Après Nutella, les couches pour bébés prises d'assaut

Publié le 01/02/2018 - 09:05
Mis à jour le 01/02/2018 - 11:37

Les promotions d’Intermarché sur le Nutella et les couches ayant dégénéré en bousculades remettent en lumière la « souffrance » d’une fraction de la population mais par le biais d’une opération commerciale contestable, estiment des acteurs du secteur. L’enseigne de la grande distribution a vendu de jeudi à samedi derniers un pot de 950 grammes de la célèbre pâte à tartiner à la noisette au prix de 1,41 euro au lieu de 4,50 euros.

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Depuis mardi, ce sont les couches Pampers Baby-Dry et le café moulu Carte Noire qui sont proposés avec un rabais de 70%. Cette opération commerciale, intitulée "Les quatre semaines les moins chères de France", a donné lieu à des bousculades, voire à des bagarres dans plusieurs magasins, allant parfois jusqu'à nécessiter l'intervention de la police.

Les vidéos montrant des clients se ruant sur les pots de Nutella ont fait le tour des réseaux sociaux, ce qui a obligé Intermarché à réagir à minima en se disant "désolé pour ses clients". Et le gouvernement a condamné cette initiative commerciale mercredi.

"J'ai reçu le directeur d'Intermarché hier. Je lui ai dit que ça ne pouvait pas se renouveler, on ne peut pas avoir des scènes comme cela tous les quatre matin en France", a ainsi déclaré sur RTL Bruno Le Maire, invitant à ne pas "banaliser" les bousculades survenues.

Neuf millions de pauvres 

Interrogé sur le fait de savoir si la promotion proposée par l'enseigne de grand distribution était "saine", le ministre de l'Economie a répondu de façon négative. Un projet de loi, destiné notamment à mieux encadrer les promotions dans la grande distribution, a justement été présenté mercredi en conseil des ministres.

Pour Jean-Yves Mano, président de CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), cette polémique a au moins un mérite, celui de rappeler "qu'il y a neuf millions de pauvres dans notre pays". "Ceux qui sont au dessous du revenu moyen, qui sont à la recherche permanente du bon de réduction, de la promotion, et qui utilisent ce qu'ils ont sur leur carte de fidélité pour finir le mois... ", souligne-t-il à l'AFP.

Mais "je ne blâme pas ces personnes, dans la mesure où l'on sait que pour un certain nombre d'entre elles, ça fait partie d'une nécessité d'équilibrer leur budget, elles sont elles-même victimes, sans qu'elles s'en aperçoivent, de la promotion".

Pour Nathalie Damery, présidente de l'Observatoire Société et Consommation (Obsoco), ces images de bousculades, voire de bagarres, sont surtout "tristes", car elles reflètent "la souffrance de personnes en France qui ne peuvent pas consommer des marques en temps normal".

A cinq euros près 

Dans notre société, le "ressort de la marque est encore extrêmement fort", estime la présidente de l'Obsoco: le Nutella et les Pampers sont "emblématiques" et sont considérés par certains comme des "produits de luxe". Or, en fin de mois, certains sont à cinq euros près, rappelle-t-elle à l'AFP.

Il s'agit d'une population "moins avertie sur la qualité de l'alimentation, au capital culturel moins important, au pouvoir d'achat contraint, qui est complètement tirée par les promotions et les bas prix", explique Mme Damery.

Néanmoins, ajoute M. Mano, cette opération cache un comportement "un peu scandaleux de la part d'Intermarché, car ces gens-là ne se sont pas déplacés pour un produit, c'était un produit d'appel: ils ont fait 20-30 km avec leur voiture pour chercher du Nutella mais évidemment ils ont acheté autre chose".

"L'utilisation à des fins uniquement commerciales de la notion de pauvreté n'est pas très digne de la part d'Intermarché", estime-t-il. C'est une méthode "vieille comme le monde, conclut-il : on attire les mouches avec un peu de sucre et je ne pense pas que les populations en sortent grandies, bien au contraire".

Des pratiques que les concurrents d'Intermarché revendiquent. Ainsi, interrogé à ce sujet sur RMC/BFMTV mercredi, Michel-Edouard Leclerc, le patron des centres E. Leclerc, a répondu: "si je dis que je n'en ferai plus, je laisse la place aux autres".

 (Source AFP)

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