Relation toxique et violente pendant 3 ans : une Bisontine témoigne après le procès de son ex-compagnon

Publié le 24/03/2023 - 07:01
Mis à jour le 22/03/2023 - 17:22

Pendant 3 ans, Madame W*, 40 ans, a vécu sous l’emprise d’un homme : violences physiques et morales, vols, harcèlement, mensonges, jalousie… Jusqu’au jour où elle décide de dire stop et de séparer de lui. En prenant du recul, elle se rend compte de l’ampleur des dégâts en elle et sa fille. Elle porte plainte en 2019 avec un dossier ”gros comme ça”. La décision de justice est tombée le 24 février 2023.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

* Les noms et initiales des personnes ont été changés.

”Ce témoignage, c’est pour dire aux femmes de ne pas lâcher et de porter plainte quand elles subissent des violences conjugales”, nous dit Madame W. avant de nous raconter son histoire. Une histoire qui a commencé fin 2017 entre Madame W et Monsieur C. Tout est tout beau tout rose pendant… 6 mois. Le premier nez cassé pour Madame C arrive soudainement. ”Après ça, il m’a fait croire qu’il allait se faire soigner et prendre ses distances”, raconte-t-elle. Finalement, son compagnon ne fait rien pour mettre un terme à ses pulsions violentes et sa jalousie. Des bagarres éclatent à chaque sortie du couple. ”Quand on rentrait de soirée, même si on passait la soirée ensemble, ça finissait mal”, se souvient la victime.

Malgré tout, elle reste avec lui, en pensant que ça ira mieux demain, en croyant qu’il va se faire suivre par un psychologue, en imaginant un avenir plus doux. Mais ce mode de pensée n’empêche pas les violences quotidiennes : ça s’appelle l’emprise. ”Et ça, si on n’a pas vécu une relation comme celle-ci dans sa vie, on ne se rend pas compte à quel point l’emprise nous empêche d’avancer, elle nous met des oeillères, parfois nous aveugle”, explique Madame W.

Au-delà des violences physiques, Monsieur C. est là, toujours là, omniprésent, du matin au soir, du soir au matin, il est comme collé à sa compagne. Pour cela, il est parvenu à se frayer une place dans l’entreprise de Madame W. ”C’est tellement plus simple de travailler ensemble pour garder un oeil sur moi et les gens que je côtoie”, ironise la cheffe d’entreprise. ”Quasi dès le premier jour de notre relation, il venait travailler avec moi, sa fonction était soi-disant d’animer les réseaux sociaux de mon entreprise, mais il était surtout là pour me surveiller et boire des cafés.”

 Les violences perdurent, coups de tête, gifles, coups de poing, les bleus, les blessures et les fractures s’enchaînent. Madame W. se rend à l’hôpital et chez le médecin à plusieurs reprises. ”Lorsque j’ai décidé de porter plainte, les prises en charge à l’hôpital et chez le médecin m’ont permis de créer un dossier solide contre lui, donc il faut se faire soigner en cas de violences conjugales, il faut faire constater, il faut des preuves, avoir uniquement des témoignages ne sont pas suffisants !”, souligne Madame W, ”sans ces preuves, mon dossier n’aurait pas pu être pris au sérieux, ma parole n’aurait pas été valable aux yeux de la justice.”

 Le déclic

 Le 15 juillet 2019, soit après 2 ans et demi de relation, Madame W dépose une main courante au commissariat de police après une énième soirée chez des amis qui vire à des coups. ”En rentrant en voiture, il m’a frappé, donné des coups de poing en conduisant… Le lendemain, on partait en vacances”, se remémore-t-elle. Boule au ventre, dégoût, crainte, appréhension… ces vacances sont sous tension pour Madame W. Aucune violence ne s’est produite, mais dans la tête de Madame W, c’est terminé. Elle sait qu’en rentrant à Besançon, elle le quittera. Problème : en rentrant de vacances, c’est le premier jour de confinement… Madame W met en place une stratégie pour s’en sortir, mais c’est long, il est dépendant d’elle financièrement. Elle fait en sorte qu’il trouve un job grâce à son réseau.

