales 2026 : quand Séverine Véziès parodie Ludovic Fagaut sur les réseaux sociaux…

Depuis le lancement de sa campagne municipale, Ludovic Fagaut, candidat Les Républicains à la mairie de Besançon, publie régulièrement des vidéos sur les réseaux sociaux. On l’y voit parcourir différents quartiers de la ville, exposer sa vision et critiquer la situation actuelle. Ce format très reconnaissable a récemment été repris et détourné par Séverine Véziès, candidate de La France insoumise, dans une vidéo lundi 12 janvier 2026 consacrée à la neige, à un tire-fesses jusqu'à la gare et des pingouins à la Citadelle...

Sondage – Comptez-vous aller voter aux élections municipales 2026 ?

Les élections municipales se dérouleront les 15 et 22 mars 2026. Les alliances se sont resserrées et la campagne commence bel et bien à l’approche du premier tour… Reste encore à avoir les programmes complets des candidats.. Et vous ? Comptez-vous aller voter aux prochaines élections municipales ? C’est notre sondage de la semaine.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi

Sondage

 0.23
couvert
le 21/01 à 03h00
Vent
1.23 m/s
Pression
1013 hPa
Humidité
84 %