Monsieur C trouve enfin un emploi qui n’est pas en lien avec son ex-compagne. Elle part un soir avec son sac, retire ses affaires de leur appartement pendant qu’il travaille. Elle peut enfin avancer…

18.000 messages

 Croyant qu’il allait passer à autre chose, Madame W se rend compte immédiatement que ce n’est pas comme ça que ça va se passer. Pendant 3 mois, elle reçoit 18.000 SMS, 4.000 messages sur Messenger, Whatsapp, Linkedin et de nouvelles adresses mail qu’elle ne cesse de bloquer. ”Il m’a suivie dans la rue, attendue en bas de chez moi, mais pendant 4 mois, je n’ai jamais été seule, j’étais toujours accompagnée par un ou une ami(e), je ne pouvais pas être seule, qu’est-ce qui se serait passé ?” se questionne encore aujourd’hui Madame W.

 Elle dépose plainte

Madame W dépose plainte et pendant le long temps elle constitue un dossier avec son avocate qui l’accompagne dans cette longue procédure.

Le procès d’abord prévu en juin 2022 est finalement reporté au grand dam de Madame W et de son avocate, Karine de Luca. ”Cette attente a été insupportable parce que ce procès sera l’une des étapes à mon rétablissement psychologique”, nous confie Madame W. Finalement, l’audience s’est déroulée vendredi 24 février au tribunal de Besançon. Mais il n’y avait pas seulement l’affaire de Madame W à l’encontre de Monsieur C. Une autre femme, Madame J, âgée d’une trentaine d’années, a elle aussi porté plainte contre lui pour des faits similaires après une relation antérieure à celle avec Madame W.

2.700€ d'amende, 10 mois de sursis, 5 ans de mise à l'épreuve

En raison d’un dossier trop mince pour Madame J, Monsieur C a été relaxé. En revanche, dans l’affaire de Madame W, Monsieur C a écopé d’une peine de 10 mois de prison avec sursis, de cinq années de mise à l’épreuve et d’une amende s’élevant à 2.700€.

Pour cette Madame W, ”je suis contente de cette condamnation, c’est un soulagement : être reconnue comme victime, ça fait du bien, je dis bravo à mon avocate et aux avocates militantes qui sont là pour se battre avec nous, elles font des métiers difficiles”, nous dit-elle. Reste malgré tout une certaine amertume. ”Il a aussi été accusé d’une histoire similaire plus vieille de 6 ans et il a été relaxé parce que le dossier n’était pas assez rempli. La relax est de toute façon inacceptable”, pour Madame W qui juge également l’amende de 2.700€ (contre 35.000€ demandés pour Madame W et Madame J) trop faible par rapport aux préjudices qu’elle a subis. "La reconstruction passe par des soins psychologiques et ostéopathiques qui coûtent cher", souligne Madame W.

”Le combat, on a intérêt à le mener dès les premières violences”

La logique serait de quitter un conjoint violent ”à la première gifle”, ”à la première insulte”, comme on entend souvent. Dans les faits, les victimes racontent que ”ce n’est pas aussi simple” pour de nombreuses raisons, propres à chacune d’elles.

Pour Madame W, le sursaut s’est réalisé suite à des propos de sa fille. ”J’ai senti sa peur, sa peur pour moi et là, j’ai eu un déclic, je me suis dit : c’est fini, stop !”

Dès le départ elle a gardé, sans penser qu’un jour elle devrait porter plainte contre Monsieur C, des preuves des violences, dont quatre certificats médicaux de l’hôpital, attestations d’ostéopathes, médecin généraliste. ”C’est grâce à ces documents que mon dossier a pesé dans la balance de la justice, sans ça, il aurait été relaxé”, suppose Madame W, ”le combat, on a intérêt à le mener dès le départ, sinon, ces gens violents parviennent à s’en sortir indemnes alors que nous sommes détruites.”

 Depuis la fin du procès le 24 février, Madame W avance, se dit heureuse, entourée de sa famille et de ses amis. Elle a des ambitions tant personnelles que professionnelles pour tourner cette page de vie qu’elle veut oublier. Monsieur C n’a pas fait appel de la décision du juge. L’affaire est close.

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